i;XI'(JSlïIO.N
guères, et buvjint le vin (l'amertume, tout jeu, [etj pain de douleur encendré de mérancolic, tout viel, aprièmes es parvenu au goust délitable et à saveur nourrissant digestive. Donc, recordant les inquiétudes passées, les douleurs et afflictions juvéniles, maintenant tu trouves repos, maintenant tu trouves solasetquoyeté, et te saveure mieux une heure de vivre, que tout l'eage passé. Pourquoy? certes, par le rendage de paix que Dieu t'a transmise et que tu vertueusement en grand labeur et soin as procurée.
0 tu roy, doucques , glorifié hautement en compression d'infortune , que mordant guerre t'a procuré , et ])ar laquelle, en toy desveloppant d'icelle, tu es devenu vertueux champion jiar en avoir obtenu victoire, ne te semble-il que le rentrer arrière en champ clos contre elle te pourroit causer péril et faire apparoir moult d'infortunes bien à craindre? non pas tant seulement en ta personne, mais en tout l'univers que tu as en garde , et lequel en luite et championnage de quarante ans, le vent au visage, tu as mené enfin en terre de promission, en transquillité de vie et de labeur , et en obtention de la grâce de Dieu et de paix, qui maintenant arrière, toy scient, ce semble, branle et vaucre en péril, et pend à un fil de soie non torse, eu périlleuse aventure.
0 tu, roy noble et humain , ô tu roy tant précisément expert des misères du monde , ô tu qui par adversité tant es devenu sage, par diligence et sollicitude tant es devenu glorieux, et oncques n'exposas vertu nulle, ne vigueur que à intention de paix obtenir : maintenant quand tu l'as embrassée, ne la dois-tu tenir estrainte? ne la dois-tu tenir jointe à tes flans et prochaine , et non souffrir eslongier de ta garde celle qui est proufitable et salutaire à tout l'univers siècle?
Sire, tu es le ]Aus esprouvé chevalier des vivans ; tu es le plus expérimenté en lice estroite, qui oncques çaindi espée; battue jeunesse t'a fait grave en haulx jours, et meurté de jours graves te redonne espoventement des batures passées. Doncques, quand sens est en toy par apresure, et nous l'y véons et sentons par expérience, et que la vérité est telle qu'en sens et vertu seule tu règnes et floris, tu es monté et glorifié jusqu'aux nues, ne veux-tu, en ce par quoy tu es monté en prospérité, persévérer constamment et en ferme proupos, de peur de non redescendre?
0 non plaise à Dieu, sire, qu'en ce tu failles! n'avienne jamais que non clialant tu cecy ignores, et que tu, qui es si glorieux roy eagié, tant décoré de précieuses gemmes esquises,tu offusques celle splendeur glorieuse par aucune povreté de passions , que tu , en vertu dont tu es plein, dois vaincre et - dompter, et monstrer que , qui as sçu vaincre et surmonter légions d'hommes, as bien sçu vaincre aussy et triompher sur tes passions propres,
0 roy excellent, et s'il loist clorre un œil devant ta majesté excelse, s'il loist non regarder d'icelui ta haute dignité radieuse, et l'autre ouvrir envers ta personne comme mortel homme, et te semble-il à autrui pouvoir inférer guerre et observer propre paix ? et quand l'occasion aucunement y pourroit estre juste, que la production en peut estre salutaire aux jours où tu es parvenu , qui es déjà venu à eage bien avant , et plus encore près de soleil abscons celui en qui tu te troubles? nenny voir! il ne t'est possible, et encore moins portable à ta raison, que présentement, quand tu vois l'Église de Dieu désolée vaucrer et mendier en emprunt , la foy estre impugnéc de main vile, icelle prévaloir sur le divin peuple, menacer la religion chrestienne criant sur toy et pleurant comme
428 EXI'OSITION
I)Osteau (le son attente, et tu, endurci en cœnr, fuyant Taj)partenir de la vocation, et obéissant tout h volonté ireuse encontre ton proi)re sang , encontre ton huniLle cordial serviteur et ami , qui inesme se veut exposer en ton deffaut en ce que j)ropre dusses entreprendre, tu rcsmusses guerre, tu renouvelasses tribulation passée, tu rencliargeasses mortalité sur ])laie endormie, et que tu, qui es la tresmontaine des clirestiens , le ciel immobile des roys et des princes, spectacle de paix et de bonnes mœurs , et as purifié ton centre de toutes ténèbres , décoré icelui glorieusement de félicité, tu arrière mettant le monde en desvoy, et toy propre en affliction personnelle pour frivoles , pour questions non bonnestes , pour passions vicieuses, pour privées causes et rancunes, tu consentiroies le fait de Dieu estre oublié, sa foy estre non chalue, clirestienté non reconfortée, la cbose publique non réduite à ordre, et povreté et tribulation Immaine non estre mise en estime! 0 non plaise -à Dieu, non plaise au roy de lassus, que tu, oublieux de tant de grâce reçue et reveleux en la grâce de ta félicité, tu te refasses d'un roy de paix, d'un roy possesseur de salut acquise, d'un roy conduit jusques ici du bras divin, plein de gloire et de clarté, un roy infélice, plein de malédiction et de mauvaise issue! Tu par cy-devant domptas fortune par sens ; tu la vainquis par diligence ; tu la mis à tes pieds par courage ; et Dieu joint avec toy, tu déboutas guerre hors de tes mettes , par main clievalereuse. Sy ne voudroies mie rentrer, j'espoire, en quoy tu es né, et ne voudroies prendre issue en ce oh tu pris doloureux commencement.
