DES NOBLES H03IMES DE FRANCE
Gaste en mésus et en fangeuse voye !
Certes, mal duit à telle créature D'avoir l'honneur, la gloire et couverture D'un tel manteau, d'une telle parure Qui yeux déçoit et soy-mesme fourvoyé ; Ains devroit mieux celer sa géniture Et porter nom selon sa nourriture, Dont, s'il en est aucuns à l'aventure, Dieu tout amende, et sa grâce y pourvoye
Clercs et prélats, par doctrine et science. S'acquièrent fleurs et fruits de sapience, Et, en tel rais, leurs chiefs reçoivent gloire Et leur donne-on en sièges préférence.
Voix en conseil, en quarfour révérence.
Pour leur sçavoir et acquise apparence Et qu'en eux gist de sens le répertoire ; Mais vous, seigneurs, extraits d'autre semence, De qui les fons et noble conscience Sont, par nature et naïve excellence, Duits et constraiuts à venure ' notoire, S'en vous a gloire ou grant magnificence, Honneur, bon los et vertueuse essence.
Cela vous fait nature estre en présence, Qui de tels faits vous instruit la mémoire.
Soyez si faits que vo cœur vous donra Et que fortune à vostre eur suffira, Nobles de nom ou nobles de noble œuvre ; Mais par vous seuls, quant vertu y sera. Si paix salut jamais au monde aura , Par vostre cause et par vous adviendra, Et vos vertus en feront la recœuvre ;
• Var : A noble œuvre.
2U LE MinUKU
Et d'autre lez, quuut tout y Inng'uira Et tout y cherra et tout y branlera, Et que seurté cœur d'homme ue s(,'aura, Par vos deffauts, cela ferez esmcuvrc ; Et Dieu là haut sur vous se courccra, Fors que h droit le corps vous punira ; Peuple escriant en haut vous maudira Et de leur doy en feront la descœuvre.
Par vous languit ou ressourt Sainte Eglise, Par vous possède ou elle perd franchise, Par vous resplend ou par vous est ternie ; Par vous font rois et princes haute emprise, Par vous font-ils meschicf que je desprise. Par vous leur vient coustume bien apprise Ou par vous fout honte à leur progéuie ; Par vous justice esl en haut siège assise, Par vous droiture est équale et massise, Par vous treuve-on stabilité rassise ; Par vous la terre est de salut garnie. Et au rebours, par vostre auéantise, Par vos viltés dont vous faites cointise. Ciel, terre et mer où vous avez hantise. Tous sont infects de vostre vilennie.
Soyez, vous pry, vrais nobles et parfaits. Non pas par nom, mais vrais nobles par faits, Visans h Dieu et à tout noble affaire. Dieu, pour miroer, vous a créés et faits. Vous a donné honneur et cœurs et faits, Affin que ceux quy sont plus imparfaits, Y puissent prendre exemple de bien faire, Vertu loable et excelleus biensfaits, Ce sont les points dont vous serez reffaits, Et dont au ciel vous serez satisfaits,
DES NOBLES H0M3IES DE FRANCE. 2[o
Et dont la terre en soy a plus affaire ; Pensez-y bien, ains que soyez meffaits, Ou, s'en vous a laidure ou meffaits, Purgez-les tost, ains que soyez deffaits, Ou vostre honneur ne pouvez pas parfaire.
Si par soûlas en vous je m'entroublie,
Non par doctrine ou arrogant folie,
Mais par amour que je ne perds pour sommes,
A un chascun de pardon je supplie.
Ma plume est mal de riches mots emplie ;
Pour le mal mis le chief encline et plie.
Le bien est tout à l'honneur des preudhommes.
Donc, s'en moy semble avoir mélancolie
Sur France, appert, la région polie,
D'excus requiers, mais tant vous en deslie :
Dieu ne fit oncques deux Troyes, ne deux Romes,
Ne fera-il deux Frances, quant faillie
Sera la nostre, assez jà affoiblie.
Prenez en gré, mon œuvre est accomplie :
C'est un miroer pour françois nobles hommes.
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