‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 4)Chapitre 38 sur 50 · T0«. VU · texte numérisé non relu

T0«. VU

LE CIEL

Il a fait pénitance dure.

LA TEKEE.

Il a fait secrète abstinence.

LES ANGES

Il a eu fort l'Église en cure

LES HOMMES

Et le Saint-Siège en révérence.

LE CIEL

Ses vœux a tenu sans rompture.

LA TERRE

Ses griefs a pris en patience.

LES ANGES

Ses vertus ont monstre saudure

LES HOMMES

De prince de grant excellence.

{Icy commence une prière à Dieu.)

Sire, s'U a esté pécheur, Non tout songneux soliciteur

De ton honneur, De propre salut oublieur.

Par povreté et par folleur Ou par dol du faux ennemy, Sire, il souviengne à ta hauteur Comment tu es vray pardonneur,

Piteux de cœur, Et comment luy, ton serviteur,

N'a point esté ton négateur Mais (le ton sang Tas rédemy ' .

Hélas ! où est le voyageur Qui (levant toy venra sans peur,

Astut et sceur, Non maculé, non offenseur ?

Entre cent mille le meilleur, Suant, tremblant dira : ay my ! * David, ton saint propbétiseur, Pécha griefmeut, fu murdrisseur,

Faux déchepveur ; Plorant depuis fut repenteur :

De quoy comme humble exauditeuf Tu luy fus pardonneur amy.

LES ANGES

Sire, ne vise h son offence, A sa faute, à sa négligence,

A l'imprudence De mainte dolent incidence, Et en quoy il convient dispence Selon fragilité humaine ^ Souviengne-toy de ta clémence, De ta sainte bégnivolence

Et excellence , Et ù cuy par magnificence Il duit mercy et indulgence Par clain qui ù pité le maine.

Miséricorde est de l'essence De ton éternel providence

Et sapience.

' Rédemy (du latin redeini)tus]^ racheté. = Cf. plus haut, p. 197, -vers 16.

= Voy. plus haut, pp. 224 et22G.

Il y a eu sa confidence, Sire, et en telle obédience Ne le fourclos de ton demaine.

S'il a péchié en ce ou en ce, Bien, Sire, il est de la semence Qui souvent glence ' .

Il a en luy mainte existence D'autre bonté, dont la présence Le peut et doit sauver de paine.

LA TEEUE.

Hà! Sire, il est ta créature; Il est ton œuvre, il est facture

De ta main pure.

Tu luy as preste nourriture, Honneur, gloire et haute aventure Et dont il t'a rendu les grâces.

Sire, en ta sainte humble nature Ne luy monstre sentence dure

Qui toujours dure; Ains en vertu de ta droiture Pardonne-luy sa fourfaiture, Car tu seul les péchiés effaces.

Pleine est de toy Sainte Escripture ; Ciel, terre et mer font l'ouverture,

Hympnes, lecture De ta promission future.

Sire, en ta royal couverture Ne peut avoir nulles fallaces.

Regarde donc ta plasmature ', Lisant en close sépulture

En terre obscure,

' Glence (anglais : fo glance), jeter un rapide éclat.

^ Ta plasmature (du grec : ■?ir>,tia-fcct), l'œuvre de tes mains.

Et te souviengne en ta closturc Qu'en vain n'as fait la producture, La fourne des humaines faces.

Miséricorde est conveignable, Nécessaire et préordonnable,

Acomplissable , Et n'est riens si ahhominable Que de celle estre deffiable Ou qu'en toy l'on se désespère.

Mesmes par ta justice estable', Par ton équité pardurable,

Immausurable, Constraint tu es vray pitoyable Et de clémence incomprenable ; Car par ce tu te monstres père.

C'est le haut point tout permanable En quel nature raisonnable

Et d'ange affable Te loenl, chantent plus loable.

Plus glorieux, plus exaltable, Et dont pleine est du ciel la sphère.

Qui doncques es tout véritable.

Tout léal, tout incommutable.

Tout délutableS Il te plaise, ô roy héritable, Recepvoir l'âme contristable Du serf de ta bénigne mère.

{Icy parle un nouvel personnage sans nom et clos dedeîis le ciel sans estre mi.)

Le Dieu d'éternel charité Qui a créé l'humanité,

Estable pour stable

• Jsstame pour stable.

* Deluûable (du latin : deluto), qu'on peut apaiser.

Qui règne en son éternité.

Un glorieux en trinité,

Vit permanable en équité

Soubs piteuse fécondité,

Celuy en la perplexité

Où il vous voit ses supplians,

Vous mande paix et sanité.

Tenez tant de sa vérité

Que nuls bons il n'est oublians.

Il congnoit bien que vertu monte,

Et comment l'homme à mal s'affronte.

Sa rigueur ne fera nul honte,

A sa pitié qui cieux surmonte.

De sa facture il rendra compte.

Soit roy puissant, soit duc, soit comte.

Et quittera et debte et monte

Là où luy plaist et quant il veut.

SufiSsse-vous ce que j'en conte.

Il est celuy qui l'enfer dompte,

Et qui cieux clore et ouvrir peut.

LES HOMMES

Vous, ciel, vous, terre, anges et hommes. Venons tous à notre devoir.

LA TERRE

Dansons, chantons-cy où nous sommes.

D'un nouvel prince recevoir.

LES ANGES

Plus riches sommes que cent Rommes D'honneur, de sens, de tout avoir, *

LES HOMMES

D'avoir la fleur de tous preudommes, Rég-nant sur nous, vray et vif hoir.

Bien veignant l'honneur séculier, Le dévoureur des oliphans !

LES HOMMES

Bien veigniez par multiplier Cent mille fois nos dits et chants !

LE CIEL

Moy, ciel, je vous paroffre honneur, Faveur et bénédiction.

LA TEKEE.

Moy, terre, vous rechoy, seigneur, Pillier de ma salvation.

LES ANGES

Moy, anges, seray ministreur.

Vous gardant en perfection.

LES HOMMES

Et moy les hommes fournisseur De vostre noble affection.

LES ANGES

Nos cœurs, nos âmes, nos racines, Clamans à vostre entrée à gorge.

LE CIEL

Les hautes vertus séraphines

Vous préparent plus d'or que d'orge.

LES HOMMES

Prenez en gré nos humbles mines :

Ils sont du mesmes à la forge.

LA TEERE.

Ce dit vostre humble Valenchines, Par la bouche de vostre George.

Page 1