‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 69 sur 141 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

('omment monseigneur le dauphin apprit à Bourges la nouvelle du traité fait par son père le roy et mit ses places en défense.

Or estoit monseigneur le dauphin à Bourges qui véoit et oyoit toutes ces choses, contraires à lui grandement et desespérables. Véoit le duc bourgongnon son beau-frère estre en grand effort et puissant devers le roy, et que par luy et à son appétit toutes les choses de ce royaume se traitoient ; véoit à l'autre lez sa sœur estre accordée au roy anglois, avec l'adhéritement perpétuel de la couronne de France, contre tout humain droit et divin, et que, par ceste aliance et amityé incompatible, il seroit expuls et déjeté de son héritage piteusement, et fraudé par les deux puissances conjointes. Durement fust esbahy certes, et non merveilles. Et luy sembloit chose bien pénible et dangereuse moult, à résister à tout et pourveoir convenablement, combien que de nécessité il falloit faire vertu, et prendre reconfort bien en austère fortune, comme amye, là où gît gloire et espreuve des baux couraiges. Provision toutes-voies possible pour lors, et la meilleur qu'il pust, il y mit ; et garnit ses villes prestement par tout, icy et là, et y mit ses plus féables et vaillans capitaines; à Melun, le seigneur de Barbasan; à Montereau, le seigneur de Guitry ; messire Robert de Loire à Montargis ; le bastard de Vauru et Pierron de Luppel à Meaux, à compagnie du seigneur deGamaches; et ainsi partout, là où il estoit

besoin, mit et assit ses gens pour maintenir la frontière contre ses ennemis ; et au remanant se pourvéy de gens d'armes le plus qu'il pouvoit pour tenir les champs encontre eux, attendant l'aventure que Dieu luy voudroit envoyer ' .

Page 1