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des Francs. Sy partirent les denx roys à ceste canse de Paris avec les roynes; et s'en allèrent <\ Senlis, en approchant lesdites villes et places , entre lesquelles Gamaclies estoit la jilus prochaine et première. Sy ordonna le roy anglois et commit icelle recevoir par le comte de Warwyc. Leonel y ala bien accompagné de gens d'armes, en nomhre de trois mille comLattans; et lui là venu, reçut ladite ville en sa main, pour et au nom des deux roys, et fit faire le serment à tous les inhabitans ensemble, et y commit garnison bonne et forte avec un capitaine anglois, nommé ' messire Falcon , chevalier de bon los.
La quelle chose ainsi faite, tira outre et prit son chemin vers Saint-Valéry, ville forte et bien garnie, que ceux de la partie du dauphin tenoient; et ne s'estoient voulu composer audit roy anglois, car ne s'estoient de ses menaces espou vantés. Sy envoya ledit comte de Warwyc ses courreurs devant , afin de leur donner effroy ; mais les dits dauphinois , pourvus de courage et de défense fièrement, sortirent à l'encontre, et ne leur estoit gaires de leur survenir', Sy estoient des saillans dehors environ cent hommes armés, montés et bien en point, qui non accomptans encores à ce que virent d' Anglois , devant eux férirent dedans et leur portèrent du dommage assez grand, tuèrent aucuns, prirent prisonniers et en blessèrent grand nombre, combien aussi que de leur part il en y avoit de mal adoubés et de bien malades. Or ce perçut le comte anglois de l'orgueil des dauiihinois, et que leur courage se monstra fort à rencontre des siens. Sy se hasta à tout son ost le plus qu'il pouvoit; et de fait vint fièrement ruer à tout son grand flot sur les saillis, là où il y ot plusieurs vaillances
' JVe leur estoit gaires de leur survenir, no se préoccupaient guère de leur approche.
et liautesses de cœur monstrées à deux lez, lances rompues, barrières assaillies et couppées. Mais tant estoit le flot des Anglois grand et non soustenable à si peu de gens, que, constraints de force , ils se retirèrent dedans leur ville et se tirèrent sur les murs pour défense plus nécessaire. Lors le comte anglois clievauclia avec son ost tout à l'entour pour aviser le logis et le lieu plus propre pour mettre siège. Dont luy se logea dedans l'abbaye qui est debors, et chacun après, qui mieux qui mieux, selon la convenableté du cas, en tentes et pavillons. Sy commencèrent les assiégeans h tempester durement les enclos et à leur donner traveil à tous lez par bombardes , canons et veug'laires, desquels ils leur rompirent murailles et tours ; et les assiégés à l'autre lez, pour monstrer courage à leurs ennemis et afin de leur porter dommage ce que pourroient, firent parfois des saillies; dont moult faisoient à priser, car y firent de belles et cbevalereuses œuvres beaucoup , qui toutes toutes-voies ne profitèrent , pour cause de la force et multitude des autres. Mais aussi, jà-soit-ce-que vissent leurs ennemis puissamment estre logés devant eux, ne s'en tenoient étonnés, ni perplex; car du costé de la mer ils estoient en leur franc aller et venir , et pouvoient querre et mander secours et vivres là où ils vouloient. Sy s'en avisèrent les Anglois, et perçurent bien que en vain labouroient , si le passage de la mer ne leur estoit clos, et que nuls vivres n'y pussent entrer et venir ; car autrement on y perdoit temps et ce que on y mettroit. Sy envoya prestement le comte de Warwyc, par les ports de Normandie, quérir navigage puissamment garny afin de leur clore la mer, lequel venu, défendirent le passage aux enclos et y tindrent leur siège. Et lors se commencèrent à esbahir les assiégés et à penser la fin , et tellement que au bout de
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trois semaines après, ils cherclièrent traité, et le firent avec ledit comte , par condition que si , en dedans le quatrième de décembre ' , le duc de Thouraine , dauphin , ne se trouvoit fort pour les combatre, ils délivreroient la ville en sa main, pour et au nom des deux roys. Sy en accepta l'offre ledit comte, parmy ce qu'ils baillassent bons et sûrs ostages d'ainsi le paracomplir, et ainsi le firent.
