‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 2)Chapitre 5 sur 62 · RÉFORMATION OU JUSTICE · texte numérisé non relu

RÉFORMATION OU JUSTICE

Le Saint-Esperit, le bon ange, L'a cy mis. Il ne fera rien Qui ne soit au gré de tout bien :

Autrement faudra dire lose.

PAIX

Je le croy bien ; mais quelle chose Voy auprès de lui haut assise?

Ce me semble nouvelle guise.

Il ne devoit, que pour nous trois Estre venu cy ; mais je crois Qu'il a vers lui une autre femme.

KÉFORMATION.

Parlez bas : il seroit infâme

S'il faisoit fors que bien, ma sœur.

N'ayez paour; non, ayez bon cœur :

C'est notre mère Sainte-Église, Pour quoy j'ay telle peine prise A convenir en ceste place.

PAIX

Louée soit la Dame de grâce!

Dame, bien soyez-vous venue.

l'église.

Nous nous verrons par plus d'espace.

RÉFORMATION

Louée soit la Dame de grâce !

HÉRÉSIE

Je ne sçay quelle chose fasse, Tant ay paour d'estrc court tenue.

PAIX

Louée soit la Dame de grâce !

RÉFOKMATION.

Dame, bien soyez- vous venue.

LE œNCILK

PAIX

Mieux ue peut venir sous lu uue.

RÉFORMATION

Or allez, Paix, au costé destre.

PAIX

Moi, je seray au senestre r Réformation, cest mon lieu.

RÉFORMATION

Puisqu'il vous plaist, soit fait ; adieu ! l'église.

Voy le doux maintien qu'elles ont !

Justitia et fax osculatm sunt :

Justice ou Réformation

A baisé, par dilection,

Paix, qu'elle ayme d'amour entière.

HÉRÉSIE

Dieu mette en mal an la ma mère !

Plust à Dieu qu'ils ne vissent goutte ! Et où seray -je sur le coûte '?

On ne me assigne point de lieu , Mais [il] m'en chaut bien peu, par Dieu Je seray bien partout logée.

l'église.

Elle parle comme enragée.

» Coûte, lit, siège.

C'est voir : a pejori rota Semper sunt jurgia mota.

La pire roue tousjours brait.

Or çà, sans faire plus de plait, Faisons pour moy : sommes ensemble.

PAIX

Concil, par congé il me semble Bon d'attendre s'il venra âme.

RÉFORMATION

Vous dites très-bien, belle dame.

Tel ou telle peut estre près, Qui ne pourroit si bien après Estre cy, comme devant tous.

l'église.

Je suis d'acort avecques vous.

FRANCE

0 Deiis, 171 quantis Animus versatur amantis !

concile.

Qu'est-ce que j'oy?

HÉRÉSIE

Vox clamant is.

FRANCE

Hélas, c'est une voix piteuse D'une folle désespérée.

10 I.E CONCILli

Qui est huy la plus malheureuse, C'oiicques fu créature née.

A , ' c'est fol ou folle,

Qui ne scet que fait ne qu'un ivre,

Ne point n'arrestc en une cole * :

Tout lui est un, mourir ou vivre.

Je suis, que ou appelle France,

La sag-e femme, au temps jadis.

A .... * suis sans doubtance.

Loué soit Dieu de paradis !

Et s'amant par elle se complaint

De faulse amour qui le contraint

A dire mal de ses amours,

Qu'en peut mais, si point ne se praint

De plaindre *

De tous maux, sans avoir secours"?

Je suis si fort au cœur navrée

Et en tous membres tourmentée.

Que je ne le sçay ù. qui dire.

Quand je cuide estre confortée

D'un lez, je me trouve cassée

De l'autre, tant que c'est tout ire.

Il a passé vingt-cinq ans.

Que depuis le pied jusqu'aux dents.

Je n'eus, ne santé, ne repos ;

Et qui pourroit estre contens?

Le plus sage y pert son propos.

Hé ! Dieu ! je ne sçay plus que faire

Pour les grandes oppressions

Qu'on me fait : plus ne m'en puis taire.

