CHAPITRE XVII
De l'ambassade envoyée au duc par le roy anglois sur l'alliance , et comment tous deux informent le roy de France à Troyes.
Ce conseil fut tenu et mis à effet. Et furent ordonnés, pour faire ceste ambassade : l'évesque d'Arras, messire Atis de Brimeu, messire Rouland de Hutequerque' et plusieurs
" ront traitier, au bien du roiaume et de mondit singneur, et requerra ■' mondit singneur au roy d'Engleterre d'avoir unes trêves génériilles <i de deux ou trois mois pour che tans pendant traitier et conclure les « cosses dessus dictes, ^'ostre plaisir, Gliillcbert de Lannoy. » {Doaiments déposés à la Bibliothèque impériale de Paris).
' Les députés des trois membres de Flandre, réunis à Gand le 5 novembre 1419 , reçurent du duc la demande d'un subside de 150,000 lions pour l'aider dans sa querelle. Ils s'assemljlèrent de nouveau le 17 décembre pour s'occuper du traité avec l'Angleterre.
2 Senttie, examinée, discutée.
^ Roland d'Uutkerke, conseiller et chambellan du duc. Par lettres du 4 décembre 1419, le duc fixa sa pension à quatre-vingt francs par an.
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autres. Partirent d'Arras et vinrent à Rouen, où joyeusement furent reçus et à grand honneur, et non sans cause ; car moult désiroit ledit roy anglois avoir alliance au duc de Bourgongne, pour ce qu'il véoit et entendoit bien que, par ses moyens, il pourroit parvenir à ses fins ; c'estoit d'avoir madame Catherine de France pour espouse, et au remanant pied ferme dedans ce royaulme désolé par les divisions qui y estoient, dont il prenoit la partie la plus saine pour luy. Sy redéclarèrent lesdits seigneurs leurs articles et la cause de leur envoy. Lesquels agréablement reçus, il leur fut donnée response par ledit roy mesmes : que en très-brief temps il envoyeroit ses gens devant le duc leur maistre, chargés de tout ce qu'il auroit intention de faire; .et feroit tant que eux seroient trouvés avoir esté bons procureurs devers luy, et les siens bien recueillis devers leur seigneur. Sur ce mot se partirent et retournèrent à Arras arrière deA^ers leur maistre. Et tantost après vinrent, férans sur la queue, les riches ambassadeurs anglois vers le duc de Bourgongne au mesmes lieu d'Arras. Et estoient un évesque et deux comtes, l'évesque de Rocestre', le comte de Warewyc", le comte de Quint % et plusieurs autres chevaliers et escuiers qui les accompaignoient. Sy furent très-honnorablement reçus, comme il séoit bien, et bien aisés de tout. A l'heure doncques qui leur estoit signifiée , vinrent devant luy ; et très-humbles et bien enseignés en savoir, déclarèrent les articles que le roy leur maistre vouloit avoir avec le roy Charles et avec luy pour entrer en ceste alliance. Sy furent oys lesdits
' Jean Kempe, évoque élu do Rochester.
- Richard, comte deWarwick.
' Le comte de Kent n'est pas nommé dans les pleins pouvoirs donné.'? par Henri V le 21 novembre 1419.
articles et bien incorporés. Et pour assagir ' l'un l'autre du vouloir de cliascun pareillement, et de la part du duc, en présence furent rebaillés et ouverts aux ambassadeurs anglois les points et articles qu'il vouloit avoir aussi avec eux. Beaucoup de grands cas y avoit à louer et à sourdre, beaucoup de cboses recoppées, plusieurs renoées, plusieurs allers et plusieurs revenirs, tellement qu'en aucune traitte de jours que leur parlement dura , toute difficulté fut vuydée ; et s'accordèrent en l'alliance ensemble , pourvu que ce put estre du consentement et du gré du roy Charles et de son conseil'. Lequel roy pour lors estoit manié, et la
• Assagir, instruire.
* Le 2 décembre 1419, fut conclu à Arras un traité qui portait que le roi d'Angleterre épouserait Catherine, Jllle de son cotcsin Charles de France et que celui-ci conserverait tant qu'il vivrait la couronne et la dignité royale, mais qu'après sa mort la couronne de France passerait à Henri V et à ses descendants impei"petîiur,i , et que Henri V, vu la maladie de Charles, gouvernerait immédiatement. Philippe s'engageait à faire tous ses efforts pour que Charles '^^I et Isabeau ratifiassent cette convention. (Acta publ., IV, 3, p. 140). Quelques jours après, un traité non moins important fut conclu à Rouen. On y lisait :
Eumdem cousanguineum nostrum ducem velut prœcarissimum fratrem diligemus sinceriter et affectuose quoad vixerit ac sibi ut prsecarissimo fratri nostro favebimus... Item quod idem consanguineus noster nos simili modo sinceriter et affectuose diliget. Item quod eflScaciter et diligenter laborabimus et intendemus omnibus viis et modis quod punitio condigna fiât de Karolo delphino Viennensi et suis complicibus culpabilibus atrocis homicidii in pei'sonam illustris principis defuncti domini Johannis ultimati ducis Burgundiœ perpétrât!. Item quod si contingat dictum Karolum Delphinum Vieunensera aut quoscunque alios prsedicti homicidii culpabiles ad manus nostras per guerram aut alio modo quocunque devenire, nulla redemptione seu remissione liberabuntur absque assensu consauguinei nostri ducis Burgundia;, sed salve et secureservabunturquousque de eis fiât quod justitia exigitet requirit. Au Château neuf de Rouen, 25 décembre 1419. [Archires de Lille, eiActa^mbl., IV, 3, p. 144).
Le traité de Rouen fut ratifié par le duc à Arras le 5 janvier. Philippe promettait de prêter serment à Henri V, dès qu'il serait reconnu roi de France. [Acta publ., IV, 3, p. 149; Mt^r.wires pour servir a l'histoire cl; Bourgogne, I, p. 399).
ro) iit3 aussi, toui entièrement, par aucuns tous propres et ù la poste du duc bourgong-non. Et portoit le traitié, comment que fust, que ceux de la partie du roy et du duc de Bourgongne ne feroient nulle guerre aux Anglois, ny les Anglois à eux. Et furent avec ce les trêves lîremièrement prises et données, reconfermées et ratifiées plus et plus fortes ' . Et devoit le roy anglois envoyer ses ambassadeurs vers le roy Charles, en la compagnie mesmes du duc de Bourgongne, qui très-prochainement entendoit à aler vers luy à Troyes en Champagne où il estoit résident, partie pour faire ses doléances du cas advenu et de se conseiller à luy, partie pour luy signifier l'appointement pris avec les Anglois, point en préjudice de Sa Majesté, ains plus en conservation d'icelle, grandement blessée jà par aucuns. Et ainsy tous contens et bien d'accord à tous lez, se party chacun, l'un par retour à Rouen, et l'autre ailleurs à son plaisir.