‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 5)Chapitre 45 sur 86 · CHAPITRE XLVL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVL

Comment les François firent une emprise sur Corbie.

Jà-soit-ce que longuement me suis tu des Françoys, comme s'ils dormissent et laissassent en paix ceux de leur parti contraire , Bourgongnons et Angles , toutesvoyes parce que je les treuve veillans tousjours et soingneux en labeur çà ou là pour acquerre et gagner ou los ou profit, ou tous deux quant il y eschiet, il me convient escrire maintenant comment le seigneur de Longueval qui s'estoit tourné Françoys, ensamble messire Jaques de Chabannes, Blanchefort, Alain Géron et pluseurs autres tenans les frontières s'estoient assamblés de pluiseurs garnisons et mis es champs à intention de venir prendre Corbie. Et de fait vinrent devant la ville à grant multitude, et cuydans la pouvoir emporter par assaut et faire peur aux habitans par fièrement les envahir, se ruèrent aux pieds des

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fossés et des murs, les aucuns par semblant d'y entrer par force par dessus les créneaux ; et à tous lez à la rondeur de la ville, là où ils pouvoient advenir, firent le semblable. De quoi les habitans estoient assez entrepris au commenchement et avoient assez affaire à résister à tous lez; mais tant leur prist bien que à celle heure y avoit aucuns gentilshommes dedens la ville, gens de guerre et de bon los, Jehan de Humières , Annuyeux [de Griboval] et aucuns autres, qui resconfortoient le peuple et lui donnoient courage et hardement, avecques ce que l'abbé du lieu, à qui la ville estoit, luy-mesme vigoureusement et de toutes ses vertus diligenta la deffense d'icelle si asprement que nulle ne se pou voit voir meilleure, car n'y avoit ne homme, ne femme, ne moine qui ne fust aux créneaux ou qui n'y portast tout ce qu'il faut à deffendre muraille et qui n'employast bras et mains à jeterouà tirer ou àférir, chascun qui mieux mieux, tellement et par si long terme que lesdits Françoys, blessés et malmis en pluseurs lieux, et morts aussy beaucoup de leurs gens sur le lieu, furent constraints finablement de eux retraire arrière du péril et de délaisser la ville en son estât, car n'y veoient point d'acquest, comme ils avoient cuidié. Sy en prist très-mal à Alain Géron, l'un des capitaines, car il y estoit très-durement blessié, et si à grief qu'il en estoit en péril de mort, jà-soit-ce que longuement il vesqui depuis, et fut gary tout au net. Mais qui impatient fut de ce, ce fut celuy de Longueval, qui avoit esté moveur de l'entreprise et avoit le cœur felle encontre le party bourguignon par despit d'aucuns à qui il avoit pris le débat. Sy luy vint à grant dur de s'en retraire ainsi h perte et à meschief. Par quoy, pensant à desployer son couroux et despit où que ce fust, tantost mena la compagnie tout au long de la rivière de Somme

gaster et désoler tout ce que trouvoient, et faire maux sans nombre et sans fin. Prirent le cliastel de Morcourt et de Hen et les tinrent par aucuns jours; mais doutans que effort ne venist contre eux et siège, par les vouloir maintenir, comme sages les abandonnèrent dedens deux ou trois jours, et s'en rallèrent tous dont ils estoient partis, chascun en sa garnison. Et à l'autre lez pareillement, tout en un mesme temps, le seigneur de Barbasan tenoit le siège en Champagne devant le cbasteau d'Englurre ; et le continua par l'espace d'un mois ; mais gagné fut enfin bien aventureusement par les assiégeans. Tandis que les Angles et Bourgongnons leur livroient une escarmuche à intention de lever le siège, Angles et Bourgongnons, [venant] subitement arrière, reprirent le chastel sur les Françoys par force. Et parvenus à ce, et affin que pour un, ne pour autre il ne portast jamais ne proffit, ne dommage, fut mis en feu et en flamme, et démoly jusques au fons.

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