CHAPITRE XVI
Comment le duc assembla en conseil ses nobles vassauls et subjets, pour sur ses affaires avoir advis afin de au surplus se conduire.
Un autre g*rand parlement arrière assembla ce duc, des nobles et vaillans hommes ses subjets, et d'autres grands notables clercs et subtils, enquis pour avoir une conclusion arrestée en son fait avec commencement de besongner ' . Et
' Voici quels furent, d'après les sources originales et authentiques, les motifs qui portèrent les conseillers du duc Philippe à traiter avec Henri V : « Le duc de Bourgogne doit pe.ser dune part la volonté énergique du roi d'Angleterre, de l'autre la faiblesse de la France. Le roy d'Angleterre a deux voies pour recouvrer « sa couronne de « France » ; le libre consentement ou la force d'armes. Cette dernière voie ruinerait la France. — On peut objecter à la première que le duc de Bourgogne n'y doit pas consentir parce qu'il est premier vassal de la couronne et que ce serait un crime de lèse-majesté ; il s'exposerait au péril d'être tué et d'être dépouillé de ses biens par ses vassaux puisqu'il dépouillerait lui-même celui dont il est vassal. — Il n'aurait pas le consentement de ceux qui sont intéressés dans cette affaire. — Il se créerait de grands ennemis, entre autres le duc de Bretagne qxii a épousé la fille du roi. — Il se trouverait isolé, et le Dauphin aurait plus d'intérêt à le détruire qu'à chasser le roi d'Angleterre. — Il n'aurait peut-être pas si grand honneur comme il doit avoir; il en serait même méprisé. — Telles sont les objections, mais on les combat par d'autres considérations. De deux maux il faut choisir le moindre : si le roi d'Angleterre vient à force armée, tout est ruiné, donc il faut consentir. — Le roi d'Angleterre réunira en un seul corps tous les membres de la France et la remettra en ses titres et prérogatives anciennes , ce qui assurera le bien des peuples « et seront un peuple les habitans du royaume « sans estre subgiez aux Anglois mais que bons voisins, et ainsi que « en France ne se appellera que le roy de France quant au regart des « affaires de France, et communiqueront nobles, clers, marchans des <' deux royaumes, les uns avec les aultres , amiablement et fcable- « ment. » — Le roi offre au duc de faire épouser une de ses sœurs par l'un de ses frères et lui donnera de grands biens. — Si le duc repousse son alliance, le i-oi d'Angleterre cherchera ailleurs un appui, ce qui
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les fit interroger trèstous, uu après autre, de leur Loii advis, sur la voye et manière qu'il avoit à tenir pour venir à la désirée vengeance du crime commis ; car faire la fallait mieux tost que tard. Sy y furent diverses opinions et divers argumens çà et là, avec grandes difficultés bien pesées. Finalement toutes-voies churent toutes en un ac-
causcra la ruine du duc. — Si le duc, espérant la couronne de France pour lui-même, ag-it autrement, on sait que le roi d'Angleterre s'opposera à lui et mettra plutôt sur le trône le duc dOrlcans « ou aultres « qui en sont plus proches comme les frères du duc et le due d'An- (( jou. » — En cas de consentement, le roi d'Angleterre offre de prendre pour femme Madame Catherine de France « sans denier aucun ; » il laissera le roi jouir de son titre et il honorera le roi et la reine comme père et mère et laissera au roi de bons revenus. — Si au contraire le roi d'Angleterre prenait la couronne par force, il chasserait le roi et la reine, forait venir des barons, des chevaliers et des clercs d'Angleterre « et débouteroit du tout le peuple de France. » — Si après le décès du roi de France le Dauphin vient à la couronne, le duc de Bourgogne aura guerre contre lui, et à la fin son parti ne pourra être le meilleur, ce Quant au fait particulier de Monseigneur, il n'y faut point délibérer « jusques après saresponse, carie roy, si comme il semble, n'3^ enten- « droit point. » Il faut aussi prendre en considération « Testât de la « cause de feu Monseigneur son père pendant en cour de Rome et que « le Pape est bien acointé et très-espécialoment au roy d'Angleterre, « dont la besongne de la dite cause en pourroit ou empirer ou mieulx « valoir. »
Je reproduirai intégralement l'avis de Gilbert de Lannoy d'après le texte original écrit de sa main : « L'opinion de messire Gillebiert de Lannoy est que Monsigneur de Bourgogne ne se doit pour le présent assentir as demandes et oifres du roy d'Engleterre, fors que par les conditions qui s'enssuivent : Est à savoir que, se il s'y asentoit sans le roj ou la roine, son souverain seigneur et dame, et sans aucuns autres de présent à quy ches hautes matières puent compéter, che seroit chose de peu de valleur pour parvenir à la « seurté de l'intention dudit roy, mes mondit singneur de Bourgogne. « en entendant en grant afection de cœur et d'amour as dictes de- " mandes et otfres, yra deviers son souverain singneur et dame tout « le plus brief que il pora et prometera en bonne foy audit d'En- « gleterre de eux, leurs bonnes villes , cheux de son sanc et leurs « nobles et sugés induire de tout son pooir à condescendre as dictes « demandes , et y entendera mondit singneur voUentiers tant quant « à sa personne, moiennant certaines modifications qui après s'y po-
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coi*d, au moins la plus saine part ' ; et disoient que, s'il se pou voit faire que, avec la licence du roy , qui mesmes à son fils estoit partie en ces cas, il pust avoir alliance ïivec les Anglois, ils luy osoient bien conseiller en salut et en honneur que il l'acceptast, car il en affoibliroit ses ennemis, et luy en seroit plus fort, et demourroit joint avec le tronc de la Royale Majesté, quand les autres s'en dessevroient par leurs mésus. Et pourtant ils conseillèrent de renvoier arrière devers ledit roy anglois en liaste, parfaire ce que les premiers tramis jà avoient pourparlé et mené, jusques k bien savoir là où on en seroit; car n'estoit pas encores, en l'autre ambassade devant, la chose toute finablement terminée, ny conclue, fors tant seulement amiablement pourparlée et sentue ' d'une part et d'autre.