‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 93 sur 141 · CHAPITRE LXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIV

De l'entrée du roy françois et du roy anglois avec le duc bourgongnou en grande solemnité h Paris.

Fort s'espardoit la renommée parmi le royaume, et grandement es marches que tenoit le jeune dauphin de Viennois, comment la ville de Melun fut rendue, et l'exécution que le roy anglois y avoit faite. Sy en furent les uns con-

' Aynaeron du Lau, selon Lefebvre Saint-llemy.

soles, les autres desplaisans durement; car leur purtoit grand dommage : mais à qui qu'il tournast, ou à deuil ou à paix, audit roy anglois il tourna en accroissement de son orgueil; et vous apperra l)ientost là où vous orrez réciter la manière de son partement de cestuy présent siège et son entrée à Paris avec le roy françois son beau-père, qui estoit cliose, en la manière et condition qu'elle estoit pour lors, non jamais vue par avant en cestuy royaume. Sy vous dis, seigneurs, que ajDrès la provision mise en ceste ville de Melun conquise, le roy conquérant avec l'ayde du duc Ijourgongnon , eux deux congéèrent grand part de leurs gens, et les renvoyèrent l'un es terres et païs de Picardie et de Bourgongue , l'autre en Normandie , dont il y avoit grand part de la conqueste. Les quels gens y envoyés en bonne commune ordonnance , ces deux princes, le roy anglois et ledit duc, s'en allèrent à Corbeil, là où le roy françois, beau-père à tous deux, ensemble les deux roynes et plusieurs autres grandes princesses, estoient. Et de ce dit lieu de Corbeil, en haut et mag'uifîque estât , laissant ces dames derrière eux , celle nuyt tant seulement partirent et vinrent à Paris, les autres princes, ducs et frères, aussi avec eux en leur lieu et place ordonnée, et en la manière qu'il leur appartenoit.

De la manière de leur clievaucliiée et des termes qu'ils pouvoient tenir es champs, il ne m'est gaires de faire mention ; mais du lieu où leur estât et singularité estoit à noter, comme à l'entrée de Paris et es places oii on alla au devant d'eux à processions et à diverses solemnités d'honneurs et de révérences, là me veux arrester un peu et en dire ce que l'effet y monstra " .

' l" décembre M20. Henri V s'était rendu de Melun ù Paris le 25 octobre, et il avait ordonné d'acheter la volaille et le pribier nécessaires h

Vray est que les notables de Paris , premièremeut les officiers et ceux qui estoient de la justice, tous les grands et notables bourgeois de la ville, les riches marcliands, les seigneurs du parlement, l'université entièrement, et le clergé après, (ceux de l'Esglise vestus et parés de leurs cliappes et ornemens) , vidèrent la ville pour recevoir les deux roys ' ; et partie en demeura dedans pour cause des précieux reliquaires plusieurs, qui, en divers quarrefours par oi!i ils dévoient passer, estoient apportés et assis pour révérence d'eux ; et là les attendoient les dignes personnes et les prélats. Or estoient jà les roys entrés en la ville, premier que tous ceux qui estoient commis à aller au devant pouvoient vuider. Sy clievaucboient parmi les rues, comme deux hauts hommes, le roy françois à dextre, l'anglois à senestre , qui moult se contenoit fièrement et regardoit le peuple d'un estrange œil. Chacun d'eux avoit Testât devant lui de son aj^partenir, et en la mode de sa région , comme de porter l'espée royale , et de trompettes grand nombre. Les ducs de Clarence et de Betfort, frères du roy anglois, chevauchèrent derrière le roy en assez convenable distance. Et le duc bourgongnon, non roy, mais de courage empereur, tenant son rang seul, et après, chevaucha à senestre costé de la rue , un peu moins avant que les deux roys, environ le long de leurs chevaux; et menoit derrière lui toute sa route, conjointe et non entremêlée de

l'approvisionnement de son hôtel : Capones, aucas, gallinas, pullos, perdiees, etc. [Acia 2)î/bl., IV, 3, p. 191.)

