‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 2)Chapitre 27 sur 62 · LA COMPLAINTE · texte numérisé non relu

LA COMPLAINTE

humaines mémoires si haultemcnt solcmpnisent , et que moy-mesme par nature de royal courage te doy et vueil autoriser aussy sur tous autres. 0 Hector, si jadis le titre de ton ennemy, forgé peut-estre par faveur, m'a donné légière affection mal causée, maintenant mieux instruit de la matière, me condamne d'erreur; et pour rapaisement de courage , et aussy pour continuer ta gloire, laquelle, après tant de haulx et vallereux' faits, dont tu reluys et resplendis, par ma seule bouche n'a pu, recevoir lésion, moy du palais^ de nos enfers suis content de moy révoquer en terre et d'envoyer publiquement la protestation de mon tort, pourvu toutesfois que Achiles premièrement, en qui chevallerie et haultesse de sang royal resplendissent bien amples, viendra icy devant nous deux soy justifier, s'il peut, de ce en quoy tu le blasmes. Car ainsy pourra estre que, présentes les parties, ou que ton cœur s'amollira vers luy par ses excuses, ou que ta gloire sera redoublée par son recongnoistre. Il prit jadis comme toy royale naissance et nourreture enfantine en gyron de royne. Sy est ton honneur et ta haute louenge, que tu le mettes en offre de le recevoir en ses excuses et autres quelsconques allégations qu'il voudra proposer, car si du cas qui est commis en toy, tu fais à doloir, aussy se fait à plaindre Achiles, quant il s'est souUié de tel mesprendre'.

• Victorieux, ms. de Paris.

2 Var : des 2)ales, des limites, ou bien : des palus, des marais, des rives.

3 On lit dans le ms. de Paris : Car s'il fait à douloir que faulte si horrible soit en soy commise, aussi se fait-il k plaindre que un si renommé chevalier soit ordoyé de tel crime.

Icy réplique Hector.

Combien que de toutes lésions inférées , celles d'honneur souverainement et de mort sont non pardonnables, toutesvoies, pour non refuser équité à nulluy, et aussypour mieux esclaircir d'entre nous deux la matière, Alexandre, je m'accorde volentairement à ce que tu me requiers et demandes.

La complainte que fait Achiles pour son reprochable exploit, priant aux roys et aux princes qu'il leur plaise de le supporter.

Si la pitié de ma douleur très-tendre Dieu me soufiPrist que cœur la pust comprendre, En soulageant ma très-dolente charge, Espoir m'est bien d'en faire roches fendre, Et non pas cœurs, mais ces pierres espandre En feu, en flamme, et convertir et rendre, Noyé en pleurs, tout le monde en son large. Donc, si mon heur se pouvoit estendre Que ciel ou terre ou homme pust comprendre Le demy mal qu'au cœur me convient prendre Soubs le couvert d'une ombroyeuse targe. Certes les dieux, mon corps couché en cendre, Auroient bien garni ' d'un si haut attendre, D'un grant salut et d'un haut entreprendre, Après nager en si amère barge.

Qui veut ses yeux en mon cstre mirer Et à grant pois de sens considérer Du présent fait * ma dolente manière, Pour semblant triste ou pour cris proférer,

' Muni, ms. de Paris.

' Lieu, ms. do Florence.

1!)0 LA COMI'LAINTE

Certes ne doit en soy nul ammirer,

Penser aussy, cuidier, ne espérer,

Fors que ce soit à cause non légière.

J'ay les yeux prests à tendrement plorer,

Le cœur enclin h plaindre et souspirer,

La main prochaine h cheveux destirés,

La voix tremblant, comme au vent la fougière;

Et me duit mieux moy-mesme martirer.

Destordre mains, visages déchirer,

Gémir, frémir, voire désespérer

De mon malheur que faire meilleur chière.

0 excellente haute chevalerie, Rois, princes, ducs, toute autre seignourie', A qui nature a mis grans biens en œuvre, Vers vous me tourne h triste voix marrie. Non par cuidier d'oeuvre envers vous mérie, Mais soubs espoir de la vertu florie Qui au trésor de royal sang se cœuvre. 0 nobles cœurs en vaillance nourrie*.

