CHAPITRE XXXVII
Comment Jelmu de Luxembourg dressa une embûche devant Alibaudièreset fut repoussa par les gens de monseignaur le dauphin.
Ne demeura gaires après, sur la fin de quaresme', que messire Jehan de Luxembourg, cinq cens comLatans avec luy, par commandement de son maistre le duc, n'allast faire une fierté devant une place très-forte nommée Alibaudières", à six lieues de Troyes, qui beaucoup donnoit à souffrir au pays dudit duc et à ceux de son party, souverainement à toute la Champagne. Sy mit ledit messire Jehan partie de ses gens en une embûche assez près dudit lieu, et avec le remanant tira bien fièrement sur espoir d'aucune aventure ; et ceux de dedans, partirent dehors pour les venir ruer jus; et par celle manière, les autres assis en l'embûche, bien propre audit cas, vinrent coupper le chemin aux saillans par derrière et leur empeschoient le retour; mais eux sages n'esloingnèrent oncques leur fort, et se doutoient assez de ce qui estoit ; et tant seulement vuidansun peu barrière souffrirent vaillamment à recevoir l'orgueil de leurs ennemis et de beaux coups de lances. Les aucuns à pied, les autres à cheval bien montés soutinrent maintes dures envahyes, tellement que ledit de Luxembourg tout enfely sur eux, ainsi que en tel affaire il faut remouvoir souvent et se monistrer, en la fierté de son che-
' Ce siège commença le lundi après Quasimodo, 15 avril 1420. [Chronique mamiscrite de La Haye, 936.)
* Le château d'Alibaudières avait été construit au commencement du xiir siècle. Il appartenait à Juvénal des Ursins.
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val, sa selle se fendit toute parmy le mylieii et cliéy jus tout plat à terre bien aventureusement ; mais prestement relevé de ses gens et secouru n'en reçut autre danger pour celle heure ; ains fellement, sa lance en sa main, tout de pied, alla combatant à assaillir les dauphinois et leurmonstrer courage et vertu de haute chevalerie, certes dont il estoit plein et bien congnu pour tel. Sy fut la meslée aigre assez et dure, et l'effort à deux lez rude assez à soustenir, espécialement à ceux de dedans, qui, du moindre nombre que avoit ledit de Luxembourg, car oncques ne se bougeoit l'embûche forcéement, se souffroient rebouter en leur boullevart, qui estoit fort durement et périlleux à s'approcher. Toutes- voies non espouvanté de rien , fit vuider son embûche ; et, à grand bature de trompettes et de cris, se vinrent planter auprès du bouUevart, et commencèrent roidement à assaillir ceux de dedans et rampèrent contre-mont. Les aucuns combatoient main à main , autres tiroient de traits sur eux, si fellement que à peine nul s'osoit descouvrir ; et tellement que après longue et valereuse défense, qui ne put à rien servir pour celle heure , il fut force aux dauphinois de eux retraire en dedans leur fort, abandonner leur boullevart ou estre tous morts et péris , car gagné fut sur eux et pris et mis en feu et en flamme devant leur nez. Laquelle chose toutes-voies n'estoit pas sans adommagement grand des assaillans, car plusieurs certes y avoit de blessés et de bien mal adoubés. Et pour ce que ledit de Luxembourg, pour celle heure, ne pouvoit autre chose faire à ladite place d'Alibaudières que ce qu'il en avoit fait, prit arrière son retour à Troyes vers son raaistre le duc; et là avec les autres princes et grands seigneurs se prépara à la réception du roy anglois, qui temprement devoit venir, et y faisoit-on de grands apreste-
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mens pour le recevoir et pour lui faire la solemuité de ses noces.