• Lacune. Il faut peut-être lire :

A vray dire, c'est fol ou folle.

- Cole, accès de fureur, de désespoir.

^ Lacune d'un mot.

■' Lacune de quelques mots.

DE BASLE. Il

J'ay tant d ymaginations,

D'estranges cogitations,

Doux Jésus, mon frère et mon père!

Que si mes graus afflictions

Ne cessent, je me désespère ,

Combien, quant je viens à raison.

J'en suis cause par mon malice;

Car j'ay mis hors de ma maison,

Par mon orgueil, Paix et Justice.

Très-doux Dieu ! soyez-moy propice,

Sique ma tribulation

Puisse porter : c'est votre office

De donner consolation.

Dieu, pour l'amour de vous, j'endure

Ceste grant peine, en espérance

Que ce temps guères ne me dure.

Sy, par toy, je pry, com s'avance.

De moy aidier : le cœur me lance '

Puis çà, puis Kl, par desconfort.

Je ne sçay plus ma contenance ;

Car plus vay, plus m'agrave fort.

Hé ! bon chevalier Francion,

Fils de Hector, de la nation

De Troye, quant me mis nom France,

Ce n'estoit pas t'entention

Que venisse à subjection ,

Comme on voit, n'a telle meschance.

Chascun m'abandonne à oultrance.

Je porte sur moy ma chevance

Par la bonne provision

Des miens où dusse avoir fiance :

D'eux et moy, par leur gouvernance,

Se moque toute région.

Quand je pense h ma grant noblesse,

' Me tance?

A mes honneurs, à ma richesse,

Et SI Testât où suis venue,

Le cœur me fault tout de détresse ;

Mîi joye se tourne en tristesse :

Plus povre n'a dessoubs la nue.

Hélas! que suis-je devenue?

Je suis tant vile et mal vestue

Que je ne sçay à qui m'adresse.

Je ne suis plus de nul cognue

Par les miens : chacun me desnue ;

Dieu leur doint recouvrer sagesse!

Hé! Dieu que pourray-je plus dire?

Plus pense à mon fait, plus ay d'ire.

Que ne me viens-tu quérir, mort?

Plus ne puis souffrir ce martire.

J'avoie envoyé ïi l'empire,

A Basle, pour avoir confort

De conseil, mais tout semble mort.

Nul ne veille pour moy, tout dort.

C'est mon mieulx d'y aller de tire;

Car, si là puis venir à port,

Je croy que n'y aura si fort

Franc cœur qui pour moy ne soupire.

Sy eussé-je, à briève langage,

Ce voyage Voulentiers certainement Évité, mais nul message

Fol, ne sage Ne m'en vient aucunement.

Que font-ils si longuement.

Si humblement Ne procèdent d'un courage?

Durer ne puis longuement,

Vrayement.

Je yrai par quelque passage;

Là devray trouver TÉglise

Haulte assise, Le Concile, Paix et Justice ; Mais paour d'estre reprise

Quant m'avise.

Deux, quatre, car comme nice Vais seule, et tout pour mon vice.

Le service Que j'ay, chascun me desprise :

Mal eus onques bénéfice,

Ne office.

J'en vois, et dusse estre prise !

Adieu, clercs, nobles, bourgeois :

Je m'en vois A Basle pour vos mesfaits.

Vous estes monstres aux dois,

Tous François, Que n'avez Justice et Paix.

Tels joyaux n'aurez jamais :

Je m'en tais.

Je les querray, saufs tous droits ; Peinez-y, comme je fais ;

Et mon fais Allégera de grant pois.

Priez Dieu à haulte voix.

Mes enfans, pour votre mère.

Si je faulx à ceste fois, Je mourray de mort [très] amère.

HÉRÉSIE

C'est bien raconter sa misère.

Pour une fois, avez oy La voix, sire Concile?

Ouy;

44 Mi CUNCIM:

C'est graut pitié, par bonne loy.

l'église.

Nous deux pouvons bien, elle et moy, Ensemble, car elle se plaint Encor plus fort.

RÉFORMATION

Point ne se faint :

Sans faulte, c'est piteuse chose.

l'AIX.

