Tu fus subtil, mais moy plus fin
« Ne t'attens plus aux Évangilles,
« N a messe qu'on te fasse dire :
« Tu n'as parens, ne fils, ne filles,
« Ne tous ceux qui sont de tes villes,
« Qui se puissent tenir de rire;
(( Il ne leur chault de ton martire,
« Ne si tu t'es dampné pour eux :
<( Tu en es seul le malheureux.
« Car tu t'en rêvas ainsy nu,
« Sicomme en ce monde tu vins ;
« Il t'est par trop mésadvenu,
« Quant tu as si très-mal vescu
« Que tu n'es plaint de tes voisins ;
« Et n'auras pour tous biens et vins
« Que ton tombeau et ton suaire
« Et vermine pour toy deffaire.
« Poiirquoy fus-tu donc né de mère « Pour si dolentement mourir, « En doléance si amère « Et insupportable misère « Que pour jamais te faut souffrir?
(( Tu doibs bien trembler et frémir, « Et ton âme doibt bien maldire (i L'ocquoison de ton grant martire.
« Tu fus doloureuse portée
« A la mère qui t'enfanta.
« Ta folie désordonnée
(( A ton âme désespérée
« Mise en tourment qui ne fauldra,
« En laquelle vivant mourra,
« Et par tes puans faulx délis
« Tousjours auras de mal en pis.
« Plus que nul n'oseroit penser, « Ne que langue ne pourroit dire, « Par crier et par souspirer, « On y ot Dieu désaourer « Et souvent sa vie maudire; « Il n'est cyrurgien, ne mire, u Pour allégier celle souffrance, X Seulement d'une surséance. »
Et puis luy dit ; « Je suis des princes ( De l'infernale mansion.
« Il te faut laissier tes provinces.
« Je t'cnmcnray povres et minces (i Au lieu de tribulation. »
Le pécheur qui sent l'aiguillon De la mort qui le serre et point.
Ne sçait là rions penser à point.