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meut de sa mission, et abaudounera un poste où ses talens et sa haute expérience auraient pu rendre encore, au roi et à la France, de si utiles services.
Ces deux hommes, liés d'une sincère amitié, s'estimant profondément l'un l'autre, pourront quelque fois être divisés sur les moyens, ils ne le seront jamais sur le but.
Barnave nous apprend lui-même quelles étaient ses dispositions lorsqu'il arriva à l'assemblée (1). 11 n'était point exalté au-delà de la raison ; mais passionné pour la liberté , il la voulait appuyée sur des institutions capables de la protéger d'une manière durable ; il pensait avec une profonde conviction qu'elle ne pouvait exister que sous un gouvernement monarchique, et il regardait le droit de sanction comme l'attribut caractéristique de cette forme de gouvernement ; mais il savait aussi que la ruine de la liberté est dans son excès, et qu'en toutes choses la force est dans la mesure.
Ces sentimens, exposés de sa part avec une parfaite bonne foi, indiquent quelle devait être sa ligne de conduite.
Les états-généraux s'ouvrirent.
On connaît les premières discussions de cette mémorable assemblée.
(1) Voir 1« vol., page 98.
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Une conférence tut proposée entre des commissaires des trois ordres , pour s'entendre sur leurs prétentions respectives. Barnave prit plusieurs fois la parole dans ces débats préliminaires. Il le fit avec autant de modestie que de talent, et marqua sur-le-champ sa place parmi les orateurs qui allaient attirer sur eux l'attention du public.
« Il est impossible (dit un journal du temps) (1), » de parler mieux, avec plus de raison et d'énergie » que ne le fit à cette occasion M. Barnave, jeune » député du Dauphiné. » 11 fut nonnné, par le tiersétat, commissaire à la conférence ; il le fut avec Mounier, et s'y prononça pour la vérification des pouvoirs en commun ; il fut le rédacteur de la première adresse au roi, pour lui porter l'hommage de la gratitude des députés des communes, lui exprimer le regret de ce qu'ils avaient vainement tenté tous les moyens de déterminer ceux du clergé et de la noblesse à se réunir, et pour lui annoncer qu'ils allaient se constituer et vérifier leurs pouvoirs.
Quelques jours après, lorsque le préalable de cette vérification fut rempli, sur la proposition de Sieyès, les communes eurent à délibérer sur le titre que prendrait l'assemblée ; Barnave défendit la propo-
(1) Le Point du Jour, séance du mardi 12 mai 1789, page 101.
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sition de Mounier, qui demandait que l'assemblée se constituât en assemblée légilime des représenlans de la majeure partie de la nation, agissant en f absence de la mineure partie ; et il combattit Mirabeau, qui voulait que l'assemblée prît le titre de représentans du peuple. Ce grand orateur, en lui répondant, ne put s'empêcher de rendre hommage à son mérite éminent. « Je n'imagine pas, dit-il, » pouvoir être accusé de dégrader fe peuple, si jeré- » fute l'opinion de M. Barnave, dont la jeunesse ne » fait qu'ajouter à mon estime pour ses talens.. . (1) »
On sait qu'à la suite de cette discussion, rassemblée ayant [sris le titre d'Assemblée nationale, proposé par M. Le Grand et adopté par Sieyès, se déclara constituée; une adresse dut être rédigée pour l'annoncer au roi, Barnave et Charpentier furent chargés de ce soin.
Bientôt la salle des états ayant été fermée sous le prétexte de la disposer pour la séance royale, et l'Assemblée s'étant transportée au Jeu de Paume, ce fut sur la motion de Mounier, vivement appuyée par Barnave, que les représentans prêtèrent le serment solennel de ne jamais se séparer, et de se rassembler partout où les circonstances Vexigeraientf jusqu'à ce que la constitution du royaume fût établie et affermie sur des fondemens solides.
(1) Séance du mardi soir 16 juin.