En qui pitié ne peut estre périe, Honneur esteint, ne raison attarie *, Veuillez vers moy vos courages esmeuvre ; Car moy gisant desoubs terre pourrie.

Fils d'un haut roy et de royne chérie, Voy à tousjours ma famé estre murtrie, Si devers vous grâce je ne receuvre.

Par nom jadis Achiles fus nommé. Fier, courageux, chevalier renommé,

' Baronnie, ms. de Paris.

* On lit dans le ms. de Florence : 0 vaillant corps, o haultesse nourrie.

^ Amoindrie, ms. de Paris.

L'un des meilleurs du temps d'icelluy eage * Puissant de corps, de taille bien formé, Où Dieu sembloit n'avoir riens espargné, Riens mis d'oubli, n'aucun biens desprimé Ne en vertu, ne en hautain courage , Comme un lion, comme un tigre animé.

Car, quant j'estois à cheval et armé Et que ma main tint son acier limé.

J'en ay fait maint haut et terrible ouvrage, Respandu sang, bras et teste semé Parmy les champs où je me suis ramé ' , Et tant qu'en fin les voix m'ont reclamé L'honneur des Grecs et des Troyens l'oultrage.

Grans et haulx dons m'avoit donné nature ;

Aussy les dieux dont je fus nourreture.

De leurs faveurs largement me partirent.

Et fus taillé par semblant de droiture

D'estre une fois reluisant créature

Et l'un des haulx en gloire d'escripture.

Dont oncques mains en chroniques escripreut -'.

Or a esté telle mon adventure

Que par malheur, jadis d'une pointure

En mon honneur je commis fourfaiture.

Par quoy les haulx de gloire me retirent

Et m'ont forsçaiut d'une telle ceinture

Que j'en maudis ma réal géniture,

Mon lieu, mon nom, mon estre et ma facture,

Ne qu'onques mais mes mains le desservirent.

Fureur de sang, amertume ' de rage, Enfelouny, injurié courage,

■' Ramé, porté, dirigé.

- En livres escripvirent, ms. de Paris,

'^ Apostmne, ms. de Paris.

i92 LA COMPLAINTE

Advis troublé, par nature esmue,

Par leur cuisant impétueux orage,

M'ont fait commettre un chaleureux oultrage

Et oublier d'honneur le haut parage,

Dont la clarté m'est à terre eschue :

J'ay fait, bien sçay, un piteux vasselage,

Fort rabaissié ma gloire et mon estage,

Et n'aviut oncq au siècle tel dommage

Que de ta chose en ce point eschue ;

Mais qu'en diray-je en mon propre avantage.

Fors que je suis du troncq et parentage

Du vicieux humain povre lignage,

Dont la foiblesse est en tous lieux conçue?

Si la fureur non à temps refrénée

A ma raison forclose et forraenée

Par force à faire œuvre si despiteuse ,

Quant la fureur a esté terminée.

Et que raison m'a esté ramenée.

J'en ay souffert douleur si attainée '

Qu'oncque puis n'eus vie déliteuse'.

J'en ay ma main de faulte condempnée,

Mon bras maudit, ma face déclinée.

Et par douleur de l'aigre destinée

Et de ma gloire a tousjours mais boiteuse.

J'en ay sur moy la sentence donnée.

En démonstrant à ma dure journée

Qu'en royal sang, n'en créature née,

Ne doit manoir œuvre impugnée honteuse.

Le noble Hector, fleur d'honneur, l'oultrepasse Qui en valeur et en vertu surpasse

' Si attainfe, si vive.

» Déliteuse, douce, pleine de plaisir.

L'aigreur, l'aspresse et la fierté du monde, Et qui tout seul tant de prouesse embrasse, Autant de gloire et de haut los atasse, Comme le siècle en son trésor amasse Jusqu'à quérir le parfont de sa bonde.

Bien sçay qu'en plainte et en dure menasse Sa voix me charge et sa douleur me trasse Et en aigreur il quiert, il prie et chasse Qu'honneur me froisse et gloire me confonde ; Mais soubs l'octroy des dieux que je pourchasse , J'en pense à rompre aucunement la chasse, Quant j'en verray le lieu propre et espace, Là où faudra que de tout je responde.

