VI. -S
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noiir royal contraire , comme celui mosmes maintenant dont tu te desfies, et qui est si vertueux et si noble en Tenfonsure, qu'il ne voudroit avoir pensement envers toy, que tel qu'il vouldroit avoir son léal serviteur ou fils envers lui, jà-soit-ce que moult de diffidences s'y entre-trouvent, par l'instinction de l'ennemi, qui impugne ta félicité et la sienne, et ne contend que à rompre le neu entre toy et lui, pour ambedeux perdre, et ce qui en deppend, qui froids maintenant et pleins de rumeurs par malignes personnes, dussiez estre féablement conjoins en amour et dilection charitables, l'un comme roy envers son très-cher parent humble, et l'autre comme serviteur, léal mainteneur de sa querelle envers son souverain sire, par supploiement de l'un envers l'autre, selon l'eschéance des fortunes et des opportunités auxquelles il convient approprier les affaires, par considération que besoin fait que une main tousjours lave l'autre, et que le moins suffisant, en autrui perfection et humanité, se parfasse et emprunte, quand par telle accommodation, par telle amiable et libérale prestance de l'un à l'autre , le monde dès oncques se gouverne et pardure. 0 roy singulier! et quelle cause de hayne m'est-il, si je deffends celui que, toy seul réservé, je congnois la perle des princes régnans, le réceptacle des gloires et des grâces de Dieu , le coffre de léauté et de preud'hommie, l'espargne des honneurs et des chevaleries du monde, que toy-mesmes dois contempler, que tu propre dois honorer et chérir, quand du tronc de ton précieux arbre est partie plante si glorifiée que ton thrône mesme en resplend.
0 cœur plein de prudence ! ô noble royal nature pleine de humanité ! c'est d'icelui dont je puis dire : Stiscitans à terra inopem, et de stercore erigei}^ panperem^ iit coUocet
enm cum priîicipibiis popnli sni' . Il m'a suscité de terre povre homme, et de povreté et ordure m'a fait sourdre en haut pour me loger avec les princes de son peuple; lequel, jà-soit-ce que clair assez soye de génération, et que moult noble et vertueux ventre me répandi en main de matrone, ne fust toutesvoies de la grâce de Dieu et de lui, qui povre nasquis et petit en comparaison pour attaindre à si haut que d'avoir un tel maistre, que d'avoir habitude et congnoissance de sa noble personne , et de le congnoistre en fons et en mœurs , ne fusse parvenu jamais là où je suis, là où j'ai obtenu en ses yeux grâce et bénivolence, outre mon mérir, outre mon valoir et appartenir, et par quoy je suis tenu, tant par bénéfice reçu, comme par certainement cong-noistre sa noble nature , de l'extoller et louer, de le défendre et parer, et de le proférer et juger tel qu'il est et que je le cognois, et comme je l'ose bien certifier et conclure non estre autre.
Roy très-prudent, donne soin, te prie, et disposement à la crémeur de Dieu ; donne voie à toute noble condition royale ; donne lieu à vertu ; résiste à passion fragile; et qui par vertu et haut sens as obtenu gloire, par vertu aussy et bon persévérer tiens serve fortune, et ne te soit riens désormais ceste povreté présente, ceste malheurée suspection venue entre toy et ton humble parent; ne te soient riens cestes douloureuses matières eslevées, non utiles, non nécessaires, non honnestes, ains ruineuses et confuses, dampnables et infamieuses. Tu as Dieu en objet et sa foy sainte; tu as l'ennemi de la chrestienne religion, invadeur de l'Église; tu as la corne des infidèles dressée en ton front ; tu as desriglement en l'univers siècle ; tu as
' Psalm,ciiu, 7,8.
i.3(; VAPOSITION SUR VKniTK MAI- l'IUSt.
clameurs h tous lez de la perversité du monde que tu dois ligler, que tu dois restraindre et corriger, que tu dois cxempler et mettre à mesure, et non toy adonner à basses choses petites, à propres privées affections particulières par si, ne par çiiia, dont la fin, où qu'elle tourne , ne pourra estre honneste, et moins encore à Dieu agréable.
Parfay doncques ton temps, glorieux roy ! parfay-le en gloire; parfay-le en béatitude et en crémeur de Dieu; parfay-le en bénignité et clémence ; parfay-le en prudence et compassion sur humaine salut! Et si passion aucune de courroux peut ou doit avoir voie en toy envers aucunnuy, je requiers doncques que ce soit en ma très-povre et très-petite personne, non utile à riens, non d'aucune prestance à la chose publique, et non digne d'aucune recommandation. Car icelle libéralement je paroffre à tes plaisirs; et baissant le col à l'exploit de ton ire, si ton cœur y est, je prosterne le. corps sous ton glaive , requérant toutesvoies miséricorde, à laquelle je me recommande, en laquelle je me confie et repose. Et finablement me subordonne et dispose à ta très-humaine bonté et royale noblesse, qui, d'autant, comme le ciel est plus haut que la terre et l'occident lointain du levant, d'autant a-il distance entre ta noble nature et la mienne , d'autant a-il diffé rement entre ta perfection et ma povreté, d'autant lointaineté entre ta glorieuse vertu et mon vice, lequel j'ose bien submettre à ta correction, priant mercy, et par humbles prières clamoreuses exorer Dieu pour ta bonne vie et salut.