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Mais une circoustauce malheureuse vint, presque, dès le début de la carrière de Barnave , compromettre son caractère, l'aire douter de sa modération et de la bonté de son cœur. Lally-Tollendal avait fait une motion contre les désordres qui se propageaient de province en province, et proposé une proclamation pour rappeler au peuple les droits que l'assemblée et le roi avaient à sa confiance, et pour faire sentir la nécessité de réprimer ces atteintes de plus en plus graves à la sûreté des citoyens et à la paix publique. Sur ces entrefaites, l'infortuné Foulon et son gendre Berthier de Savigny périrent victimes de la fureur populaire. Ce cruel événement avait contristé tout ce que Paris renfermait d'honnête. Barnave à l'assemblée, en fut instruit, un des premiers par Desmeunier. Vivement ému, il assura celui-ci qu'il sentait comme lui l'urgence de mettre un terme à de tels attentats ; mais Lally-Tollendal monta à la tribune. Le fils de Berthier était venu lui dire : « Vous avez passé votre vie à défendre votre » père, aidez-moi à prévenir le meurtre du mien. » Sous l'influence de cette invocation, Lally s'abandonna au sentiment bien légitime qui l'animait ; car, c'était un beau et noble caractère; et au lieu de se renfermer dans des considérations spéciales sur la question et d'indiquer ce qui était à faire pour arrêter le débordement des passions ennemies de Tordre ; il parla, trop peut-être, de son père et de lui, et fit de ce
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qui se passait une sorte d'acte d'accusation contre la révolution, commentant ainsi le projet de proclamation sur lequel il demandait qu'on allât aux voix. Barnave rend compte de ce qu'il éprouva alors, ses muscles étaient crispés ; il se leva, il dit qu'il convenait mieux à des législateurs de chercher des moyens réels d'arrêter ces maux, que de s'abandonner aux gémissemens ; qu'il était douteux que la partie du peuple qui commettait des assassinats fût capable de sentir toutes les beautés d'une proclamation, et fût efficacement contenue par des paroles; que si l'on voulait prévenir les sanglantes calamités dont le royaume entier était menacé, il fallait se hâter d'armer les propriétaires contre les brigands, et de donner momentanément une grande extension à la puissance des municipalités...; que plus que personne il gémissait de ces évènemens , mais qu'il ne pensait pas qu'il fallût pour cela renoncer à la révolution ; que toutes les révolutions entraînaient des malheurs ; qu'il y avait peut-être heu de se féliciter que celle-ci n'eût à se reprocher qu'un petit nombre de victimes; puis emporté, comme à son insu et malgré lui par le mouvement qui le dominait , il laissa échapper ces mots : « Eh !
» le sang qui a coulé était-il donc si pur! »
Mots déplorables, qui auraient été cruels dans toute autre bouche, qui furent malheureux dans la sienne , qu'il désavoua par ses regrets, et qui ,
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comme le dit m\ historien, «firent le désespoir d'une » vie qui devait être si courte.» Barnave y revient plusieurs fois dans ses notes; il s'en accuse avec une douloureuse candeur ; on voit que c'est un poids de plomb qui pesait sur son âme.
Car Barnave avait un sincère amour de l'ordre; et il ne négligeait aucune occasion de provoquer ou d'appuyer les mesures qui pouvaient tendre à l'affermir. Ainsi, frappé des dangers qui devaient résulter de l'insubordination des soldats, il approuva bientôt la formule du serment pour les troupes, proposé par Target; il insista sur la nécessité de ce serment, qu'il considérait comme indispensable, « dans un moment, dit-il, où tous les liens de la subordination paraissent rompus , et où les troupes elles-mêmes pourraient être dangereuses. »
Une autre fois, une députation de la commune de Paris vint rendre compte qu'un boulanger qu'on accusait injustement d'avoir refusé du pain au peuple, avait été mis à mort dans une émeute. La députation exprimait le vœu que l'assemblée s'occupât de pourvoir aux subsistances de la capitale ; et comme elle doutait de l'obéissance des soldats, elle demanda qu'il fût rendu une loi martiale. Barnave, certain que la crise actuelle ne provenait pas d'une disette effective, voulut qu'on recherchât sévèrement la cause extraordinaire qui l'avait produite ; qu'on recherchât également, jusqu'à ce qu'on
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les eût découvertes, les manœuvres coupables qui occasionnaient ces mouvemens. Il appuya vivement l'établissement d'une loi martiale qui serait exécutée dans tout le royaume; et, sur sa proposition, les comités de rédaction et de constitution se retirèrent pour la rédiger ; elle fut discutée et votée dans la même séance.
La journée du 14 juillet avait causé un grand ébranlement dans tout le royaume. Barnave avait été un des huit commissaires chargés de la rédaction des arrêtés pris dans cette fameuse journée. Pour tout œil exercé, la monarchie dès-lors était menacée.
Quelques-uns, et Mounier était de ce nombre, croyaient à la possibilité de raffermir le trône avec les matériaux qui venaient d'être brisés. Dans l'état des esprits, n'était-ce pas là une illusion? Ceux qui s'y livrèrent purent bientôt reconnaître leur impuissance. D'autres voulaient régénérer le pouvoir monarchique, mais en changeant la dynastie et en renouvelant le mon.rque. Peu de personnes manifestaient encore l'intention d'établir une république. La plupart, dévoués au trône et au prince qui l'occupait, désiraient substituer un point d'appui nouveau à celui qu'offrait autrefois une aristocratie qui n'existait plus, et retremper , en quelque sorte, l'ancienne monarchie dans des institutions populaires.
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Barnaves'attachaà ce dernier parti, que la grande majorité adopta.
Nous l'avons vq, dans sa jeunesse, ne prendre aucune résolution sans la mûrir profondément et Sans se rendre compte de ses motifs; pouvait-il agir avec moins de réflexion lorsqu'il s'agissait des intérêts de son pays ? Il nous fait assister, à cet égard, au travail intérieur de sa pensée.
