‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 2)Chapitre 8 sur 62 · Tu fus subtil, mais moy plus fin · texte numérisé non relu

Tu fus subtil, mais moy plus fin

« Ne t'attens plus aux Évangilles,

« N a messe qu'on te fasse dire :

« Tu n'as parens, ne fils, ne filles,

« Ne tous ceux qui sont de tes villes,

« Qui se puissent tenir de rire;

(( Il ne leur chault de ton martire,

« Ne si tu t'es dampné pour eux :

<( Tu en es seul le malheureux.

« Car tu t'en rêvas ainsy nu,

« Sicomme en ce monde tu vins ;

« Il t'est par trop mésadvenu,

« Quant tu as si très-mal vescu

« Que tu n'es plaint de tes voisins ;

« Et n'auras pour tous biens et vins

« Que ton tombeau et ton suaire

« Et vermine pour toy deffaire.

« Poiirquoy fus-tu donc né de mère « Pour si dolentement mourir, « En doléance si amère « Et insupportable misère « Que pour jamais te faut souffrir?

(( Tu doibs bien trembler et frémir, « Et ton âme doibt bien maldire (i L'ocquoison de ton grant martire.

« Tu fus doloureuse portée

« A la mère qui t'enfanta.

« Ta folie désordonnée

(( A ton âme désespérée

« Mise en tourment qui ne fauldra,

« En laquelle vivant mourra,

« Et par tes puans faulx délis

« Tousjours auras de mal en pis.

« Plus que nul n'oseroit penser, « Ne que langue ne pourroit dire, « Par crier et par souspirer, « On y ot Dieu désaourer « Et souvent sa vie maudire; « Il n'est cyrurgien, ne mire, u Pour allégier celle souffrance, X Seulement d'une surséance. »

Et puis luy dit ; « Je suis des princes ( De l'infernale mansion.

« Il te faut laissier tes provinces.

« Je t'cnmcnray povres et minces (i Au lieu de tribulation. »

Le pécheur qui sent l'aiguillon De la mort qui le serre et point.

Ne sçait là rions penser à point.

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