' Le 2.iuin 1420, c'est-à-dire aussitôt après le traité de Troyes, les échevins de Paris avaient écrit à Henri V pour lui dire qu'ils en avaient « laplus grantjo^'c » et pour le prier de les recevoir en humble recommandation. [Acfa jmhl., IV, 3, p. 176.) Le 4 juin, une messe solennelle d'actions de g-râcc fut chantée à Notre-Dame, et suivant la lettre d'un clerc anglais, le peuple s'abandonna à son allégresse : In Paris make {rreet joye and ranthein dauncing and karolying. {IMd., p. 177.)

iiulluy que des siens , dont le nombre certes y estoit des chevaliers et hauts hommes nobles d'un riche et bien notable parement et autant près que de nul qui y f ust ; toutesvoies n'estoit vestu encores que de noir, ensemble toute la greigneur part de ses gens.

Lors pouvoit-on oyr gorges et voix démener bruit diversement, et les enfans crier « Noël! » , peuples fléchir, nobles esjouir, bourgeois bien-venue chanter, prestres saluer prélats, dames se léesser et gorgiasser aux fenestres, richement parées et vestues, les maisons ornées de riches draps, les rues couvertes par dessus, et décorées de nouvelletés de divers personnages , comme si le monde eust dû estre tout renouvelle et estably en perpétuelle et permanable félicité et salut par leur venue; dont très lointaine, hélas! et mal preste estoit encores l'heure, quand en celuy que ils cognoissoient sur attente de bien futur, eux-mesmes se désespérèrent après en la duration de son règne :" c'estoit le roy anglois , à qui ils firent semblant d'honneur en son advenir, qui les vint visiter comme ennemi, en oppression de servitude et de glaive. Mais le regard des amères choses passées et horribles qui encores leur gisoient fresches devant les yeux , et espéroient maintenant en estre hors et délivrés paisiblement, leur estoit cause certes et matière de conjouissance en leur ennemy, quand ils l'espéroient estre devenu amy , ou qu'il le pouvoit devenir sous l'agrément et advinction de leur souverain et naturel seigneur, qui ne les pouvoit que aymer. Desquels deux toutesvoies si nul n'y eust fait entrée à celle heure que le duc bourgongnon seul, sy luy eust-on fait la solemnité mesmes peut-estre, ou semblable, pour faveur de son père défunt, lequel avoit esté réputé pilier et protecteur de la cité. Sy en fut le fils si convoitié à y estre vu que nul désir

DE ClIASTELLAIN. i89

ne s'y pouvoit ammodérer de conjoïssement , à l'heure quand il s'y estoit trouvé. Aux deux roys doncques , ainsi passans par rues et quarrefours furent faites maintes cérimonies de singuliers honneurs; et furent portés devant eux plusieurs saints reliquaires , lesquels , quand ce vint à les baiser et que on les offrit premier au roy françois , comme raison estoit, le dit ro}'' les offrit au roy anglois son g'endre, lequel mettant main à son chaperon ou chapeau, et le mettant tout jus , en refusa l'honneur et en donna l'avance à son beau-père le roy françois, et puis baisa après ; laquelle chose estoit plusieurs fois et en plusieurs lieux à faire, tout au long de la ville jusques à l'église de Nostre-Dame, en laquelle eux et tous les princes descendirent et firent leur oraison à genoux , devant le grand autel , bien et dévotement ; et de là montèrent à cheval et s'en allèrent chacun à son logis, là où il estoit ordonné ou qu'il appartenoit, le roy françois convoyé à son hostel à Saint-Pol; le roy d'Angleterre et ses deux frères au chasteau du Louvre ' , et le duc bourgongnon en son

' Les Anglais s'approvisionnèrent à Paris de ce qui leur manquait pour continuer la guerre. Quelle que soit l'étendue des documents qui suivent, ils méritent d'être reproduits comme très-précieux pour l'histoire de l'artillerie :

Instructions des choses que veult quon face le roy régent, dont il fault parler à monseigneur le maistre des arbalestriers et de lui savoir combien elles cousteront trèstoutes.

