‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 2)Chapitre 9 sur 62 · G4 LE PAS I)K LA MOIIT · texte numérisé non relu

G4 LE PAS I)K LA MOIIT

Car il est on dùscspôrance Et en faulto de vrayo foy.

Alors le bon ange s'avance Et sy le met en souvenance, Disant : « Las! chrétien, recongnoy « Ton Salvour qui mourut pour toy, « Qui est prest de te pardonner 1 Si tu luy daignes demander.

« Son pouvoir est incomparable,

« Sa miséricorde infinie.

« Fay-luy honneur et honte au diable.

« Rends-toy de ton péchié coupable

K Et humblement mercy luy prie.

tt Tu auras pardurable vie,

« Qui es sa povre créature

« Pour qui la mort luy fut tant dure.

« Il fa chièrement racheté,

*■ « Pour quoy il ne te veut laissier ;

« Tu luy as grandement cousté ;

« Pour toy fut ouvert son costé,

« Et sy se fit crucéfier

(( Et de clous pieds et mains percier,

« Estendu douloureusement

« Et battu très-piteusement.

« Sa tendre chair fut deschirée, « Et son vierge sang espandu « Par les grans coups de Tescorée.

« On veoit sa chair détrenchée « Sur le pavé dru et menu ; « Ses os se monstroient au nu « Et en divers lieux descouvers ; « Sy faisoient veines et nerfs.

t Le chief fut couronné d'espiue i Poinguant jusques à sou cerveau; i Sa face glorieuse et digne « En qui resplend beauté divine, « Fut ressemblant à un méseau ; « Luy qui devant estoit si beau, 1 Fut en cet estât rencontré << De la Vierge qui l'ot porté.

( Que put lors dire celle mère I De si grande amertume plaine, ( S'elle ne dit : « Mou Dieu, mon père, « Que je souffre celle misère i Afin que j'allège sa paine. ( Ha ! Gabriel, tu me dis plaine A De grâce, en me nommant Marie.

( Las ! je me trouve bien changie.

I 0 ma très-amée portée,

i 0 créateur de ton ancelle,

( 0 fruit de celle désolée

<( Qui te transporta de Judée,

« Lorsqu'elle estoit jeune pucelle ;

« Fay-moy que plus je ne cancellc

ï Et que je puisse soustenir

.1 Geste croix qui te fait faillir !

'i 0 mon enfant, escoute-moy;

« Je vueil îi ta douleur partir ;

( Mou Dieu, mou Seigneur et mon Roy,

« Fay tant pour la mère de toy,

<■< Qu'avant ta mort, puisse mourir;

a Car je ne te puis secourir,

( Et sy te voy tant désolé :

II Hélas ! à quoy t'ay-je porté ?

TOH. Vi.

04» M- l'AS Dli LA MOUl.

«I Qui suy ta «orvo trôs-indigne, « Non suffisant h toi honneur.

() Elisabeth, mn cousine.

'( Tu me monstras honneur et signe a Qu'eu moy estoit ton Créateur ; « Et je le voy en telle horreur « Qu'ils le tiennent comme une beste .< En paine horrible et déshonneste.

« 0 croix, eugien de grant tourment, d Tu es chose bien inhumaine, « Quant ton Créateur innocent.

Il Plus pur que n'est le firmament « Tu me laisses et tu l'eumaine.

« Génération inhumaine, « Comme ton rachat couste chier, « Lequel je ne veul empeschier !

« Et quant elle le vit en croix, « Où il rendit son esperit, « Les élémens, à une fois, « Firent si doulereux explois, « Pour le Créateur qui les fit, « Pensez qu'en soy elle souffrit « De sa passion graut pitié, « Quant vit son fils crucefîé ;

u Et angoisseusement percie

« Avec le costé de son fils,

« Ceste vierge sanctifie,

« Ceste mère tant esplorie

« Souffroit trop plus que je ne dis, ^

a Par le premier péchiet commis

« Du père de l'humain linage :

« Qui ne le sent, il n'est pas sage.

Mets au secret de ta mémoire < Et au clos de ton souvenir ( Geste très-pitoyable histoire « Et celle angoisse si notoire t( Où fut ton Dieu jusqu'au mourir, . Et le très-doloureux souffrir « De sa tendre et piteuse mère :

n Ta paine n'est pas si amère,

H Laquelle tu as desservie (( Et ils estoient iunocens, 9 Et fut pour te rendre la vie, '< Toy qui n'es heure, ne demie^ « Que tu ne pèches en tes sens :

« Si tu n'as ses commandements u De près gardés îi ton pouvoir, » Desplaisir en vueilles avoir.

« Et en grande contrition .( Recongnois que tu es pécheur.

« Requiers-luy que sa passion « Te soit escut et campion ; « Si vray qu'il est ton Créateur, ,( Ne te boutes en folle erreur ; « Croy qu'il est le pilier et masse H Dont sourt abondance de grâce.

K Un monde ne sauroit comprendre

« Oue c'est de sa miséricorde :

« Puisque ce vient h compte rendre,

<( Il te faut à mourir apprendre.