Tu nasquis en guerre et tribulation, et tu ne contends mie à rentrer en celui eage. Tu pris commencement de règne en pestilence, et tu ne désires mie à vuidier par
celui destroit, ne prendre issue, quand l'approcliement du dernier jour de tout homme, la povreté aussy d'apesandie vieillesse, pour félicité souveraine ne demande que transquillité de courage, paix et repos de conscience, pour percogiter les mésus de jeunesse, et pour soy pouvoir en son compte rendre où il se convient traire.
Donc, ce qui plus doit donner peur aux princes, parfonde et longue frémison en leur âme, c'est en examinant bien et au net leur vocation, si icelle ont exposée en vanité et privée gloire, ou en l'exaltation de la gloire de Dieu et de l'utilité commune.
Que feroie-je longue persuasion à celui qui a bénigne esprit, oreilles flexibles et débonnaires, nature toute pleine de bonnes mœurs? Seulement, si tu crains Dieu et si tu quiers sa gloire, si tu quiers propre salut et celui du monde , paix seule doncques t'est nécessaire , paix est ta rédemption, paix est le giron de ton repos, et ce en quoy Dieu veut que tu le serves, que tu exposes tes vertus et valeurs, et les autres clirestiens tu avoies et amesures eu tes exemples. Donc, comme paix est une chose divine, àtoy glorieuse et salutaire, guerre aussy est production de l'ennemi, douloureuse confonderesse de tout le monde, à laquelle, quand tu luy donras voie et la mouveras contre celui que l'on craint, tu la mouveras contre un dont honneur une fois et nature te donront remors , et lequel, quand tu l'auroies submis par amie fortune , tu auroies obscurci largement du plus beau de ta gloire. Car est le plus beau perle de ta couronne, le plus léal de ta progénic, le plus humble envers toy de tout le siècle , et aussy net chevalier et preud'homme qu'il en est nul eu la terre chrestienne.
Donc, et si tu autrement crois, c'est pitié; et qui autre-
ment te rajtporte, ce lui est faute. Car, quel est envers Dieu, est envers roy; et ne fait à croire que qui est exemple d'humilité 'envers tout le monde, que envers toy son souverain sire, le chief de sa gloire et splendeur, dust enrudir en mœurs, dust abastardir en condition noble, et soy monstrer pervers contre jug-emcnt do raison saine.
Hélas! sire, moult povre chose est que la vie de l'homme, quand exposée n'est en vertu ; et moult est chose recomraandablo aussy, quand déduite est, par bien faire, à fin fructueuse. Sy n'est pas tant félicité , rég-ner uustôrement sur les hommes, comme est immortalité de haut titre, parattaindre à l'affection de leurs cœurs, laquelle ne se peut conquérir par force, posé encore que les corps constraintement se supploient à tirannie.
L'amour, sire, des courages' est la richesse des princes; et débonnaire tractance de subjet, c'est ce qui renforce seigneurie. Or est tout clair ton royaume, ton thrône purifié; tout y est tranquille et paisible, ce qui à toy et à autrui peut donner béatitude; et ce qui à mes yeux a esté royaume de malédiction , cité de l'ennemi misérable, est royaume de félicité maintenant, cité de Dieu glorieuse, par la paix que tu y as mise et par la guerre que tu en as deschassée par main forte. Donc ne reste mie fors que division arrière n'y rentre par tes deffaulx, et qu'en avancement de salut propre et commune, en exaucement de la gloire de Dieu , par tes prudences et vertus , tu l'en tiennes fourclose. Car est chose vraie : qu'en union et amour avec tes suppos, il t'est plus expédient d'entendre en ton dehors, qu'en esvertuant force encontre toy-mesme, revigorer tes ennemis, mesmes quand ton bras belliqueux, fa main triumphante est requise maintenant en cas plus nécessaire,
' Des courages, des cœurs.
en œuvre plus méritoire et de plus grand fruit, qu'en soy enaigrir en questions privées, en querelles et chéti vêtes non honnestes, de chrétien à autre, de parent à parent, de seigneur à subjet, par l'attisement de l'ennemi, qui le monde parvole et pertrasce, et encherne la rondeur chrestienne ; dont, ô tu liélas ! as les miroirs qui te doivent non seulement commouvoir les entrailles , mais fondre toute ton âme et tes penseraens en larmes de compassion piteuses, par volonté d'y remédier, comme celui dont les progéniteurs nobles d'icy devant en œuvre pareille ont acquis ce très-glorieux sublime titre , comme d'estre nommé le Très-Clirestien roy, non pas en confliction certes de chrestien contre chrestien, non pas en exposcment defor ce par ardeur de convoitise, mais en estre bras deffendeur de l'Eglise, invadeur de ses ennemis, expugnateur de ses hérésies , permain teneur de sa liberté, et répareur véritable et protecteur de la généralité chrestienne.