Pour tant en vous, o seigneurs *, je respire;

Mon mal, mon grief, vous envoyé et souspire ',

Comme à sensible entendant ^ baronnie.

Si j'ay le tort devers moy et le pire,

Pour tant en vous * ne me vueilliez despire';

Car j'ay tiré de royaume et d'empire,

Com vous, jadis naissance et progénie.

Sang me conseille et nature me tire

De mettre en vous ma playe et mon martire.

L'un noble cœur, volentiers l'autre attire ;

Dieu a noblesse en celle forme unie.

Si donc en moy riens se trouve à redire.

Veuillez un peu de mon support escripre,

Et vous ferez, pour ù honneur suffire,

Ce qu'appartient à royale niaisuie.

* Vers vous, hauts princes, ms. de Paris.

- Ou lit dans le ms. de Taris : Et vous envoyé le grief dont je sous- ■pire.

^ Attendant, ms. de Paris.

* En tout, ms. do Florence.

' Despire, mépriser.

TOiW. VI. J3

VM LA COWTiAlNTF.

CommentAlexandreinciteAcliilPSROj' excuser vers Hector, et comment Achilcs, après plusieurs difficultés, s'y accorde.

Fils de Péleus, ô Achiles, party du très-haut lignage magnifié, dont les dieux ont fait naistre singulières vertus, mais, en forlignant de tes pères par ta jadis débridée fureur, forclos maintenant de nostre siège des preux : icy te viens rendre spectacle de nos yeux , et en réparement de ton honneur , si tu peux , informe et contente les haulx hommes, lesquels, en doulousant la playedu Troyen, complaignent aussy la faute de ton honneur. Faire le dois, car aucunes fois cause non justifiée porte condempnation plus que desservie. Pour tant parle à Hector. Tu es le fils du roy Péleus et de la royne Thétis : recongnois où tu dois et te justifie où tu peux ; et qui as le monde esmu contre toy par fait, fay qu'en satisfaisant à partie, tu regaignes par beau parler ' . Hector n'est encore desmu de sa noble nature de jadis. Vif, il fut raisonnable, et mort tu le trouveras humain. Procure ton pardon, en offrant honneur là où tu as inféré vilonnie. Certes, en ce faisant, tu acquerras gloire et vaincras ton ennemy, et qui plus est, tu mettras fin éternelle à un débat jà trop longuement duré entre vous deux.

ACHILES,

Certes, Alexandre, bon fait à croire, que au germain de Jason^ Achiles, moult poise la mort du Troj^en, com-

• On lit dans le ms. de Paris : Car toi qui par ion fait as csnm h monde contre toy, tu dois tant faire qu'en satisfaisant a partie, tu le rapaises par beau parler.

- Eson, père de Jason, était frère de Péléas que Chastellain confond avec Pelée, père d'Achille.

bien qu'entre les siens progéniteurs et les miens, oncques n'y eut guaires d'amour, par quoy si encore la hayne y dure en nostre endroit, ce n'est que de nature. Sy sçay bien toutesvoies que la paix y seroit bien séant, et que par la droiture des dieux la mort requiert estre réconciliée, souverainement yceste procurée par moy; mais, moy recongnoissant mon mescbief et mon mésadvenu malheur, dont mille fois plus fay estime de la manière que du fait, ne sçay, Alexandre, si après si griève et criminelle œuvre ' , me doy offrir à si griefment oifendu prince.

ALEXANDRE

Certes ouy.

ACHILES.

Et ne sera, penses-tu, sa playe rafrescliie soubs la vue' de son intérimeur ?

ALEXANDRE

N'aye cure de ce. J'ay obtenu de luy, que en l'honneur de royale dignité que tu as blessée, puisque mort ne peut estre remise à vivre, que tu viengnes à réparement, là où droit d'honneur le te souffrera rendre ; car de la mort, qui procède de guerre, ne fait-il poids, pour ce que une fois le convenoit cheoir par toy ou par autre, mais d'estre occis sur aguet, seulement luy cuist.