Les ouvriers de Paris demandent Primo , savoir combien coustera

a tout quérir et la, rendre f reste à reflFaire la grosse bombarde d'A-

II"^ francs, mais il semble quelle lençon qui est au Louvre, quel

sera bien refaide potir C L fr. maistre la reffaira, et dedens combien elle pourra estre refïaicte.

La pièce coustera viii sous pari- Item, de savoir que coustera le

sis, l'une par Vautre, en façon d'où- cent de pierres pour le Duc d'Alen-

vriers, sans la pierre, et se prendra çon , et en amendrissant comme

la pierre a la quarrièred'Ivry a 'une d'un poulse, jusques à une xii'" de

ClIROMOUK

liostel (l'Artois ; et le remanant se logea par fourriers et par pourclias à qui mieux mieux , es liosteleries icy et là; et aucune quantité de gens d'armes qui y estoient se logea

Ij/ene de Paris amont l'eaue , et fauldra chevir et quarrier 'pour la pierre.

On J/iiera à Paris présentement de pouldre à canon x™ defaitte qui constera x escus d'or le cent. Et si y trouvera-on estofes pour autres x™.

On treuve a Paris iiii'" v de salpestre, de xii escus le cent.

Item 11", de xvi escus le cent.

Item xiiii^ dexy. escus le cent.

On treuve grant foison soufre qui cousteraxifrancs et v escus le cent.

On treuve à Paris de xxv à xxx pavais prests qui cousteront ii //•.

lain^ce, et qui en vouldra fère on les auroit pour xxvi s. et xxiii s.

parisis et pour moins, et enfineroit entre cy et Pasques de ii<= à ni' et plus.

On ne treuve point à Paris rnaistres charpentiers qui soient nsaigés défaire les dits engins, mais il en a un Ion ouvrier a Damemarie nommé Didier de Broc, aussy à Prouvins Jehan Mnccart, aussy à Rouen, Jehan Rivière et Jehan Mayne ; et sy en trouveroit-on à Troyes et Auxerre.

Le lois peut se 2)randre en vyere près de Moret ou en laye ou en crye tout sur rivière irrès d'arrivaige.

moslcs qu'on ranldra, pour une xii» do bornbîirdes plus petites que le dit Aleneon et pour chacune en faire ung cent , et aussy lu où on pourra trouver les pierres près de Paris, et où en un lieu, cliarroy pour charier sur la rivière.

Item, de savoir combien cousterale millier de pouldre à canon, et combien on en pourra finer, tant à Paris, comme à marcbans estrangiers.

Item , semblablement de salpestre.

Item, semblablement de souffre.

Item, combien pourra couster la xii" de pavais prests, et combien on en pourra finer entre cy et Pasques.

Item, de parler aux charppentiers, combien cousteroit ung engin tout accomply et assouvy de cordaige et de tout ferrement, et la où pourra trouver le roys.

Item, semblablement d'un coullart tout assouvy , et là où on pourra trouver le bois pour une xii"^ tant engins comme coullars.

Item , de savoir combien pourvoit couster xxiiii trcsccs pour

DE OIIASTELLAIN.

autour de Paris, et par les villages que on leur avoit ordonné.

On treuvc à Paris r" ^^o?//' xx cscus V s. et environ viir" d'autres qti'on veitU vendre xxx /;*. le millier, et qui2')liis en vouldroii acheter de prestes, elles cousteroientxxxfr.

le millier.

Le millier coustera xviii //•. et XVI //•., et en a a Paris de jirestes environ vm™.

Le millier coustera à Paris xfr.

et IX fr., et en a de prest environ

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