‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 55 sur 141 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Comment après rudes combats les dauphinois de Roye proposèrent traité, lequel traité fut accepté.

L'ost ainsy assegrisé*, et place prise en plusieurs autres fourbourgs et maisons qui y estoient, le comte de Ligny prit son logis en un village à demye lieue près, et ordonna son siège bien clos et bien sûr ; mais pour faire plus valeureux et plus brief exploit de leur entreprise, envoya le

' Barguigner, marchander, contester, débattre.

^ Hurs, chocs.

' Vasselages, faits d'armes.

* Assegrisé [assecuratus], remis en repos, hors de dang-er.

seigneur de Humbercoiirt, bailly d'Amiens, très-aigre' et très-fier liomme, à Amiens et à Corbye requerre leurs citoyens d'envoyer aucuns canons et g-ros veuglaires qui v estoient, et autres plusieurs instrumens de guerre , pour livrer assaut avec un nombre d'arbalestriers. Dont rien ne fut refusé, mais accordé lyement. Envoya aussi à Douay, à Arras, à Péronne, à Saint-Quentin , Noyon, Montdidyer et autres villes de l'obéissance royale, semondre aussi et requerre les arbalestriers d'icelles , qui tous diligemment furent tramis audit lieu et volentiersparles officiers et gouverneurs de cliascune sans dédit. Fiers durement se maintenoient ceux de dedans, et ne monstroient pas semblant d'estre espaourés de menaces. Aussi ne furent pas moins aigres les assiégeans de leur préparer toute mortelle envahye, et de leur certifier honteuse mort à un arbre s'ils se laissoient prendre non rendus. Qui n'en firent ny plus, ny moins pourtant, car estoient tous duits de guerre, et estoient passés autresfois par autres semblables destrois. Sy se reconfortèrent en leur aventure et en la vertu de leurs courages; et disoient que tel nyd n'estoit à rober sans l'acheter bien cher. Puis entre deux voloient et revoloient quareaux et gros cailloux, dehors et dessus ces créneaux; dont n'avoit qui en fust attaint, qui ne reçust, si mort non, blessure ou afolure. En cest estât se comportèrent deux ou trois jours jusques les engins et gens des bonnes villes d'icy sus furent arrivés. Lesquels sur pieds furent très-aigrement dressés et mis en œuvre partout où il besoingnoit , et les bombardes afustées en plusieurs lieux et les gros veuglaires. Le comte valeureusement fit battre les tours et la muraille en son plus foible ; et

' Tiès-saif?e [manuscnt de Florence).

sur le coup fait, tanstost en fist redoubler un autre de veug'iaire pour leur défendre qu'ils ne Louchassent le trou. Dont telle fois fut qu'il en y eut des attains, telle fois que non. Et en telle manière , pour nulle part leur souffrir avoir repos, furent salués partout à l'entour; dont grandement furent traveillés de corps, comme bon que pouvoit estre leur courage. Sy en y ot d'aucuns à qui il sembloit que l'assaut se pouvoit assez bailler sûrement , et que la difficulté n'y estoit point qu'on ne les prist bien oultre. Sy en parlèrent audit comte , leur capitaine , à qui plaisoit bien leur bon vouloir ; mais non veullant mettre tant de noblesse à perte sans besoin, et encores contre autres nobles hommes , qui se vendroient en ce cas bien chèrement certes , il différa l'assaut ; et congnoissant que assez les povoit espovanter par leur donner continuel traveil par ses engins, les espéroit bien à vaincre et les avoir par autre manière plus sûre et à moins de péril , combien que de menasses leur faisoit paour assez à dire et par faire semblant de les assaillir. Finablement le traveil leur estoit importable et le secours hors d'espoir. Sy s'avisèrent de demander parlement et d'offrir traité ; et de fait par aucunes instances tant firent que le traité s'y trouva.

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