ACHILES,

Or te seuffre, Alexandre, un petit, et je y vais.

' Après si graiidemcnt scandalisée œiwi'e, ms. do Paris. - Venue, ms. do Paris.

i% LA COMPLAINTE

ALEXANDRE

Et je te seray moyen et avançeur de ta paix.

Comment Achiles, devant le siège des preux, présent Alexandre, fait ses excuses à Hector en condempnant sa faute ; et comment Hector, réconciliant Achiles, le renvoyé à paix,

0 glorieux excellent Hector ! aigre bras, oultre estime clievallereiix, de qui tant et tant de fois ay voulu attenipter, mais ne pus oncques tolérer les vertus, victeur invincible par nul chevalier , mais prosterné aventureusement par victoire non claire ' , soubs espoir que tu à ceste heure ne différasses un peu de ta mort, donne aucun oubli à ta douleur, cesse à ton ire, et souffrance à ton ennemy. Je Achiles mespris, viens vers toy essayer si recongnoissance de ma faute pourroit réparer l'offence de ta hauteur , et si titre d'houneste excuse en ton endroit voudroit ombroyer la honte d'un fils de roy.

Parle.

ACHILES.

0 Hector, doncques pour titre, je te ramembre comment les felles et adverses fortunes du temps jadis entre les tiens et les miens haulx progéniteurs, ont nourry longues et diverses rancunes, èsquelles plusieurs de nos plus haulx et des plus chers parens à deux lez adonc sont succombés par glaive , et sont venus les nobles et glorieux

» Par uneivfâme main deslâchée, ms. de Paris.

n-HEGTOR. 197

lignages çà et là à désertion , à ruyne et à fin confuse , comme par toy et par moy appert , qui y sommes exterminés , et aussy par la ruyne de nos propres régions et cités desracinées de parentage. Hector, tu sçais comment les tiens furent premiers injurieurs de mes prochains, et que moy obligé par nature à mon sang, me suis exposé constraint vengeur de leur querelle , laquelle chose exercitant à mon pouvoir et en soustenant les faits à la roideur de mes espaulles, les dieux, peut-estre en faveur des Grieux ou par envie de ta gloire, ont voulu abréger tes jours, et ont ta mort, dont il me poise moult, terminée entre mes mains, certes à honnorable et juste titre, si l'exécution en fust honneste. Mais, parce que ta hautesse, et non pas sans cause, se douleuse de moy et allègue double mort estre en toy redoublée, dont l'une est naturelle, et l'autre intollérable, ô Hector , icy te prie, espargne ton ennemy et seuffre un petit, s'il est possible, de ta fureur; car, toy occiant Patroclus, mon très-amé, trèschier et cordial parent', logé au trésor de mes entrailles, en l'espargne de mes amours et de mes faveurs, ', certes fureur tellement m'esbouUist , le sang aveugla mes 3^eux et me incita à vengeance, que sans regard de toy, ne qui tu fusses, ne où tu fusses, ne comment tu fusses tourné ou à face ou à dos, je te envahy, et de mon malheur et de ta propre iufélicité, non pas par ma vaillance, ne par ma clievallerie, mais par rage de cœur furieux, te renversay mort. 0 Hector, très-noble Troyen, ceste mienne fureur desréglée et desbridée, ne peut-elle porter ceste excuse, ne peut-

' Mon très-aimé cotisin, et mon très-cher et cordial et très-cher ^parent, ms. de Paris.

' Au coffret de mes faveurs et de mes intrinsèques pensées, ms. da Paris.

