DES NOBLES HOMMES DE FRANGE
Vous, nobles gens de tous estats divers, Vivans, régnans par le monde univers; Vous tous , seigneurs et nation gentille, Qui, en l'abit de nostre foy cou vers, Portez les corps afublés et couvers.
Les chiefs luysans, les titres descouvers. Les haulx possès et la gloire fertille, Icy livrez vos esperits ouvers ; Donnez entente et escout à mes vers ; Soyez benings, non rudes et pervers ; Rendez-vous sains à ma doctrine utille, Durtés et froids vous rendent les yvers, Et le printemps, fleurs, fruits et arbres vers ; Donc, qui amez honneur, non le revers, Prestez-y sens et oreille subtille.
Le temps de huy vous évoque et escrie ; Honneur semont et noblesse vous prie
' Publié d'après 1g manuscrit 120 de la bibliothèque Laurcnticnne, !i Florence, collationné sur le manuscrit 21G88 do la bibliothèque do Bourgogne et le manuscrit 783 de la Bibl. royale do La Haye.
204 LE MIRUKU
Que icy veullez songneusement entendre, Et qu'en saison diseteuse et tairie, Vostre vertu naturelle fleurie, Se boute avant et s'espannisse et rie, Comme un bourjon soubs la rosée tendre; Car, là où est fertilité périe, Salut forclose et povreté nourrie.
Vigne féconde est plus de près chérie, Et tant en est plus précieux l'attendre : Ainsy est huy, noble chevalerie.
Besoing s'attent à vostre seignourie, Et vous requiert, par foy de vostre hoirie, Qu'eu luy veullez cœurs et désirs estendre.
Dieu, entre ceux de l'humaine nature.
Souvent vous crée excellens en facture, Et singuliers en toute grâce exquise ; Vous baille corps de plaisant compassure. Richesse, argent, vigoreuse membrure, Cœur ennobly, spécieuse figure, Vertu naïve en propres faits acquise ; Vous fait les cœurs enflambés en ardure, Hardis et fiers en toute chose dure, Souffrans et forts en chaud et en froidure. Et non tost mus pour offence surquise.
Sy fault entendre, et sy est bien droiture. Que tels hauts biens, à si comble mesure, Ne sont infus en nulle créature Sinon à fin singulière requise.
Le soleil fit pour le siècle esclairer. Pour embellir son venure et décorer.
Et pour servant estre à l'homme et propice; Les peuples fit uaistre pour labourer,