Et par ainsi retourna ledit comte devers son roy. Lequel roy, comme il avoit envoyé le comte de Warwyc en l'exploit des besong-nes dessus dites , pareillement envoya et avoit envoyé le duc de Bethfort son frère , en puissant appartenir, pour recevoir de la main du seigneur de Gamaches la ville de Compiègne, la quelle ledit seigneur luy rendy, ainsi que l'avoit promis, le dix-liuitième de juin% et luy, ledit de Gamacbes, chef et capitaine de la ville, s'en party hors , environ à douze cents chevaux * , sous le sauf-conduit du roy anglois; et passant la rivière de Seine, mena toute sa bande devers le dauphin son maistre. Sy ne resta place depuis Paris jusques à Boulongne-sur-lamer qui en icelle saison ne fust rendue et réduite en la main du dit roy anglois, réservé tant seulement Guise et le Crottoy, que tenoit messire Jacques de Harcourt, auquel le roy anglois envoya son ambassade, c'est-à-savoir l'évesque d'Amiens , son frère , et l'évesque de Beauvais aussi et messire Hues de Lannoy avec un héraut, pour faire sommation audit de Harcourt de rendre la ville et chas-
' 4 décembre 1422.
2 18 juin 1422.
* La garnison de Compiègne comprenait selon le Bourgeois de Paris, cent hommes d'armes à cheval, mille ù pied « et bien cinq cents folles maies femmes. » Tous furent tenus de jurer de ne plus porter les armes contre le roi d'Angleterre.
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teau en la main des deux roys. Mais tant persévéra dur en sa querelle que tous y perdirent temps et langaiges; et n'y avoit moyen par lequel on le sçut rompre , ni gagner ; et ainsi retournèrent sans besongner rien. Et le roy alors quand on lui fît record que ledit de Harcourt se tenoit si fier et dur, et qu'entre tant de places réduites à luy par cremeur, lui seul se tenoit restif et obstiné, mal le prit en gré et en dissimula à dur, combien que autre chose n'en pouvoit avoir.
Sy lui prit désir et volonté d'aller visiter la ville de Compiègne et d'en voir la situation , pour ce que ville estoit de frontière et de grand fait pour guerre maintenir. Sy y alla ledit roy; mais tost après son venir, là lui vinrent nouvelles que aucuns, par le moyen d'une femme, femme à l'armoyeur du roy, laquelle avoit apporté aucunes lettres en Paris, avoient entrepris de prendre Paris et d'en bouter dehors les Anglois ' , Mais comme fortune , pour celle heure encores, ne voult souffrir les Anglois en estre boutés dehors , ni François estre délivrés de leur servitude, un prestre, par un bien matin, soy allant esbattre en un sien jardin hors la ville , se perçut comment la dite femme parla en une vallée à un trouppeau de g'ens-d'armes , droitement au dessous dudit jardin, et maintenoient grandes et longues devises ensemble. Sy commença ledit prestre à prendre souspeçon en cecy, et imaginant ce qui en fut, hastivement retourna en la ville et dit aux gardes des portes : « Seigneurs , regardez bien « devant vous ; icy a gens-d'armes bien près en une
' Le jour où Paris devait être livré aux Armagnacs était, dit-on, fixé au dimanche 21 juin 1422. L'armurier et sa femme avaient pour complice un boulanger qui habitait comme eux le coin de la Haumerie. {Journal du Bourgeois de Paris.)
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« vallée, que i'ny vus et une femme parler à eux. Certai- 1 iiement je me doute qu'ils n'ayent entreprise aucune sur « ceste ville, et pour tant donnez-vous en garde. » Sy ne passa guaires que tantost ces paroles dites, la femme ne retournast devers la ville, et la virent revenir lesdites gardes. Sy la prirent prestement et mirent la main en elle de par les roys ; et menée à la seigneurie qui gouvernoit, fut mise en prison, et, sans guaires la tourmenter par torture , confessa son cas , ses adliérens et la manière de l'entreprise. Et comment toute ceste affaire se conduisoit fut annoncé au roy anglois, luy estant venu à Compiègne. Sy ne fît guaires d'arrest en la dite ville, ains luy estoit tout son cœur à Paris, pour apprendre de cestui cas, et pour pourvoir à telles entreprises par justice des entreprenans , et pour rassurer de sens et de conduite ceux à qui il avoit commis la garde des liabitans. Dont en effet, luy venu à Paris avec tout ce qu'il avoit de gens-d'armes, ladite femme bien interrogée , la fit noj'er , ensemble aucuns autres qui festoient de la conspiration. Et ce fait, et que au surplus il avoit pourvu à l'expédient d'un tel cas, retourna arrière devers le roy son beau-père à Senlis, là où il l'avoit laissé , et lui conta les cas advenus , qui devoit pleurer et douloirpar aventure dont il faisoit joye : c'estoit que ses povres léaux sujets convenoit estre justiciés et mis à mort pour porter amour naturelle à leur prince et terroir , au contraire de leurs anciens ennemis , nulle part bien venus en la terre.