‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 54 sur 141 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Comment furent gagnés les faubourgs de Roye sur les dauphinois.

Dure fut ceste première envahye et grande la cryée à deux lez. N'y ot celuy qui ne monstrast cœur non desbaretté et fier visage à son compagnon. L'escarmouce croissoit tousjourset enaigrissoit, comme la bataille approchoit plus et plus; et ne tendoient ceux de dehors que à loger au plus près des murs de ceux de dedans pour les espoventer. Laquelle chose appercevans que à ce véoient, non pavoreux" de les recevoir, vaillamment saillirent dehors les aucuns, et laissans leurs murs garnis d'aigres et aspres gens, vinrent à la porte à cheval et à pied, et là, par un très-orgueilleux mortel encontre, vinrent à la défense d'un fourbourg joignant de eux, que ceux de dehors bargui-

• Plomriiées, Carpentier entend par plommée une massue garnie de j)lomb. Il s'agit ici d'un projectile.

* Non pavoreux (de pavor crainte) , ne craignant pas.

giièreiit' en fel et dur péril. Fiers estoient à deux lez, et en cestuy premier encontre ensemble, aigres tous deux. Sy y avoit de rudes coups donnés et de périlleux hurs^ de lances et d'espées l'un sur l'autre, dont les haubers, ny les liarnois ne purent oncques garantir les corps qu'ils ne respandissent largement sang. Chacun s'acquittoit endroit soy, et craignant la honte d'estre vaincu s'efforçoit d'acquérir los de vaincueur. Sy en furent les vasselages ^ entre eux plus durs et plus mortpls. Finablement toutes-voies ceux de dedans ne purent porter les fès des assaillans, mais à perte aucune de leurs gens furent rehoutés aigrement en leur fort, que mestier leur faisoit bien de fermer bientost, car on les eust sievy de près. Sy demoura g'agné leur fourbourg à leur grant mèsaise, et y logèrent les dits de l'avant garde, et tantost après tout autour d'eux toute la battaille.

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