DES NOBLES HOMMES DE FRANCE
Pays, cités, terres et tenemens, Ou estre près de fin exterminée.
Les Orients jadis tant redoubtables.
Les Grecs si haulx, si forts, si réputables, Si pleins d'engin et de sollicitude, N'out-il perdu leurs fers esposntables, Leur hault régner, leurs glorieuses tables, Leurs haulx palais, contournés en estables, Serfs aujourd'huy à vile multitude?
Quant donc si haulx royalmes et notables, Si nobles gens en tous fais racontables, Sont devenus h fin si lamentables Par leur orgueil ou autre ingratitude, Pourquoy seront nos duretés estables, Nos corps asseurs, nos fortunes traitables. Là où sont tant de maux insupportables Que gloire en fuit, sy fait béatitude?
Mettez en tout vos soings et estudies ; A dure mort vont longues maladies, Et roide fièvre et foiblesse piteuse.
Divins escrits et autres prophéties.
De vérité, non de fables, farsies, Malgré nos cœurs à testes eiidurchies, Prendront leur fin ou douce ou despiteuse. En vos mains sont toutes les monarchies, Le seul règne sur toutes girarchies, Le clos ultime où terres sont saisies.
Le derrain sceptre emprès force doubteuse. Sy en seront les premières ravies.
S'attendre peut fortune ù ses envies ; Mais n'y a mais pour le salut des vies , Fors que Dieu doinst sa grîlco respiteuse. ton. VI. 14
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0 noblo gent, noble cxcellout royame,
Ce qu envers vous aiusy me tourne et clame
Et vous adresse aigres raisons pointues,
Ce ne fait pas désir qui vous diffame,
Ne qui vous quiert à rabaisser en famé,
Mais vray amour, qui me point et affame
Pour tousjours voir vos gloires ramentues.
Le cœur vous sert, ma nature vous ame ;
Vostre honneur quiers, tristeur m'est vostre blâme ;
En vostre los vous offre corps et âme ;
Par mes mains sont vos loeng-es vestues
De pourpre et d'or et de perline flamme,
D'odeur sentant plus précieux que basm-' ,
Et tant que mort me sépare et entame.
Par moy seront vos pointes combattues.
Mon désir n'est qu'à faire remonstrance
A vous, très-baulx nobles hommes de France,
De vostre los et éternel durée.
Et de vous mettre en vostre souvenance
Le vray debvoir, la haute appartenance,
Qu'en mœurs, vertus et autre contenance
Vous duit et siet par nature espurée ;
Car là où Dieu met de biens habondance,
Beauté de corps, gracieuse accointance,
Si vertu noble y est eu deffaillance.
Bien doit tel faute estre endroit soy plorée.
Ains veut nature et loy par son usance,
Que un noble corps soit noble en conguoissance,
Cler en vertu et plein de reluysance,
Ou sa vie est non à droit naturée.
Non, vos beaux corps resplendent et reluysent. En la hauteur des titres qui vous duisent, Sur quoy tel fois nature est présumée ;
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Ains les beaux noms qui, sans fruits se déduisent,
Et follement se portent et conduisent,
Ce sont iceux qui mes mes vous séduisent
Et font avoir bastarde renommée.
Mœurs et vertus les haulx titres construisent.
Taches, viltés leurs dignités destruisent ;
Là où les faits et hautain titre nuysent.
Très -sobre y doit la gloire estre estimée ;
Mais où les faits que les nobles produisent.
Sont de semblable aux cœurs où ils se puisent.
Et qui d'honneur tous leurs désirs en duisent,
Là est noblesse entière et consommée.
Ne seulement en vostre roide espée, Ne en vertu de vaillance attemprée, Gist tout le fait, ne le fort de vostre ordre, Ains la plus part et la plus haut rampée Et dont salut en peut grigner grippée, Gist en clarté de mœurs non encoulpée Et en tel vie où peuple n'a que mordre ; Car, noble gent d'ordure enveloppée.
De vice empaint, de vice occupée, " Comme un oiseau prend l'autre à la pipée, Un dissolu en fait cent mille estordre Et fait vertu toute estre dissipée.
Perdre salut, foy estre décopée.
Honneur fuitif, vergougne estre estoupée, Et grâce Dieu d'ensus le monde estordre.
Se à rose ardant duit odeur précieuse, A fleur en may beauté délicieuse, Clarté au ciel, et vérité au livre ; Se à rubis, perle ou gemme précieuse Duit vertu digue et garde curieuse ; Plaisant maintien à dame gracieuse,
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A beau parler, beau stile qui enivre; Si grand los duit ' à terre fructueuse, Chiertô h herbe utile et valueuse *; A chicf royal, couronne somptueuse, A beau faucon, esle' vite et délivre : Encore h vous, noblesse copieuse.
Il vous duit mieux, par loy substantieuse Et par nature et gloire ambitieuse, Avoir vertu, vergongne et noble vivre.
Pourpre couleur, ne peinture azurée, Cristalin ciel, ne resplendeur dorée.
Ne sont si beaulx qu'un haut noble courage. Nature aussy, qui tant est décorée De chier trésor et de haulx dons parée, Au plus parfait de sa gonde estorée, N'eust eu si cher, si précieux ouvrage. La terre en soy en est plus honorée, La foy s'en sent plus riche, et bien eurée, La court céleste, la toute énamourée; Dieu y prent los, tranquillité, ombrage. Salut eli prend longue estable durée ; Paix, noureçon; vertu, foy asseurée; Honneur, haut siège et gloire désirée ; Et ciel et terre en font feste et parage.
0 quel malheur et quelle douleur dure Quant un haut nom s'embrouillit en ordure, Et du vrai cours de son droit se dévoyé, Et sa très-noble et excellente nature Meffait ternit de blasme et de laidure ; Sa souvent riche et florissant verdure
' Duiû, convient.
* Var : Vertueuse.
5 £sle, aile.