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Oeuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove

Comment le duc, estant revenu de Rainsebourg-, rompist par samblant le mariage de son fils avec mademoiselle de Bourbon.

Grandes ont esté et hautes [les matières récitées] cidevant, touchant les faits de [ce grand duc] Philippe, dont j'ay traitié jà trois volumes et desquels le contenu, j'espoire, est demoré en bon recort des lisans, Sy convient maintenant procéder avant en son histoire, et le surplus de sa vie donner à cognoistre ainsi qu'elle a esté déduite, dont toutevoies ce qu'il en reste est d'autant de plus grant

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pois que ce qui est escrit, comme le haut eage d'un viel homme est plus dangereux que d'un jeusne, parce que de la fin de l'homme se forme sa grâce et que de jeunesse glorifiée ne se peut traire haultesse, sinon par persévérance en mesme jusque l'issue.

Or a esté dit comment ce duc de Bourgongne a esté" à Rainsebourg ' au mand de l'empereur, là où luy-mesmes qui le mandoit, ne comparut point, ains recula de luy et différa de s'y trouver par doute que avoit qu'il ne le pressast trop près d'emprendre le voyage en Turquie, tous ses autres affaires lessiés , car le sentoit assés délibéré à ce et tout conclu , comme en effet il eust fait, s'il eust trouvé le dit empereur prest et de celuy vouloir, mais nenny, et partant il fit un long périlleux voiage à povre fruit, mais plein de mérite toutevoies et de gloire touchant sa personne,

A esté dit aussy comment d'allée et de retour, il a esté reçu des ducs d'Autrice et de Bavière, des marquis et des barons du pays, des cités et bonnes [villes et communautés] où onques homme ne passa qui tant [reçut grand chière,] ne tel festoy, quant mesmes à l'empereur dont sont subgectes, n'y a esté vu faire pareil honneur.

Maintenant doncques pour continuer la matière de luy, selong ce qu'elle va, après ce voyage en quel Dieu espoir le regarda mu de léal vouloir, retourna par la cité de Bernes en son pays de Bourgongne, là où arrivé fut reçu à telle joye de son peuple par les bonnes villes, que le mistère en seroit ou trop long pour escrire ou trop tirant à vanité d'en faire le conte, car faisoient des cérimonies par tel excès d'honneur et d'amour que à peines à mortel homme n'en séoit point faire autant , et ce faisoient les

» Ratisbonnc.

citoiens çù et là, par renvy l'un sur l'autre, dont à Salins se fit la première.

Après doncques avoir séjourné un poy en Bourgongne prist son chemin vers Nevers, car là avoit establi journée de convenir les ducs d'Orléans et de Bourbon et les detix ducesses avec luy, pour traiter du mariage de son fils conte de Cliarolois avecques sa niepce fille au duc de Bourbon, lequel mariage il avoit ordonné et commandé à faire à son dit fils, premier que parti s'estoit de Lille pour aller devers l'empereur, affin que si d'aventure il y fust demoré en là mercy de Dieu mort ou pris, qu'il pust demorer dressié et allié en France dont il estoit du ventre, et non en Angleterre là où sa mère le contendoit à traire, dont pour ce que ce mariage n'estoit pas parconclu encore et que ledit conte son fils aucunement y avoit restivé à l'encontre à l'heure de son partement, comme recité est en la fin de mon autre volume devant cestui', pour ce maintenant, quant le père est retourné en ses pays et que le cœur lui tiroit fort à ceste besogne, la voulut bouter outre et traitier avecques son beau-frère de Bourbon le mariage jusques à son parfait, et en effet mesmes s'en ala à Nevers pour ceste cause, là où le duc et ducesse d'Orléans pareillement et la ducessë de Bourbon, ensemble madame Jehenne de France, comtesse de Clermont, vinrent toutes ensemble et y menèrent grant bruit, car ne s'estoient onques entrevues jusqu'à celle heure. Le duc de Bourbon en personne n'y pooit estre pour cause de sa maladie des goûtes dont il estoit povre martir, mais y envoia son ambassade notable pour beso-" gnier, messire Pierre d'Emboîse, seigneur de Chaumont-

' Nous n'avons plus la partie de la chronique, à laquelle renvoie ici Chastellain.

