‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 76 sur 141 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

Comment le roy anglois espousa Catlierine, fille du roy de France, et de la forme du traité qui fut conclu et juré.

Le roy anglois, qui moult désiroit à voir de près madame Catlierine, s'approcha de la royne, et ployant genoux bien bas devant elle, la royne aussi honnorablement le recueilly et le baisa ; et puis tirant Jusques à madame Catherine, pareillement s'enclina bien bas et la baisa à grand joye. Et eurent un peu de gracieuses devises la royne et elle et luy ensemble ; mais gaires ne durèrent ; et ce fait, il prit congié à tous lez et s'en retourna en son hostel qui luy estoit député et mis à point magnifiquement; et là demeura jusques au lendemain que la seigneurie et tout le conseil assembla de toutes les trois parties pour avoir advis et détermination sur les choses et matières jà autresfois entamées, dont il ne restoit mais que la finale exécution qui se de voit faire, toutes personnes présentes. C'estoit : premièrement de l'alliance et de la paix entre les deux roys; secondement du mariage de madame Catherine avec certaines conséquences bien estranges. De quoy, en la faveur du duc bourgongnon non visant à autre chose que au vengement de son meschief sur le principal héritier rebelle à son père, toutes les demandes et parties luy furent accordées, octroyées et ratifiées tant par le roy propre que par son conseil ; et prit et fiança selon l'ordonnance françoise , madame Catlierine ; et le lendemain , le jour de la Trinité' espousa très-solempneusement ladite

' Le mariag-e fut célébré le jour môme de la fête de la Trinité (2 juin 1420) dans la cathédrale de Troyes. [Aclapubl. IV, 3, p. 177.)

loi CIIRONIOUE

(lame eu la me.^me paroche où estoit situé son logis. Et furent faites les noces riches et pompeuses; et si solennelles que le recorder seroit impossible , car toute extrémité de gloire et de heubant y estoit mis en avant, plus que ne se pourroit dire, ny escripre'. Aussi l'or et la richesse y estoient sans mesure et les courages sans espargne. Le duc bourgongnon paroit moult ceste feste, excepté qu'il ne se vestoit que de noir; et estoit accompagné moult noblement comme des deux frères comtes^^ le comte de Conversan et le comte de Ligny, son fils, le prince d'Oranges", le seigneur de Jonvelle% le seigneur de Chasteau-Villain * , le seigneur de Montagu ' , messire Régnier Pot, le° seigneur de Chastellu', le Veau de Bar*, le mareschal de Bourgongne, Cottebrune% messire Jacques de Cor-

• Le duc Philippe déplo3-a une grande magnificence ù cette fête. [Voyez les Mémoires pour servir a l'histoire de Bourgogne, 1, p. 236.)

Le chariot qui portait les deux reines était attelé « de huit liobes <c d'Engleterre blanches comme neige, les charetons vestus de vei"- « meil à rays de soleil , et par devant ce chariot se démenoit grand « mélodie de trompettes, clarons , menestrès et de moult d'autres in- « struments à cents et à milliers, et devez savoir que maiut joueur « d'instrument 3- comparu ce jour pour ce qu'il estoit ordonné que « chacun d'eux aroit pour ce jour un salut d'or que le roy Henry avoit « commencé à forger tout nouvellement. » [Chronique manuscrite de La Haye.) Peu de personnes purent toutefois pénétrer daùs l'église de Saint- .Tean. On craignait, au milieu de ces pompes, les murmures du peuple.

- Louis de Châlons, prince d'Orange.

= Jean de La Trémouille, seigneur de Jonvelle, grand maître d'iiotel du duc.

* Bernard de Château-Vilain, conseiller et chambellan du duc.

•^ Jean de Neufchâtel, seigneur de Montagu, conseiller et chambellan du duc.

^ Conseiller et chambellan, depuis chevalier de la Toison d'or. Au mois de juillet 1419 , il avait reçu la commission de capitaine de Parthena^-.

' Claude de Beauvoir, seigneur de Chastellux, conseiller et cham- Ijellan du duc.

^ Gui de Bar, conseiller et chambellan du duc.

■ Jean de Cottebrune.

tiamble', le seigneur de Croy, le seigneur de Longueval, le seigneur de Robais, messire Anseau de Brimeu, messire Jacques son fils, le seigneur de Humbercourt, messire Hue de Lannoy et son fils messire Guillebert et d'autres beaucoup. Y avoit aussi aucuns prélats et gens d église ; entre les autres, 1 evesque de Tournay, Thoisy, chancelier dudit duc, maistre Eustace de Latre, maistre Jehan de Mailly, depuis évesque de No^^on, qui tous ensemble, au moins la plus grand part, jurèrent et promirent avec leur prince à entretenir perdurablement iceluy traité, là fait et passé, dont la copie s'ensuyt cy après :

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