PROLOGUE
sa privée gloire, mais celle de la sacrée maison françoise, dont il est party et dont il congiioit avoir pris toute sa résultation' et splendeur, comme le miueur des autres, ay pris et recueilly devers moy les escrits des historiographes nouveaux de mon temps, avec ce que de mon costé y ay vu et conguu, et sur toutes les choses escrites ii Saint-Deuys^ aussi par autres de ce temps, ay fait concordance et espluchemens de vérité, osté le superflu, radoubé le mauvais, uou par propre arrogance, ny par confutation d autrui , mais par donner obéissance à mon prince, avec afi'ection que avoye à le complaire.
Sy requiers et supplie aux lisans , de quelque party qu'ils soient, François, Bourgongnons ou Anglois, que sur moy leur plaise ester toutes partialités, suspicions et faveurs, et méjuger tel que me proteste : léal François avec mon prince, osant prononcer vérité contre mon maistre où besoin sera, et non me feingnant de mesme contre François, ny Anglois, desquels la gloire n'est à esteindre pour l'un parti, ny l'autre, mais à cliascuu garder sa portion selon l'ad venir et fortune des cas.
Sy traiteray sous la divine permission, et entreprendray au deffinement du duc Jehan , jusques tant que permis me sera vivre. Sy soit à la gloire et louenge de Dieu, à la perpétuelle décoration des rois et nobles hommes françois, souverainement du roy Charles VIP et du noble chevalereux prince le duc Philippe. Soit aussi à la louenge de tous vaillaus hommes présens et futurs, en accroissement de vertu et saveur de doctrine, et sous humble invocation de mou Dieu, à qui je prie espace jusques au parfait. Yecy commencer.
' Résultation (du latin : exuUatio), triomphe, sentiment de fierté fondé sur une puissance supérieure.
^ Ici Chastellain fait évidemment allusion aux travaux historiques de Jean Chartier, religieux do Saint-Denis, qui remplissait au moment où écrivait Chastellain, la charge d'historiographe de France.