sur-Loire et le seigneur de Culan avecques aucuns nota- Lies clers bien chargés et instruis sur la matère. Or est vray que au commencement (et jà avoit bonne pièce) quant ce duc Charles de Bourbon avoit oy parler premier de ce mariage, tant s'en trouva joyeux que joignant les mains vers le ciel en getta les larmes aussy toutes grosses par abondance de joye, et s'en tint à plus content de Dieu, ce disoit, que de chose qu'il lui envoiast onques, car ne pooit au monde mieux logier sa fille, ce lui sembloit, ne mieux rasseurer sa maison d'alliance, jà-soit-ce qu'elle y estoit assés par avant. Mais maintenant pour ce que le duc avoit esté dehors et longuement absent en Allemagne, aucunement estoit refroidi celui de Bourbon en cecy, pour cause d'aucunes conditions que le duc de Bourgongne y vouloit mettre et lesquelles le dit de Bourbon pesoit beaucoup, et en vis les accordoit, car est vrai qu'en délibérant ce mariage, le duc de Bourgongne voulut avoir la terre et seigneurie de Chinon* qui gisoit enclavée en Bourgongne et estoit de grant préjudice au pays en temps de guerre. Sy désiroit fort à l'avoir, et non point tant pour la convoitise que pour l'empescement. De cecy avoit esté consentant assez celui de Bourbon, au commencement, mais ainsi que princes ont des aviseurs beaucoup, et des gens qui les desmenuent, par long intervalle de temps, commença k mettre des restivetés beaucoup et des dangers au transport de ceste terre, disant qu'il avoit une multitude d'enfans masles auxquels, par soy deffaire de ceste seigneurie, il donneroit rompture et grant playe en temps avenir en leur partage, car valoit bien pour furnissement de l'un de eux". Sy se commença le dit de Bourbon à resfroidier et à

» Chiîteau-Chinon dans le Nivernais. C'est la capitale du Morvan. * On trouve dans les pièces justificatives de V Histoire de Bourgogne,

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mettre beaucoup de dangers en cecy pour cause de ses enfans, et en effet, ne s'estoit onques monstre tant ardant du faire que maintenant ne se monstra plus lent pour y mettre consentement, sauve toutevoies que la convention de Nevers qui se devoit faire pour ceste cause, n'estoit pas encore commencée.

Or convinrent ensemble, comme j'ay dit, les deux ducs, les duchesses d'Orléans et de Bourbon, avecques l'ambassade du duc de Bourbon, pour traiter de ceste matère, laquelle à cbief de trois jours tourna tout à nient, car ne vouloit celui de Bourbon pour nulle rien condescendre à la donison de ceste terre , posé que autrement lui plaisoit moult le mariage, mais regardant la playe qui en demorroit à ses autres enfans dont il en avoit beaucoup à pourveoir, ne voioit manière de le pooir faire sans grant grief, et à l'autre lez, le duc de Bourgongne qui ne se voulut onques déporter de ceste terre qu'elle ne fust accordée par le traité à son fils, se tint roide etrestif aussi, et monstra par samblant que de la rompture ne lui estoit riens et encore moins qu'à l'autre, et par ainsi ce mariage que droit-là on pensoit à traiter par amour, demora en apparence de non soy faire jamais par le discort des parties, dont la ducesse de Bourbon, sœur au duc de Bourgongne, mouroit d'annuy, et ne l'en pooit-on estansier de plorer, tant luy alla près du cœur.Sy furent le duc et elle par l'espasse bien de six heures ensemble sur ceste matère qu'onques personne n'entra devers eux, et là où la dite dame se désenfla de sa douleur l'une fois par plours , l'autre fois par paroles pi-

de dom Plancher, une lettre du 20 septembre 1454, adressée au duc de Bourgogne par le duc do Bourbon, qui s'excuse, comme le dit Chastollain, à cause du nombre de ses enfants, de ne pouvoir donner pour dot à sa fille Isabeau la baronnie de Cbâteau-Cliinon.

teuses, qui toiitevoies, humain envers elle, et qui naturellement l'amoit, la rappaisa par belles raisons et lui ouvrit de son estomac ce qu'il vouloit qu'elle sceust, jà-soit-ce que non le droit secré comme il apperra bien ci-après, car lui dist une chose et pensa l'autre. Toutevoies en fin de conclusion tout demora en rompture pour celle fois et en fut l'espoir mis dehors à tous lez, dont après avoir fait grans chières ensemble, les dames avecques les seigneurs , et que madame Jehenne de France avoit esté honorée et festiée du duc son oncle par manière que nulle onques meilleur, le duc prist congié d'elles et du duc d'Orléans et repaira vers Salins là où il fist un peu de séjour et y fist convenir les trois estats du pays ', pour avoir leur aide sur son voiage de Turquie lequel il avoit en cœur, et ne pensoit autrement fors que l'opportunité lui vendroit prochainement pour le faire, car aussi le désiroit sur toute riens autre , et l'eust fait si les fortunes ailleurs et les dispositions des hommes l'eussent souffert alors et voulu, mais nenny ; toutevoies ne s'en laissa point à mettre en bon léal devoir, et en toute préparation le plus sagement que pooit, car avecques ce qu'il y avoit grant cœur, sy y avoit-il mis l'honneur plus avant que nul autre, parce que de tout ancien temps s'y estoit offert, et sur tous les autres princes chrestiens avoit esté continuel susciteur de ceste besogne.

> Los états du duché de Bourgogne furent aussi convoqués. Ils s'assemblèrent à Dijon et votèrent un subside de soixante mille livres [Hist. de Bourgogne, par dom Plancher, IV, p. 286).

DE CHASTELLAIN. Il

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