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chroniqueur. Il fait plus : grâce à la coopération d'une dame qu'il ne nomme point, il écrit un poëme allégorique ou chaque dame de rhétorique prend tour à tour la parole pour exposer ses mérites et ses services. Chastellain, cédant au charme de cette fiction poétique, se résout à faire parvenir à Robertet une longue épître en vers oii il se peint lui-même avec une franchise qui ne manque ni de noblesse, ni de dignité :
Le neud estroit de l'amitié humaine Ne gist, bien scès, en parole venteuse; » Ains gist en cœur de haut noble demaine.
Peu m'est ton los, mais ton coeur m'est grant chose,
De qui les mots d'affection procèdent ;
Ne m'est pour tant escout à vaine glose,
Sinon au point où la vertu gist close,
Par qui deux cœurs à s'entr'aimer concèdent.
Quel donc puis-je estre ou quelle me duit famé En genre humain, qui tant suis peu de chose, Qui tant suy gros, rude et obscur en l'âme Que à peine est-il qui si povre se clame. Ne où tant vraye ignorance repose ?
Certes, quant tout je regarde et propose, Et pense à l'arbre, au fruit et à sa fueille, Sobre est le los que j'y attends et cueille.
J'ay soing en cœur, mais non mérancolie. Beaucoup soussy sans ennuieux encombre; J'ay coy semblant sans tristeur qui me lye. Là où fierté, sans vice de folie.
Tient de vertu, et d'honneur prend son ombre ;
J'ay ce que j'ay, j'ay chose moult petite; Mais quel qu'en soit le possès, ne le mestre, Sans estre ingrat, j'en doy gloire et débite ; Et, povre ou riche, au moins je m'y délite
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Et prens en g-ré ce que autre ne peut estre ; Tel qu'il a plu à Dieu me faire nestre, Tel me souffis, et qui veut, tel m'accepte ;
D'art m'est sobresse et de science acquise, Et n'ay trésor d'escole, ne clievanco Dont, si richesse estoit en moy requise, Fust quelque peu précieuse ou exquise.
Si riens y a, nature le m'avance :
La preuve en gist en claire appercevance Par le dehors dont mon engin se pare, Lors qu'art luy fault et de moy se sépare.
Seul un point a qui m'est riche et féconde
Et qui haut heur me donne et valitude,
C'est qu'en mes mains j'ay le miroir du monde,
Duquel ce peu que j'ay d'art et faconde,
Ce tout je puise en sa béatitude;
Car tant y a de gloire à plénitude,
D'honneur, d'exemple et de haute légende,
Que veulle ou non, il faut que j'en amende.
J'ay, oultre ce, naturelle ferveur
Vers les sachans que sciences nourrissent ;
Mais, oultre mode, ay-je amour et faveur Vers eux en qui mœurs et vertus flourissent; Car quant beautés et richesses périssent, En vertu seule ay choisi ma custode :
Donc, si j'ay bien, sy n'est-ce d'autre mode. J'ay cœur tout humble et aux bons servlable, Corps à l'emploi d'amour rétributive ; J'ay léauté constant et permanable Vers mon amy pour mort non séparable.
J'ay œil qui oncq vit ta claire personne Mais j'ay un cœur qui te dépaint en marbre.
Les vers de Chastellain furent l'objet d'une vive admiration qui s'adressait à la fois à son cœur et à son talent, à l'homme et au poêle. Montferrant et Robertet
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le proclamaient le nourrisson de l'Hélicon , l'émule d'Amphion et d'Orphée, l'astre qui éblouissait la terre par la splendeur de ses rayons'. Ici encore, pour porter un jugement plus complet sur notre clironiqueur, nous rechercherons quelle valeur offrait le témoignage de ceux qui le louaient si haut. Le seigneur de Montferrant était Antoine de Yergy, fils de Charles de Vergy, sénéchal de Bourgogne, et de Claude de la Trémouille. Il avait épousé une fille de Thibaud de Neufchâtel. Olivier de la Marche dit du seigneur de Montferrant « qu'il fut plus large et abandonné de ses biens « qu'homme de son temps et ne plaindoit nulle dé- « pense, » et il ne faut pas oublier que selon les moralistes du XV® siècle, il était permis d'être « abandonné » et il était surtout honorable d'être « large » lorsqu'il s'agissait d'encourager les lettres et les arts. Le seigneur de Montferrant occupait un rang si élevé que le duc de Bourgogne songea à faire épouser à sa fille unique son illustre pupille Jacques de Bourbon. Jean Robertet fut, d'après son épitaphe, secrétaire de trois rois de France et de trois ducs de Bourbon.
Molinet adressant assez longtemps après une épître à Florimond Robertet, fils de maître Jean Robertet, où il l'appelait
Chef-d'œuvre exquis, scintilant Florimond, Soleil luisant, offrant asur et throsne,
ajoutait que son père avait été le vrai fils de dame
• Voy. la lettre de Robertet, p. 180.
