POTON DE XAINTRAILLES
Dès que homme naist, subjet naist h trois choses, A prince, i\ terre et à loy de nature ; En ces trois points tiennent leurs fermes poses Tous points d'honneur et d'humaine droiture. Moy donc, voyant le jardin de tes roses* Estre envay de grevance et d'injure.
Dès que fus né, je promys lermes closes Et d'en venger ma part de la laidure*.
Si donc j'ay fait quelque povre exploitance Touchant service et paine corporelle, 0 noble roy, ce ay fait en acquittance De mon debvoir, suyvant loy naturelle.
L'homme entreprent, et Dieu donne prestance A qui poursuit en aigreur sa querelle ; Et tout flourit et croit par habondance, Là où sens règne en œuvre temporelle.
LA HYRE *.
Aimer droiture et Dieu, et honte craindre En tout haut cas estroit et difficile,
' Var. et n'est-ce.
* Jean dit Poton de Xaintrailles, maréchal de France, bailli de Berri, sénéchal du Limousin.
' Var. le chemin de tes choses. •
- Var. la part de ma laidure.
^ Etienne do Vignoles, dit La Hire. Il partagea avec Xaintraille» Ihoimeur d'être le héros le plus populaire de cette époque.
Ça fait noble homme à honneur parattaindre
Et à bienfaire estre duit et facile.
Lors doue, quand l'œil veut les périls estraindre
De mort, de feu, de plours en domicile,
Il n'y convient, à tout dire et riens faindre,
Que tost emprendre et fuir long concile.
Dieu aux bons cœurs donne les adventures,
Et de sa main conduit leur entreprendre ;
Et contre espoir souvent donne romptures
Sur leur plus fort, et victoire en fait prendre.
Je ne fus onc à molles nourritures,
Ains à tout aigre et criminel apprendre ;
Donc, à l'exemple à si faites natures
J'ay fait mou cours. Dieu pardoiut le mesprendre !
AMADOC DE VIGNOLES'.
Là où Dieu veut contourner la * rosée.
Là croissent fruits et fleurit arbre et pomme ;
Mais sy voit-on povre terre arrosée
D'humble vassal, si bien que d'un haut homme.
Tant qu'ay vescu, s'est ma force exposée
A prompt servir en estât* de preudhomme.
Par quoy, s'en ce m'est grâce disposée.
J'en loue Dieu tant qu'un César de son Rome.
De petit trou, grand sourgon ne peut ystre. Ne grand effet, de petite personne, Ne povre œuvrier ne peut grand œuvre tistre. Ne sobre estât aux grans point ne consonne. Porté néantmoins j'ay tonnoire et éclistrc. Et maint dangier eu quoy mort se foisonne ;
' Araadoc de Vignoles était frère do La Hirc. 2 Var. sa.
* Var. emploi/.
iU L\ MURT
Roy, prcns en gré, je l'ay fait ù bon titre ; Du fait Dieu doint que le ciel en résonne !
JEHAN DE BRBZÉ'.
De bon vouloir, j'ay assez qui m'approuve. Quel je l'ay eu envers ta seigneurie, Quand le travail de ma très-longue esprcuve Te monstre au doy, dont l'œuvre est avérie. Riens toutcffoys je ne dy par répreuve, Car point n'y cliiet cause de vanterie , Mais pour moustrer le cas comme il se treuve : Tout œil l'a vu, ma vie y est périe.
Ne plains pourtant ma mort, ne ma ruyne, Mais que ta gloire y puist avoir essourse, Car cent* autre que je viens de l'orinc Qui hayt Angloys et volontiers les course'. J'ay pourchassé leur mort et leur bruyne Tout mou vivant par emprinse et en course : S'en gré le prend la majesté divine, J'en suis plus cler que de nul or eu bourse.
l'amiral de coetivy".
Le fondement de vraie amour rassise, C'est loyauté en estable courage, Et là où maint telle noble franchise.
Là tient vertu volentiers sou estage ";
' Jean de Brezé, seigneur de Loon, capitaine de Louviers, tue en 1 1 12 dans un combat près d'Évreus. Il était frère de Pierre de Brezé.
= Scei? Sçait? » Cotcrse (anglais : to curse), maudit.
•* Prégent de Coëtivy, seigneur de Rais, amiral de France, tué d'un coup de canon eu 1450 au siège de Cherbourg, « ce qui fut, dit Jean ■« Cliartier, nn fort grand dommage et notable perte pour le roy, car « il estoit un des vaillans chevaliers et renommés du royaume de « France. »
' A'ar. ancrage.
DU ROY CHARLES Yll. -445
Labeur y va, vaillance y est précise, Sens y pourvoit {ti tel cas tel œuvrage), Le bien s'y quiert, le mal se préadvise, Et rien n'y va à perte, ne vaucrage.
Si donc d'amour qui le courage allume
Me loist parler, ô roy, devant ta face,
D'avoir aymé léaulmeut me présume.
Car apparu t'en est mainte efficace.
Bien heureux est qui sa vie consume
En devoir faire et en œuvre de grâce ;
Car l'or du monde emprès, ce n'est ' qu'escume
A qui deffend îi suir bonne trace.