LES HAUTS FAITS DU DUC DE BOURGONGNE
convinrent en servir et honorer Dieu curieusement , et à l'advenant des eages et des temps de l'un et de l'autre ; convinrent ensemble en toute honnesteté et mœurs qui à prince séoient,
Différoient aussi en aucun cas, et dont la différence toutefois ne porte point de deslos. L'un estoit froid, et l'autre bouillant d'ardeur; l'un long et tardif à merveilles, l'autre actif et prompt; l'un négligent du sien, l'autre diligent et aspre. Différoient en leurs repas par long et par brief, et en diversité de convives en privé lieu ; différoient en volupté de la chair par plus et par moins , et en maniance d'argent par trop et par peu ; différoient en amours par cure et non cure , et en divers soûlas, qui humains sont; mais de tout ce qui estoit de perfection au père, de mesme se para le fils, et tant que de la clarté du fils, le père ne doit avoir honte. Eux deux s'entre-luisent ensemble, s'entre-grandissent, et clarifient ' l'un l'autre ; s'entre-font mutuelle révérence et honneur; vont par égaux, main à main : et Dieu, s'il luj plaist, par égale bénédiction, sera leur conduiseur en sempiterne gloire. Amen.
■ ' Var : Glorifient.
MÏSTKIIK TAR MANIERE IlE LAMENTATION.
LE CIEL
J'ay desfait ce que j'ay construit, Mais cy-apprès se refera.
LA TEERE.
J'ay reçu ce que j'ay produit De faire ainsy , ma nature a.
LES ANGES
J'ay veillié l'arbre dont le fruit Cueillie jamais ne pourrira.
LES HOMMES
Et moy des bons j'essours le bruit Qui par tous siècles durera.
LA TERRE
Je fay à joye et doulceur naistre ; Mais au retour est la douleur.
LE CIEL
Et je couferme l'humain estre De tout le bel de sa valeur.
LES ANGES
Je l'acompaigne et je l'adestre, Et le préserve de malheur.
LES HOMMES
Et moy là où l'amour doit estrc , Je monstre l'œuvre et la chaleur.
LES ANGES
Je porte preuve et tesmoingnage Du voyageur et de son oire.
LES HOMMES
Et je regarde h son ouvrage Pour en faire escript et mémoire.
LE CIEL
J'en enrichis le personnage De mainte vertu laudatoire.
LA TEERE.
Et je difforme le visage
Et fay en nient tourner la gloire.
LES HOMMES
Je pleure un haut bien qui se pert , Et me complains que si peu dure.
DU DUC rHILIPI'E. 239
LE CIEL
Et je ris quant i'ay recouvert Ce qui est de ma nourriture.
LA TERRE
Je me délitte à ventre ouvert De contourner en secq verdure.
LES ANGES
Et moy du los que homme dessert, J'en porte au ciel la fioriture.
LES HOMMES {cl pai' luy).
Je suy en griefve angoisse dure
Et en mortel annuy de cœur
D'un mien parfont nouvel malheur
A moy n'a gaires advenu,
Et dont peu fault que devenu
Ne suy en tristeur hors de sens ,
Pour la grant playe que j'y sens ,
Laquelle moy point, seul ne celle ,
Mais elle est toute universelle
Et commune pour vérité
A toute la cristienté
Jusqu'au debout des Occidens :
Donc à vous , hautes nobles gens ,
Je veul exposer la matère
De ceste cause si amère.
Il est bien vray que moy, les hommes,
En ce climat là où nous sommes,
Du ciel jadis dont tout bien vole,
Je vis descendre une fiole
Resplendissant en bien, garnie
De très-précieuse pierrie
La plus que homme vit oucques mais.
Sur son dehors ruoit ses rais
Le haut soleil, divine ymage,
Par trop plus qu'en commun usage,
Dont il fit naistre en son dedens
Divers précieux onguemens,
De quoy le monde et peuple aussy
A esté long temps enrichy.
Sy estoit ce vaissel assis
Sur un perron d'or fin mas sis,
En façon d'un banc et d'un thronne.
Pour à toute vivant personne
Y ruer le regart des yeux.
Par une attente d'aucun mieux
Se transportoit de lieu en lieu,
Et vis bien que la main de Dieu
Le conduisoit en tout son oire.
Or estoit ce vaissel de voirre
Pendant au ciel, ce me sembloit,
A un fillet qui le saingloit.
Par quoy appris que la fracture
En pendoit fort en adventure ;
Car quoyque riche fust et bel,
Sy estoit-il matériel
Et se pouvoit rompre et desfaire
Par le seul fillet luy fourtraire.
Du ciel prit distillation