Oeuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove
Vous avez ouy les hautes solempnités des noces de ce duc qui furent faites dedens la riche ville de Bruges, dont les haulx et grans estats des dames et seigneurs, enseml3le
« Nous avons publié le premier livre d'après le teste d'Arras, coUationné avec celui de Florence. Le manuscrit n» 176 de Florence étant beaucoup plus complet pour le livre II, nous le reproduirons de préférence , en nous bornant à faire usage des meilleures variantes du manuscrit d'Arras.
Dans les manuscrits de Florence et d'Arras, la division en chapitres
TOM. II. i
les manières et somptueuses décorations de la feste, ont esté déclarées pleinement par articles, et comment aussi ce noble prince, le jour de ses noces principal, par un mardy xV ' jour de janvier, se présenta premièrement et se monstra partant de sa chambre lui xxiv'' de nobles chevaliers portans au col l'ordre de la Toyson d'or, tous semblables à luy, lequel ordre par longtemps devant avoit esté pourpensé en la secrète ymagination de ce duc, mais non jamais descouvert encore jusques ceste heure ; lequel entre toutes les hautes choses onques entreprises par avant en prince chrestien, cestui sembleroit estre un des haulx et courageux attemptemens qui onques y fût, et l'ordre de plus grand pois et mistère, entendues les trèsanciennes racines dont le nom est sorty, et lesquelles^ lues et relues es hautes royales cours diverses par le monde, tant de Gédéon comme de Jason^ n'ont onques toutesvoyes esté aherses' par nulluy, fors maintenant que le haut courage de ce prince, tendant à excellence aucune et singularité de gloire , l'a appliqué à sa très-excellente bonne volenté qu'avoit de bien faire, souverainement en soy exhiber vray humble serviteur de Dieu, prest deffendeur de la sainte foy, quéreur du bien publique et dili-
n'existe qu'en quelques endroits. Nous l'avons établie dans tout le cours du récit, partout où elle faisait défaut.
Une lacune de sept années existe entre ce livre et le tome 1". Les principaux événements qu'elle comprend sont : Tavénement de Charles VII, les batailles de Gravant et de Verneuil, le siège d'Orléans, Il venue de la Pucelle,le sacre de Charles YII à Reims.
• Lisez : Mardi x janvier. On avait écrit d'abord : Dimanche xv, mais le mot « dimanche » a été effacé.
^ Olivier de la Marche raconte que le duc Philippe , en fondant l'ordre de la Toison d'or, n'avait songé qu'à Jason. Ce fut Jean Germain, chancelier de l'ordre , qui l'engagea à prendre plutôt Gédéon pour modèle.
' Aherses, saisies.
DE CIÏASTELLAIiN. 7
gent insécuteur de toute honneur et vertu. En quoy, entre tant de tribulations et misères que veoit par le monde et avoit vu jusques icy, qui l'attristoient, les veines luy cuisoient en ardeur de une fois soy pouvoir monstrer exécuteur de son noble couvert désir, par faire chose, non pas tant seulement honorable, mais méritoire, s'il pouvoit, et fructueuse au monde ; par quoy en excellence de si singulière bonne volenté qu'il portoit, non donnée totalement à la vanité de ce monde, mais à gloire de fruit perdurable, justement il pouvoit et de voit songer, et de fait par longtemps estudia et songea en ceste très-excellente et très-glorieuse ymage et enseigne de la Toison, laquelle, à cause de Jason, on peut surnommer d'or, et quant appliquée seroit à Gédéon, pour cause que l'or appartient à porter aux chevaliers, sy se peut-elle nommer justement aussi toyson d'or, comme l'autre, dont cy-après, par un chapitre à par luy, vous sera déclaré l'entendement qu'il pouvoit avoir à tous deux et non soy parant de l'un pour rebouter l'autre, auquel détermination s'est arresté et les causes et raisons pour quoy.
Sy est vray qu'en hautesse de cœur et de singulier bon vouloir, luy qui se sentoit prince puissant en sa droite fleur de vertu et de raddeur, prist à par luy le plus haut mistère d'ordre qui se pouvoit penser, mais la cause pour quoy il prist ordre en luy et que longtemps avoit estudié à en mettre sus une, ceste-là seroit bon à savoir, et seroit convenable qui la sauroit, et bien spécial de la mettre avant, considéré que moult de grans et haulx princes chrestiens, roys, empereurs et ducs par le monde sont, en qui maisons onques pour gloire, ne haute fortune qui y entroit, nulles ordres, nulles singulières, ne solemi)nelles portanges n'y ont esté mises sus, souveraine-
ment en ce royaume de France , dont le chef et le roy onques ne mist sus telle fraternité, ne telle religion en chevalerie, par quoy , moy informé ' de la cause qui de longue racine a esté produite et traite premier que venir en efiPet, et qui est honorable moult et méritoire à cestuy prince qui a esté inspiré d'y entendre, je vous diray les causes originelles et les premières racines dont luy est mu pensement à mettre sus ordre, sans avoir encore pensé, ne délibéré, ou au moins, si pensé l'avoit, sy l'avoit-il celé, de mettre sus celle ou telle , combien qu'en ensievant la nature de son père le duc Jehan qui en son temps moult a voit eu grans affaires en France et portoit, à entendement de pluseurs grandes choses, le rabot", cestui, non veuillant fuir l'entendement de son père par moins , ains plustost l'approcher par plus vive signification et plus ague, selon le temps que veoit, prist et mist sus pour enseigne perpétuel de sa maison le fusil % lequel, s'il le prist sans conseil que de luy, sy ne le prist-il sans mistère, me semble, entendible àchascun; par quoy, là où se songea nne générale enseigne de telle substance, non merveilles, si en songeant à chose espécialle qui pourroit et devroit estre chief de sa gloire, il mist avant chose moult haute et singulièrement exquise, et bien convenoit que l'un sievist l'autre.
* Ces informations auxquelles Chastellain fait allusion, étaient dues sans doute à Lefebvre-Saint-Rémy, roi d'armes de l'ordre de la Toison d'or.
" Le rabot avait été choisi comme une menace adressée aux partiisans du duc d'Orléans qui portaient pour emblème un bâton noueux,
' Le fusil, dont la forme rappelle la lettre initiale du mot : Bourgogne, paraît s'expliquer par cette ancienne devise : Ânte ferit quant Jfammanticet.