0 roy françois, roy glorieux si tu le sçais entendre, roy bienheuré si tu le veux recongnoistre ! ô que tu me coustes larmes aujourd'hui ! que tu me donnes pointures et douleurs! que tu m'envoies angoisses et passions intériores, quand tout plein de dilection envers toy, plein de tes haulx et glorieux faits et vertus , plein de tes mœurs et de tes nobles conditions fructueuses, dignes assez pour estre second Auguste, nouvel César triumjdiant sur le monde , autre Charlemaine victorieux, je frémis à l'encontre de ce que je crains que tu n'attcmptes, et que de main propre injurieuse àtoy-mesme, tu ne dérompes ce glorieux dyadème qui te circuist et te préfère , si tu y pardures , sur le thrône des roys.
0 comme peur m'est que celle clarté ne se contourne en ténèbres ; que celle radieuse glorification parubtenue
432 i;\ POSITION
ne redescende en estât infélice : que impossible est toutesvoie.s, sinon par donner voie à division, jdace à envie en dedans ton clos, dont fait se pourroit sourdre, guerre y rentrer et renaistre, et toy et autrui faire encourir en fin reproclialde et confuse. Donc, comme do la fin se trait le titre de l'homme, et que les titres volentiers ensièvent les mœurs, tu qui auroies en disposition pour estre exalté avec les preux, par tes vues et passions volontaires mallieuréement seroies devenu abjection et pied clioulé des nobles. 0 n'es-tu celui qui représentes en terre l'image de Dieu, et qui ensievir dois au plus près du possible ses conditions? Oy voir ! Doncques, si tu es ymage de celui qui est bonté souveraine, donne doncques ce qui divin est, et tes mœurs les conforme avec ton estât ; donne paix à toy propre ; donne salut et soulagement au monde qui sous toy respire ; et qui as guerre enchâssée pour fin de paix , entretiens icelle aussy pour fin de béatitude. Car est paix la darnière expectation de félicité; c'est l'exultation souveraine des angels ; c'est le solas et consolation des hommes ; c'est le repos de la terre, la seule envie de fortune, et qui seule tient en estre et en vertu toute la construction de l'œuvre divine.
0 doncques , qui as icelle en ta possession , et qui par si longue labeur l'as acquise et parobtenue, ne la dois-tu craindre à reperdre? ne la dois-tu tenir clause et estrainte entre tes mains , quand par icelle , tant que tu la tendras chière, tu surpasses les roys de mil ans, tu survoles les princes de l'univers siècle, et tant plus et plus hautement, comme les fortunes en jeune eage plus et plus te ont esté basses?
Sire, s'il te plaist l'entendre, amour vraie engendre peur , et dilection vers aucune personne cause soin en
l'amant. Donc, je puis dire que amour aucune envers toy me donne soin de ton estât, et que la peur que j'ay de ton mesclieoir, me procède d'amour, tant par congnoissance que j'ay de ta royale glorieuse dignité à qui nul ne se acompare, comme par nourriture que j'ay prise sous ton ombrage en longue habitude avec ta chevalerie , là où mon heur a esté ample outre mon mérir , et ma fortune large et amie sur mon appartenance. Sy m'en restent encore les impressions jadis conçues ; et me causent amoureuses souvenances souvent les fréquentations que je y ai prises , quoyque imputé m'est d'avoir aigrement parlé, d'avoir mis termes avant, farcis de venin, qui ne l'ai fait toutesvoies sciemment, ne à ce voulu contendre. Donc, s'il peut ou doit estre ainsi tourné, sy m'est-il parti de cœur adolu , d'estomac pressé en mérancolie sur les choses que je véoie, là où cuidant parler en équité entre frère et frère, entre père et enfant, entre amant et aimé, sans regarder conditions, ne personnes, dignités, ne précédences, qui plus, ne qui moins, je me suis eslargi peut-estre et eschauffé en mes paroles ; et quérant fin bonne, qui est paix, par aigres remonstrances j'ay esvidié mes passions h l'oye des princes, comme à mortels hommes, sans toucher oncques toutesvoies à ta hautesse royale, ne à la glorieuse inviolée clarté de ta personne , fors à iceux seulement en général qui parçonniers en ceste présente action, froids et hayneux, te distraient les oreilles de bénigne ascout, et te fourvoyent à l'aventure et destournent de bonne œuvre. Donc, marri en cœur, je crie contre eux, priant Dieu, ou qu'il les révoque temprement de leur erreur et envie, ou qu'il fasse punition publique de leur démérite ; car n'est à maintenir en cœur de roy perversité nulle, malice à lion-