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Rhétorique, alors qu'il avait partagé avec Chastellain la palme de l'art de bien dire :
George mon maistre, et ton excellent père, En temps prospère, eurent los authentique De bien dicter, qui sur tous arts impère'.
Florimond Robertet était l'un de ces « serviteurs fort « gracieux et bien entendus^ » qui accompagnèrent en ^ 502 les comtes de Montpensier et de Vendôme envoyés comme otages à Valenciennes , et il logea avec eux à la Salle le Comte où Chastellain avait passé les dernières années de sa vie. Florimond Robertet a laissé des mémoires qui sont restés inédits. Un autre neveu de Jean Robertet, nommé aussi Florimond, fut un personnage considérable. Il devint trésorier de France et secrétaire des finances ; il accompagna Charles VIII à Naples , et Robert de la Marck dit de lui : « C'estoit « riiomme le mieux entendu que je pense avoir vu et de « meilleur esprit, qui s'est mêlé des affaires de France « et qui en a eu la totale charge et a eu cet heur qu'il « s'y est merveilleusement porté. » Bouchot lui dédia le panégyrique de Louis de la Trémouille en rappelant que personne plus que lui n'avait contribué à faire proclamer Louis XII le père du peuple et en le saluant lui-même du titre pompeux de père d éloquence et de prince de rhétorique françoise. On voit que les douze dames de rhétorique qui habitaient à Bruges avaient porté bonheur aux Robertet.
» Ms. nn (ancien 7686.) Bibl. imp. de Paris. * Chroii. de Molinet, V, 203.
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VI. — Recollection des merveilles. Cette chronique rimée, qui résume dans un style vif et rapide les événements du second tiers du xv^ siècle, paraît avoir été fort populaire. De là, des variantes nombreuses et parfois assez opposées dans l'appréciation des faits contemporains.
VII. — Le Lyon rampant. Ces strophes auraient peu fixé l'attention, si l'on n'y rencontrait une énergique allusion à l'araignée qui distillait son venin pour perdre le noble lion.
VIII. — Déclaration de tous les hauts faits et glorieuses adventures du duc Philippe de Bourgongne. Ce qui ajoute beaucoup d'intérêt à ce travail, c'est que le portrait du prince qui n'est plus est suivi de celui du duc Charles vivant. Chastellain affirme qu'il a tracé le premier^ grâce à son séjour à la cour de Bourgogne , le second « par « inspection secrète et bien profonde. »
IX. — La Mort du duc Philippe. Charles le Hardi se rendit au mois de mars 1 468 à Valenciennes, et ce fut sans doute alors qu'on y représenta en sa présence le mystère de la Mort du duc Philippe que Chastellain avait composé dès le mois de novembre précédent'. Le poëte y chante l'éclat du règne du duc Philippe, mais la mort ne respecte ni la puissance, ni la gloire, et comme le dit le poëte dans des vers qui rappellent ceux
d'Horace, elle frappe tour à tour
Le prince en son liaut régner Et le povre en son moissonner :
Tous deux finent soubs une loy.
» Voyez p. 255.
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Les habitants de Valenciennes admirèrent peut-être le mystère, mais ils ne se félicitèrent guère de la venue du duc, car il exigea, comme don de joyeux avènement, une somme de cent mille livres tournois « qu cnvis luy accordèrent'. »
X. — Rlnjlhmes sur le trespas du bon duc Philippe. Pièces qui n'ont d'autre mérite que de rappeler la reconnaissance et la douleur du poëte.
XI. — Advertissement au duc Charles. Charles le Hardi^ n'étant encore que comte de Charolais, avait été soutenu dans ses griefs et dans ses plaintes par les députés de ces riches provinces qui constituaient la partie la plus importante de la domination bourguignonne. Il avait formé le projet de reconnaître spécialement l'appui qu'il avait trouvé dans la commune de Gand, en lui rendant ses anciennes franchises mutilées par la paix de Gavre. On sait comment l'émeute de la Saint-Liévin^ émeute imprudente et funeste, vint substituer à la gratitude et à l'affection une inimitié aussi vive que profonde, et Charles avait à peine succédé depuis quelques semaines au duc Philippe, qu'il se montrait plus hostile aux communes flamandes que ne l'avait jamais été son père.
Tandis que Philippe de Commines se demandait pourquoi Dieu conservait cette ville de Gand, si peu utile puisqu'elle n'était pas, comme Bruges, un lieu de grand recueil de marchandises, Chastellain consacrait ses jours et ses nuits à la rédaction d'un mémoire oii il s'efforçait de calmer l'irritation du nouveau duc de Bourgogne et de lui faire accepter, au nom de son expérience et du
' Voi/ez tome V, p. 375.