‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 4)Chapitre 20 sur 50 · IX. — Reaponse de MoKitf errant aux dames · texte numérisé non relu

IX. — Reaponse de MoKitf errant aux dames

Alontferrant s'exprime ainsi :

Mesdames, le respondre droit-c}' m'est de grant poids, et non moins estrange vostre humble acte à ma personne, qui imaginer ne puis la cause dont ce vient, sinon que je perçoy bien que le fait de George avez fort en cœur, et que soin vous est curieux, ce semble, pour le deffendre, nonobstant que avec amour montrée vous entrejetez aucunement retaillures de son nom, contraires à nostre cuidier, qui l'avons tenu jusques aujourd'huy homme d'un élégant parler et dont l'engin espanny entre nous autres nous rendoit fleurs non communes. Quant à sa faculté, ne sçay quelle elle est, ne s'en lui a grant science acquise, ou non; mais, quant à son faire et de ce qui encores est apparu, il y a eu grant grâce. Donc, si l'effet lui meut purement de nature sans art, ce lui est titre donc de grande gloire d'avoir tel don sans science. Vous me priez que je l'excuse et que par regard à son insuflSsance je lui face avoir déport de rescripre, comme qui désire à laisser couler, ce samble, la chose en oubly, dont je me merveille, quant je sçay bien qu'en autres besongnes pareilles à celle, George autrefois s'est montré homme. Mesdames, quant à l'excuse, j'y ay povre pouvoir; et quant je en feroye vostre précepte, sy seroit-ce blasme à George pour lui attribuer non-puissance, qui m'est contre-cœur; car en ensuivroit que moy qui auroye esté son promoveur en terre longtaine, seroye recoppeur arriéré de mes paroles par lettres contradictoires dont la honte tourneroit en moy. Sy ne vous desplaise, vous prie, quant deffier ne me puis de George que finablement il ne se esvertue et qu'il ne se mette en son ancien ploy, qui est de garder l'autruy honneur et le sien, et là où tant seulement l'honneur de la maison dont il est, lui est cause assez de le devoir faire, combien que espoir m'est bien que ce il ne fera par arrogance, ne par présomption en propre sens, mais plustôt, ce cuide, en humilité et par fuite de vaine gloire qu'on lui a offerte. C'est beau débat que de deux bouts chascun

TOU. VII. il

s'esvertue volentiers en ce qu'il est. George et Robertet feront biei» entre eux. N'y a celui qui ne sente bien lequel doit fléchir, dont si l'un honneure l'autre par vertu, l'autre honnourera son compagnon par devoir, et demeurera ainsi honneur entre eux deux par équal. Quant à l'envoy de vos descriptions h Robertet, et dont l'excelse matère passe mon engin, certes je le feray, et ne passera gaires de temps, si Dieu plaist, après George en estre averty, que je ne m'y acquitte. Mais sy ne sera-ce point en lui retaillant son los, ains en redoubloison de sa famé, quant de son fait vous prenez telle cure, que ne lui feriez jamais si le nom de lui ne vous estoit en grâce, en quoy Dieu le conserve I

X. — Lettre de Montfefrant à George sur le pre'ce'dent mystère des dames à luy a^iparues.

George, je me recommande à vous. Une haute et estrange aventure m'est avenue en Bruges, le huitième de may que moi entré seul en un vergier, très-matin, pour la douceur du temps, me vinrent accueillir douze dames, ne sçay nimphes ou faées, et m'approeier de paroles. Donc, pour en faire le vray conte, ne sçay si transmises venoyent de vostre part. Mais par oyr leurs mots qui sonnoyent agu, il sembloit que vous y poyez avoir coulpe ; car parloyent en foi'me, comme si dolu vous vous fussiez à elles, et que mon légier indiscret loer vous eust procuré soussy en vostre honneur. Donc, comme rayson vouloit, me convenoit bien les souffrir dire et livrer ententif et songneux ascout à leur raison qui estoit sérieuse. En l'un endroit se doloyent de moy et de ma trop ouverte affection envers vous sans cause ; et en l'autre usoyent de rétorquement en vostre famé, dont la grâce ce disoyent estre déceptoire. Usoyent aussi de termes honnourables à Robertet hautement, et de prières envers moy pour vous excuser vers lui en fait de rescripre, parce que perplexité vous avoit ahers et vergongne en son commencier si haut, et partant, vous fuiant le destroit tel, suadoyent qu'on peut couler la chose soubs honnourable moyen, lequel m'imputoyent. Plaingnoyent durement vostre temps perdu, et que fortune n'avoit esté de sorte en vous avec nature pour parfaire l'un l'autre ; car sambloyent dire que grant homme fussiez devenu lors, et bien de laudation plus digne qu'en présent. Pardonnez-moi que je résume tels mots sur vostre estât, qui n'en suis que relateur ; mais ce fay-je pour faire le vif personnage de leur dire, en quel se sambloit

