PROLOGUE
mérir ' , il mortifia toute créature vivant en la terre, et eu défermant les bondes * des abismes, agloutit les liautesses des monts, raesmes les oiseaux de Tair en la geule des fonts, donnant seulement espargne à Noé et à sa famille pour conserver en estre le genre humain. Donc certes, si Noé, voyant une telle extrême ire divine et universelle punition, s'espovantoit du cas, ne fait h douter.
Après , en l'âg-e d'Abraham , la terre jà estant repeuplée, mais retirant arrière à ce pour quoy avoit esté punie par eau, et par espécial eu la région de Sodome et de Gomorre, la divine sentence tramit ' sur eux feu et soufre du ciel, abîma leurs cités, perdit les inhabitans, et pour donner exemple aux survivans, donna perpétuelle malédiction à leurs lieux, lesquels encore aujourd'hui se montrent en extermination vile et ruineuse.
Sy furent ces deux jugements bien horribles h ceux d'alors et bien cause d'éternel record en toutes générations futures.
Donc, et si par manière d'un petit abrégé, pour venir h plus clère fin, il loyst* réciter autres exemples et prendre recours en autres grandes choses passées, là où Dieu, non en toute telle rigueur comme dessus, mais en chastoy et batture, a donné h souffrir à son peuple et corrigé par diverses manières de verges, il ne faut doncques que jeter les yeux sur les persécutions que firent jadis les Philistins, les Ydumiens et autres nations barbariennes en divers et plusieurs temps, tant du règne des Juges comme des rois, sur les enfans d'Israël, là où Dieu les a souvent permis travailler, peut-estre pour leur salut, ou peut-estre aussi pour manifester sa gloire et sa puissance contre leurs ennemis, auxquels maintes fois les a abandonnés comme s'il dormist, et dénié main de secours, semblant estre incongnu de leur annuy ;
' Demérir, démériter, par leur demérir, par tout ce que firent les hommes en se rendant indignes de la bonté de Dieu.
2 En ouvrant les limites assignées aux abîmes. Le mot londe s'est conservé en anglais, inimitable océan, without hoxmd (Milton).
* Tramist, transmisit, envoya.
'' Loyst {licet], il convient.
uéautmoins, afin que la corne d'orgueil' ne sélevast trop fière entre tels peuples, et que par coiifutatiou de sa haute majesté, disant leur Dieu les avoir oubliés, ils ne attribuassent ù euxmesmes la gloire, finablement il a tousjours battu les persécuteurs par les oppressés, et les tyrans longuement vainqueurs par les persécutés.
Sy ne souffiroit de donner exemple, ni un, ni plusieurs, quand bien, par l'espace de deux mille ans. Dieu a ainsi traité les Juifs entre chaud et froid, puis chus, puis relevés, puis; oubliés, puis rappelés, tousjours en haut et singulier mistère, outre povoir de nature et toute faculté d'humain engin. Et pour vidier de ce peuple soumis ù lui, et venir mesmes aux nations barbariennes et geutiles, vexées et molestées entre elles de diverses tribulations, ne faut que prendre recours à KembroJ qui, premier, usurpant nom de roy, inféra la première calamité au peuple, dont ceux de Babilonne où il régna, et îsinus depui^, obtinrent le premier règne en Orient, sous maintes et longues dominations d'autres tyrans que, pour cause d'abréviation, n'est besoin de déclarer.
Les Carthaginicns aussi, qui du temps .des Juges régnèrent en Midi, pour obtenir la gloire de seigneurier, ont inféré aux hommes maintes dures foulles en batailles , et ne fait oublier de les mettre en compte avec les autres qui n'ont souffert estre repos en terre nulle part.
Et vinrent depuis en Septentrion du temps des Machabée^-, les Macédoniens qui, usant de vaine prcsumption terrienne, comme autres devant eux, ont fait aussi de leur part sourdre^ nouvelle régnation et acquis la gloire de greigneur' puissance de leur temps, tousjours en grief et travail toutesvpies des peuples, çà et là, perplex et espaourés * durement, en telli'S
' Cette image qui se trouve fréquemment dans les écrits de Chastellain, est empruntée aux poëtes les plus élégants de l'antiquité C'est le Tumidiim cor;? «r d'Ovide.
* Sourdre, naître, sortir. * Greigneur, plus gn-andc.
♦ Esjiaouris, pleins de peur, ici plutôt troublés.