^ Avise bien et recorde

« Qu'il n'est pécheur qui ne s'accorde

« Vers luy, s'il luy requiert pardon :

. Exemple par le bon larron.

(i44 LE l'AS DE l\ MOUT.

« Par la trôs-sainte Magdalaiiic, « Par autres tant que saus nombrcr.

. Tu ne dois avoir poulx, n'halainc, « Vertu do nerfs, pouvoir de vaine, « Qu'il ne faille tout eslever .. Envers le ciel et aourer, « Afin que Jhôsus te regarde « Et te baille sa saulvcgarde.

s II te donra son paradis.

Et sera le diable vaincu.

« Tu feras peur aux annemis ,( Qui se trouveront esbahis ; Car tu auras sur eux vertu .( Puisque tu seras eslu ; K Tu auras choix de ton souhait « Et de ton désir le parfait,

« En la vue de notre Sauveur „ En quoy se délitent les saints.

« La présence du Créateur « Leur donne souffisance au cœur, u Dont ils le loent, jointes mains; « Et sy sont de joye si plains « Que les anges en leurs salus « Chantent : Te Deum landamns.

« Ils ont gloire sans terminer « Et lyesse parassouvie.

<i Ils ne font sinon Dieu loer ; s Car ce qu ils veulent demander, « Un chascun jour leur multiplie, « Et voient la Vierge Marie « Auprès de son fils couronné, « Après luy la plus honnourée-.

« Souvent dient en leurs accors :

« Ave cœîorum regina :

« Benoît soit le ventre et le corps

'( Qui sçut comprendre les trésors

« Où la Déité s'aombra ;

« 0 ave gratia 'plena,

« Royne de béatitude,

« Fort resjoyst ta plénitude.

« Il n'est chiel, ne terre, ne mer,

« Ne clercs tant lettrés en estudes,

« Qui sçussent de toy comparer,

« Ne qui suiHssent pour nombrer

« Les noms de tes béatitudes.

« Ce sont de grâces plénitudes,

« Obscures à l'humanité 1

« Comme choses de déité ;

« Lesquelles sy sont invisibles « Par la fragilité du corps; « 11 n'est pas hystoires, ne bibles, « Qu'elles te soient compatibles « Jusques que l'esperit soit hors.

« Pry Dieu qu'à l'heure de lors « Il te donne sa gratitude « Et de sa gloire plénitude.

« L'heure est briefve de ton trespas ; X II t'en faut faire ton proffît. « Le pécheur qui se voit au bas, Combré de si doulereux las.

Et ot ce que l'ange luy dit.

Ne peut sonner mot tant petit.

Lors le dyable dit qu'il est sien :

L'ange soustient qu'il n'y a rien.

«4« LE l'AS DE LA M()HT

0 misôrablo créature, Quant vieut îi ceste extr6mit<^ Et h ccstc amôrc pointure!

Où est la force, tant soit dure, Ne sens, qui ne soit oublié?

Nostre œil devroit estrc moullié, Et devrions trembler frissons , Toutcsfois que nous y pensons.

A grand paine se saulvera Le plus juste, qui au monde est.

Eh ! donc, le pécheur que fera, Quant ce terrible jour vendra Que Dieu jugera le parfait?

Mieux luy vaulsist non estre fait Qu'estre en telle dampuation.

Où est justice sans pardon.

A toy donc, créature humaine, A toy est l'heure de trembler, A toy qui quiers joye mondaine, A toy qui délayras en paine, A toy qui ne fais que passer, A toy qui en dois soupirer, A toy je dis que tu n es riens, Toy et ta vie, fors que fiens.

Bien sera ta chançon muée ; Bien tost ton corps deviendra cendre.

Bien tost sera ta vie oultrée.

Bien tost ton ame séparée ; Bien tost te faudra compte rendre ; . Bien tost mourras comme le mendre, Bien tost seras en pourreture ; Bien tost t'abandonra nature.

Combien que tu soyes gentil, Combien que tu soyes mondain, Combien que tu ne crains péril.

Combien que tu ne doubtes exil, Combien que tu soyes humain.

Combien que Ton crainde ta main, Combien d'honneur que on te face, Comme le vent, tantost se passe.

Doubte et crémeur tu doibs avoir, Doubte de Jhésus couroucier, Doubte de tant de biens vouloir.

Dont tu te puisses décepvoir*.

Doubte qu'il te faut trespasser, Doubte qu'il te faut tout laisser, Doubte que tu ne sçais comment, Doubte du jour du jugement.

En Dieu soit ta ferme espérance, En ce faux monde peu d'arrest.

En vanité et en beubance, En pompe et en oultrecuidance.

En orgueil qui à Dieu desplait, En luxure qui tout deffait.

En ire, paresse et envie, En avarice et gloutonnie *.

Fors seule satisfaction.

Force d'obéir en constance,

' Doubte ton âme à décevoir, ms. de Bruxelles. » En envie, paresse et ire, En avarice, et n'y amire.

Ms. de la Bibl. imp. de Paris.

En envie, paresse et ire.

En avarice et en gloutire.

Ms. do l'Arsenal.

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