CHAPITRE II
Comment le roy de Hongrie se plaigny du duc de Bourgoug-ne.
Pendant que cest assamblement se fit à Nevers, vint un chevalier en la court du roy à Tours , tramis du roy de Honguerie, lequel en aucunes de ses paroles, sambloit vouloir donner charge au duc de Bourg-ong-ne d'aucunes choses qui touchoient à honneur, et es quelles il se devoit estre moins bien porté depuis son partement de Rainsebourg-, ce disoit, et à ceste cause le roy de Hong-uerie en forme de complainte envoioit devers le roy de France pour l'en advertir , et comme au souverain du duc , affin d'en avoir raison par luy. Sy en fut adverti le duc de Bourgongne qui guères toutevoies ne s'esmaia du cas, mais lui cuisoit durement la charge que le roy hongrois, son cousin, lui donnoit sans cause, mais brief conseillié sur cecy, envoia un escuier breton nommé Mériadec ' devers le roy à Tours, lui signifiant par ses lettres comment telles choses estoient venues à sa cognoissance, et lui suppliant que de sa grâce il lui plust à lui en faire savoir le vray et le fons de la besogne comme à son humble serviteur et parent, et au surplus, si cliarge aucune lui estoit imputée là où il estoit absent , il en ordonneroit tellement que l'honneur du roy et le sien propre y seroient gardés, et de fait donna charge au dit Mériadec de dire tout haut, si le roy de Honguerie le vouloit charger d'aucune chose touchant honneur ou d'avoir mespris en faire ou en dire, et
' Le tombeau d'Hervé de Mériadec se voit à Wcrvicq. Une notice lui », été consacrée dans le Messager des Sciences hisioriques, de Gand.
que cela voulsist faire maintenir par un noble homme non chevalier, le dit Mériadec seroit celui qui de son corps soustiendroit le contraire et le feroit apparoir, si aussi le dit roy hongrois y avoit tramis ou vouloit tramettre chevalier pour maintenir ceste cause, lui samblablement il y tramettroit son homme pour le deffendre, et si lui-mesme ou prince en son nom vouloit riens mettre avant contre sou honneur et ce maintenir en leur personne, lui-mesme qui prince estoit comme autres, offroit de son propre corps à justifier et deffendre sa propre querelle, et de fait au seigneur de Charny qui droit là estoit emprès luy à Nevers, il ordonna la bataille de son honneur, quant le cas y escherroit, de chevalier contre autre, Sy alla ledit Mériadec à Tours ' .