‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 4)Chapitre 4 sur 50 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

dévouement le plus éclairé, des conseils qui, s'ils sont rarement accueillis par ceux à qui ils s'adressent, ont du moins, dans tous les temps, honoré le courage de ceux qui osent les offrir.

Au mois de juillet 1467, au moment même ou les députés de Gand cherchaient à faire agréer au duc Charles d'humbles excuses, un serviteur de Chastellain, nommé Jean Chenebaut, lui apportait un livret rédigé par son maître, qui valut au messager soixante sous pour son vin. Ce livret ne peut être que Y Advertissement au duc Charles * .

Qu'on n'oublie pas que le duc Charles de Bourgogne était, comme nous l'apprend Chastellain lui-môme : « chaud en sa cause, bouillant en son mettre avant, dur « en opinion, aigre en son vouloir, périlleux en cour- « roux", » et ceci élèvera plus haut le zèle de l'historien qui devançait le langage de la postérité quand, sadressant au fils du grand duc de l'Occident qu'il comparait à David, il formait le vœu que son héritier s'appelât Salomon et non pas Roboam. Non-seulement Chastellain y définit une fois de plus, avec une grande élévation de pensées , les devoirs des princes ; mais il fait succéder à ces théories l'appréciation de ce qu'exigent et les temps et les mœurs. C'est à ce point de vue qu'il prenait la défense des institutions de son pays, et qu'il plaçait la grandeur du prince dans la liberté et dans la prospérité de ses peuples.

Lorsque Chastellain, dans un autre passage de son

» Voi/. 1. 1", Introduction, p. xxxiii. : Foy. p. 229.

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mémoire, exposait au duc les périls de l'ambition, il ne portait pas un jugement moins profond sur l'avenir qu'il redoutait. S'il ne devait pas être témoin du désastre de Nancy et de l'accomplissement de ses sombres prophéties, il vit toutefois avant de mourir le siège de Neuss et les mesures violentes du duc contre les communes de Flandre. Combien de fois ne se représentèrent pas alors à son esprit les paroles qu'il avait adressées en 1 467 au duc de Bourgogne : « 0 ! non plaise à Dieu que ce glo- « rieux édifice de si longue main fabriqué et parfait, tu « n'ayes plus chier que ta vie ! Tes pères, hélas ! l'ont « cuidié édifier sempiterne, et tu, si Dieu plaist, ne « frustreras point leur haute expectation , par petit y « entendre. »

Charles le Hardi avait été ce Roboam « en cuy mains « tout se dissipa et rompit par confusion. »

XII. — Souhaits au duc Charles. Là aussi se remarque la préoccupation de Chastellain qui dans Y Advertissejnent a déjà dénoncé les fallacieux ennemis « lesquels s'as- « saleront en la personne du duc, » et le poëte souhaite à son maître :

harnois si fin Sur qui nul glaive, ne venin, Puist avoir force, ne vertu.

XIII. — Le Livre de Paix. Au moment où la guerre allait éclater entre le roi de France et le duc de Bourgogne, on a appris que les deux princes se sont réconciliés à Péronne et que Louis XI a solennellement juré de renoncer désormais à toute jalousie. Chastellain, dans ce traité écrit à la hûte et parfois assez diffus, se

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réjouit de ce rapprochement inattendu, sans cacher toutefois les inquiétudes et les doutes qui agitent son esprit.

XIV. — La Paix de Péronne. Ce mystère a également pour objet de célébrer l'union du roi de France et du duc de Bourgogne, et, sans rien affirmer, on peut y rattacher une hypothèse qui en doublerait l'intérêt. Les historiens ont négligé de faire remarquer que Louis XI ne se dirigea pas immédiatement de Péronne vers Liège, et qu'il alla, tandis que s'assemblaient les hommes d'armes bourguignons , faire une visite à la duchesse de Bourgogne, soit à Aire, soit au château d'Hesdin. Ne serait-ce pas là et en présence des deux rivaux, alliés pendant un jour à la suite d'une scène de menaces et de violences, qu'aurait été représenté ce mystère? II est vivement à regretter que cette partie de la chronique de Chastellain soit perdue et que Philippe de Commines ait été si sobre de souvenirs et d'impressions personnelles. 11 eût été utile de nous apprendre si , comme nous le supposons, Louis et Charles, assis au même rang, entendirent des personnages qui remplissaient leur rôle, s'interroger tour à tour sur la sincérité de leur amitié.

Un faux Louis XI disait au panetier ou à l'échanson qui usurpait pour une heure le manteau fleurdelisé du duc de Bourgogne :

Or, Charles, que nous direz-vous?

Comment vous va de vous à nous?

Le cœur vous est-il bien à paix?

Charles, je suis vray vostre amy

I^'TRODUCTIO^'. • x«

Et par l'ampoule saint Rémy, Jamais autre ne vous seray.

Après quelques pompeuses proteslations, le duc de Bourgogne répondait :

Ne sçay après qu'en avenra Ne qu'en sera.

Mais ces protestations mêmes ne devaient avoir leur effet qu'aussi longtemps que le roi resterait

Entier, certain et à cœur vray, Sans gard-arrière et sans haliay.

Que se passait- il au même moment entre les deux princes? Louis XI, rapporte Commines , disait au duc que « s'il avoit affaire de luy, il ne l'espargnast point, » et le duc ne « s'accordoit » à ce que le roi lui demandait qu'en se montrant « tousjours un petit murmurant. »

XV. — Louenge au duc Charles. Lorsque Charles le Hardi rentra en 1 469 dans la ville de Gand, accompagné de ses hommes d'armes qui portaient autour de lui neuf mille torches, tout s'inclinait devant lui. Le roi de France respectait encore les engagements qui lui avaient été imposés ; l'archiduc d'Autriche lui proposait la cession de l'Alsace et des contrées que baigne le Rhin jusqu'aux montagnes de la Suisse; le roi de Bohême ne lui offrait rien moins que la couronne impériale. Ce petit poëme marque l'époque oii Charles atteignit le faîte de sa puissance.

XVI. — Le Prince. La paix est rompue ; toutes les promesses du roi sont restées stériles, et sa haine

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