DE lUIETORIOrE. IG

couvrir fainto. Finablement, et après longues devises, me ont prié quo je, pour Yostre soulagement et en leur nom, envoyé à Robertet leur douze descriptions, lesquelles m'ont laissiées. Et requicrrent aiTectamment que ledit Robertet les eust emprès lui, comme digne d'en avoir la gloire ; car afferment leurs vertus et nature estre en lui radicalement plantées , par quoy désirent aussy à y estre portées en représentant leurs personnes. J'ay promis, après vous avoir averty du cas, d'accomplir leur plaisir, sauve que le vostre y fust pareil. S'il vous plaist donc, vous me manderez ce que je y ay h faire, ne si vostre affection n'est point d'en voir la copie. Ce me semble hébrieu à moy , tant pour la gravité des sentences, comme des mots qui haut comprennent; mais moult vous 3' font grant honneur les dames, quant par prendre vostre fait si a cœur, se exposent pour vous en tel soing. Dieu maine le surplus, mais le commencement de vostre part est grand.

XI. — Zetùre responsin de George Cliastellain à Montf errant.

J'ai reçu tes lettres, Montferrant, et m'en est leur contenu en mémore par articles, lesquels ne m'est besoin révéler, sinon que là où laudation a esté faite de mon honnourant, c'est œuvre due, et là où défiance a esté prise de mon sçavoir, c'est à titre juste; car je ne sçay voirement rien; et en ce grant que longuement on a cuidié en moy, je suis moindre encores que le peu, et seroje fol d'en contredire les dames, qui scèvent bien ce que je vaulx et poise, ne quel chose j'ay au ventre. Bien m'est congnoissance de leurs noms, mais non de leurs personnes, et en est la famé souvent venue à moy, mais non la goustance. Ce sont les luminaires du monde et les estoiles de l'humain voyage obscur. Donc, si porter se font en Bourbonnois, comme en clair lieu, c'est chose bien emprise. Robertet les recevra hautement , il leur donnera siège en royal palais, et en propre intériore amour leur fera sacrifice. Il est homme qui vaut : sy en sçaura bien faire, et non

Ui LES DOUZE DAMES

qu'en grande considération lesdites dames lui fout cest honneur, dont s'elles faingnent ce avoir fait en mon support, le mercyer y siet bien, car le besoin m'y a esté patent. Robertet, j'espoire, me tenra en sa grâce et ne souffrera couler son amour pour légier mespris, qui, non de paresse, mais de non pouvoir procède. Tu me demandes avis en mon plaire, et je te prie que tu accomplisses ton promettre, et que, ains tost que tard, tu entendes à ton envoy qui sera fructueux çà et là. Ne quière de nulle riens voir copie jusques à ce que le préordonné au mystère en aura eu le premier honneur. Et alors comme alors recommande-moy, te prie, à lui ; et aux enseignes que tu trouveras cy-après et qui meuvent du propre , signifie-lui que je suis bien, et lui prie qu'en gré prenne mon envoy , qui rude est d'entrée, sinon par bénin support : il vive et toy.

En Valenciennes.

Qui de soy n'a sous qui prendre ombre

Et repos prend sous arbre estrange, '

Non moins d'autant doit cil loange

Que se arbre avoit de propre nombre.

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