‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 75 sur 141 · CHAPITRE XLHI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLHI

De la réception que le roj" françois fit au roy anglois.

Le roy Charles estoit assis en dos couvert de fleur de lis. Rembellissoit son throsne doré toute la salle pleine merveilleusement des seigneurs; et le ro}' anglois, met-

' Le roi d'Angleterre arriva le lundi 20 mai h Troyes, escorté de 13 à 1400 hommes d'armes. Le lendemain, le traité de Troyes fut signé, le duc de Bourgogne prêta serment entre les mains du roi d'Angleterre, et Henri Y fut fiancé à Catherine. Lettre du duc d'YorTi (Actapubl.,l\, 3, p. 175.)

Par une déclaration donnée a Troyes le même jour, Henri V annonça ce qui avait été convenu entre Charles VI et lui pour la succession du royaume, et s'engagea à maintenir les privilèges et les libertés de ses futurs sujets de France. [Mémoires pour servir a l'his- ^toire de Bourgogne, I, page 333.)

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tant son pied en l'huys où estoit assis le roy tout au bout de la salle, osta son chapeau, et marchant dilig-emment outre pour venir jusques au dos, sans que le roy Charles se levast oncques, assez vint près de luy; et lors le roy Charles se levant se peu non, le roy Henry coula le genou assez bas et luy fit honneur, disant assez humbles et gracieuses paroles pour ennemy et roy tel qu'il estoit ; et le roy françois faisant peu d'estime et peu de langage, luy respondy joyeusement : « Or çà , vous ! soyez le très-bien « venu , puisque ainsy est ! Saluez les dames. » Et à ce mot se rassit. Et sembloit avoir sens plus mille fois que on y espéroit, car sa maladie rég-noit lors. Et sembloit que Dieu, pour celle briève espace, ouvrast en lu}' et luy donnast sens et vertu de sçavoir faire ou laisser ; car oncques conseil d'homme ne le put faire lever, jusques à le voir près de luy, non plus que encontre un de ses vassaux, prince de son sano- ' .

» « La veille de la Trinité, porte la Chronique mamiscrite de La Haye, 0 fut le roy d'Engleterre à vespres au palais du roy de France, etfu- « rent les dames envoyé querre pour ouïr vespres. Sy vinrent en deux » chariots, dont le chariot à la rojme de France estoit tout painturé d'or « sans nul drap fors que sa couverture, et le chariot de madame qui « lendemain attendoit d'estre royne d'Engleterre estoit tout couvert '( et charg-ié de fin drap de velours tout figuré à or, par bandes d'un « quartier de.large, l'une blancque et l'autre violet. Le duc Philippe « les accompagnoit sur un coursier bayart, vestu d'une robe de deuil « d'un velours noir, si longue que séant dessus ledit coursier qui « moult estoit haut, la robe battoit à la terre. Droit devant le portail « de l'église descendy, puis prit toutes les dames, l'une après l'autre. « par la main et les embrassant pour les mettre sus et jus des cha- « riots, et enfin les conduisy jusques au palais du roj-. » Rien n'indique le nom de l'auteur de cette précieuse narration, dont il exis^te deux manuscrits, l'un à la Haj^e, l'autre à Florence. Serait-ce Enguerrand le Dun (de la famille de Nicaise Ladam?), qui habitait Arras, lorsqu'il reçut le 27 mars 1451, une gratification du duc de Bourgogne pour avoir composé une chronique de France et de Flandre? [Archives générales du roi/aut/ie.)

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