198 I.\ COMPLMNT!-:

ello 5?onHtonir ce fardeau , ceste œuvre rommise et ceste mort perpétrée en ennemisté de guerre', en mortalité de bataille, là où à un chascun, convient ou prendre mort par autruy ou la inférer à autre. 0 noble Hector, si tu ne pardonnes h la fureur, pardonne au moins à la loy invincible d'amour et à la faveur consolidée avec mon trèscher parent et amy Patroclus , que tu occis, voyant mes yeux, et lequel je vengcay, ne sçay comment, à vue estainte, de main aveugle, duite, non d'un clievalier, mais d'un furieux démoniacle* et hors de sens. Tu es mesmes celuy qui congnois comme amour lie, et comme fureur enflammée en cœur injurié ne peut estre résistable. Donc, et si je suis ton occiseur d'adventure, pour tant que pas ne l'ay fait à la valeur de mon corps, et que ne me veux attribuer à gloire, tu aussy tant plus y doibs reffraindre ton yre. Car peut estre que toi-mesmes m'eusses intérimé, si tu eusses apperçu ma venue, et m'eust fureur mené à mon cymentière, là où fortune infélice par moy te prépara le tien. 0 noble et vertueux chevalier, et quantes fois ayje essayé la force de ta main, et quantesfois me suis-je présenté en front à la fureur de ton espée, que je toutesfois tout le meilleur des Grecs et le dompteur des autres Troyens, oncques ne pus endurer ton chapplis '! Donc, si t'ay esté ton ennem.y à occasion de juste querelle, et que mort t'a esté aveuglement inférée par ma main , pourquoy céleroye-je ta gloire? Pourquoy ne r ameuter oye-je ta chevalerie, ta haute prouesse , ta non pareille vaillance soubs qui et à qui, constraint de le confesser, je ployé l'eschine, j 'encline le chef, et te donne et exhibe lieu de révé-

' En injustice de guerre, vas. de Paris.

- Dérnoniacle, insensé.

' Chapplis, combat singulier. Voyez tome I", pp. 225 et 319.

rence avec tout honneur? 0 vaillant Hector si ma main s'est opprobriée en ta mort, au moins par avant icelle honte, luy demeure la gloire de t'avoir osé impugner souvent, toucher ton heaume, provocquer ton yre et enaigrir ton courage sur moy, dont les armes congnoissoye trop foibles contre les tiennes : sy en pryse mon bras et en glorifie ma valeur, ne fust le coup survenu , dont malheureuse fortune, ennemie de mon honneur, m'a fait le pourchas. 0 Hector, ce ne fut pas ma main, qui te enversa mort , ce ne fut pas aussi la lance ' du fils au roy Péleus, mais ce fut la malheurée et confuse fortune d'Achiles forlingné , lequel , s'il eust obtenu sur toy honorable victoire, se renommast glorieux fils de roy, où maintenant, comme déshonnoré victeur, ne se ose réputer que à demy povre chevalier, si ce n'est toutesfois que ta grâce, ô Hector, dispenses paisiblement sur ma faute, et que ta hautesse considère les humaines passions, qui les hommes, en diverses natures, eu divers cas et eu divers temps, fréquentement molestent et desvoyent, et que nulle vertu n'est baillée si claire de nature qu'elle ne puisse branler ou estre ternie par infestation de senestre fortune. 0 Hector , entens doncques à ta gloire , et reçois ma louenge, que je, non par adulation ou par flatterie, mais par mérie droiture, profère à ton appartenir. Rapaise ton ire; pardonne ce qui est irréparable, et seuffre à celuy qui sa honte ne cœuvre, recouvrement de quelque peu de son honneur, et quelque peu de support honnorable, à son los non grevable, quant tu en es requis. Sy te prie, ô Hector, en ta hautesse de fils de roy, pardonne à un aulretel , ton mesfaiseur.

' Vespée, ms. de Florence.

200 I.\ CnMI'IAINTE

ALEXANDRE

Plector, oyez les excuses de Achiles, qui certes sont naturelles et humaines, et vu que de son douloureux raeschief il se soubmet à ta mercy et si à ton honneur, certes que par loy d'honneur et de nature , tu luy dois pardonner.

Achiles, attendu que en repentance de ton cas, tu recongnois ta faute, et considéré qu'en titre de haut homme nulle vertu n'est greigneur, ne de tel los, comme d'oser pardonner grant injure, en nature et courage de fils de roy je te pardonne. Et ignorant tous mesfaits passés, et pour tes autres chevaleries maintes dont bien suis expert, il plaise aux dieux te donner siège emprès nous, et moy en recouvrement de ton los je le te accorde, et va en paix.

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