Quoy que ce soit, je croy que n'ose Venir y ci et se hontoye.

l'église.

Je croy qu'il est bon qu'on envoyé Au devant, pour savoir que c'est.

Je le vueil bien, je suis tout prest D'y envoier : allez-y, Paix Et [aussy] Réformatiou.

RÉFORMATION

Nous ne voulons désobéir.

FRANCE

Hélas ! je me doy bien haïr.

Car je ne sçay que je feray.

Ne à qui je m'adresseray.

Dieu, ayde-moi, qui tout cognois

PAIX

Dame, qui tant piteuse voix Avez, cessez votre manière.

FRANCK

Dame ! mais votre chamberière M'appeliez. Dame! ce m'est blasme.

Je vous recognois bien par m'âme, Mais vous ne me recognoissez.

RÉFORMATION

Soustenous-la fort : elle pasme.

FRANCE

Je vous recognois bien par m ame.

Mais vous ne me recognoissez.

PAIX

Pour Dieu, point ne la rabaissez.

Jà-soit-ce qu elle soit mal vestue, Semble-elle de bon lieu venue, Au visage, fait pas, ma sœur?

FRANCE

Hélas ! vous me rompez le cœur.

RÉFORMATION

Haa! prenez consolation.

FRANCE

Haa! Paix, baa! Réformation Que je vueil appeller Justice, Autresfois, m'avez fait service ; Mais puis que de vous no tins compte, Je n'eus bien et vis à grant honte :

Je me rens coupable Ji genoux.

PAIX

Haa ! mère France, levez-vous :

Vous ne devez pas ainsi faire.

k; U-: coNCiM-,

UIÎFOUMATION.

Estes France la débonnaire?

Je croy que ouyl ; ha! Franco, France!

KKANCE.

Je vous pri que j'aie audience

Par votre moyeu au concil :

J'ai esté et suis en exil,

Tant que ne sçay plus que je fasse;

Mais, si je puis avoir espace

De parler tout en général.

J'ai espérance que mon mal

Allégera, et pour ce suis

Cy venue, car plus ne puis

Celer mes maux ; ils sont trop clers.

PAIX

Vous y trouverez de bous clercs Et mesraes de votre pays.

EÉFORMATION.

D'une chose trop m'esbays :

Que ceux qui veulent dominer Sur vous, ne scevent terminer Vos maux, et non à vous attraire.

FRANCE

C'est pour néant, il s'en faut taire.

Chascun fait à sa voulenté, Sique ne puis avoir santé :

Pour Dieu, menez-moy au Concil.

PAIX

Voulentiers, aussi nous a-il Envoyés pour vous y mener.

DE BASLE. l"^

Commandez, nous voulons penei* A vous complaire, sur nos vies.

Combien que nous ayez bannies ; Mais je croy que n'en pouvez mais.

EÉFORMATION.

Ha! ma sœur, n'en parlez jamais.

Elle en a assez à souffrir. Présenter la faut et offrir Au saint Concil et h l'Église.

Saint Concil, nous avons tant quise La voix, que nous l'avons trouvée.

C'est France, jadis bien nommée.

Qui tant est serve, et en vil point.

France, je ne la cognois point; France n'a point si laid maintien.

HERESIE

Pourquoy non? je les en croy bien ; Elle a si bien fait parler d'elle Comme moy qu'il est grant nouvelle Par tout le monde de nous deux.

Elle est en ce point, ce m'aist Dieux! Comme on voit, par les tiens vassaux Qui pour moy ont fait maints assaux.

Aux Boesmes et Pragiens Que j'ay tenu en mes liens :

C'est guerre, famine et la mort.

FRANCE

Hélas ! vecy petit confort

Pour moy mettre le cœur asscur.

IS

IJ.; CONCILE HÉBéSIB.

On m'a cuidé faire grant peur

Pour dire, que si France eust paix.

Je ne régueroie jamais.

Dieu mercy, encor n ay-je garde D'elle, car quant bien la regarde.

Je ne la craing, ne ne la doubte, Tant que soit ainsi. Somme toute, Ainsi la veuille Dieu tenir !

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