Ainsi, il s'avoue franchement à lui-même , qu'il n'a jamais eu l'opinion, qu'une république une et indivisible fût possible en France. Il avait trouvé des raisounemens eu faveur du gouvernement fédératif, il n'en connut aucun en faveur d'un changement de rois. Bien qu'on essaya d'établir, qu'un prince qui régnait en vertu d'un droit héréditaire, ne consentirait jamais de bonne grâce, à se voir dépouillé d'une de ses prérogatives, tandis qu'un homme nouveau, recevant la couronne comme un bienfait, verrait son propre sort lié à celui, de la révolution, et serait intéressé à défendre la liberté publique comme la sauve-garde de son trône, Barnave pensa qu'un tel changement, bon pour l'Angleterre en 1688, lorsqu'elle était opprimée par un tyran obstiné qui avait violé la constitution, ne pouvait s'opérer en France sous un roi qui, ayant lui-même présidé àla révolution, était le plus propre à la maintenir, par la force qu'il empruntait au souvenir des grands services dont le pays lui était rede-
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vable, et, par la confiance qui s'attachait à ses vertus.
Tels furent les motifs de sa détermination.
L'Assemblée nationale se livrait avec ardeur au travail important de la constitution.
Deux grandes questions, de la solution desquelles devait dépendre le sort de la monarchie, furent bientôt agitées : celle de l'organisation du corps législatif, et celle de la sanction royale.
Mounier, rapporteur du comité de constitution, avait proposé au nom de ce comité le veto absolu du roi, et la séparation du corps législatif en deux chambres (l).Son rapport est un des documens les plus mémorables de cette époque, il sera lu et consulté avec fruit aussi long-temps que les hommes, réunis en sociétés, voudront établir sur eux un gouvernement capable de protéger leurs libertés.
Les chefs des différentes opinions de l'Assemblée s'étaient partagés sur ces questions. Mounier convaincu qu'il n'y avait pas de transaction possible, défendit le projet du comité avec toute l'autorité que devaient lui donner les puissantes raisons d'intérêt public sur lesquelles ce projet était fondé. Il fut soutenu, quant à la sanction royale ou veto absolu,
(1) Séance du 4 septembre 1789.
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par l'abbé Maury, par de Sèze, Custine, d'Antraigues.
D'autres, à la tête desquels se trouvait Sieyès, s'opposaient à toute espèce de veto. La discussion fut orageuse et fréquemment interrompue; l'agitation ne fut pas moins vive dans la capitale.
Un système mixte, comme il arrive presque toujours dans l'indécision des grandes assemblées, une sorte de transaction entre les deux opinions, prévalut; ce fut celui que soutint Barnave, qu'appuya Mirabeau, et pour lequel se prononcèrent les hommes les plus éminens, Treillard, Thouret, Malouet, Montmorency ... Ce système, qui joignait à l'impopularité du veto absolu, les inconvéniens attachés à l'absence de toute sanction royale, fut le veto suspensif.
Sur l'autre question, la majorité de l'Assemblée repoussa la division du corps législatif en deux chambres; 89 voix seulement protestèrent contre l'établissement d'une chambre unique.
On pensa alors que beaucoup, membres de la noblesse avaient rejeté l'établiss'jment d'une chambre haute par une sorte d'instinct qui leur faisait apercevoir l'abolition de leur ordre dans la concentration des pouvoirs politiques qui seraient attribués aux membres de cette chambre ; ce qui donne un grand poids à cette conjecture , c'est que la minorité qui , le lendemain, se prononça en faveur du veto absolu, fut bien plus nombreuse : elle réunit 325 voix.
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Bien que Barnave partageât à cet égard l'avis de la majorité, ce ne fut cependant pas d'une manière absolue. Il faisait de l'établissement d'une 2^ chambre une sorte de question de temps. Pour le moment, il trouvait que l'aristocratie féodale venant d'être détruite, ses débris ne paraissaient pas de nature à pouvoir entrer immédiatement comme élémens dans une constitution libre ; que si on organisait une seconde chambre, il serait impossible qu'ils n'en fissent pas partie , et que dès-lors , elle serait par le fait, quelque nom qu'on lui donnât, une chambre aristocratique. Il pensait, avec les partisans du système américain : « qu'avant d'en venir là , il était indis- » pensable de fondre et de réduire à un seul élément, » pour quelques années du moins, le pouvoir repré- » sentatif ; d'autant plus que si l'on considérait le bi- » camérisme, comme la seule forme solide et durable » d'organiser la représentation du peuple dans un » grand pays, on y arriverait beaucoup plus sûre- » ment en l'admettant comme le terme et le remède- » des secousses inévitables de la révolution , qu'en » l'exposant presque infaiUiblement à périr par ces » mômes secousses, alors que les préjugés de la » nation et la situation des choses y étaient con- » traires ; que si l'instinct de l'égalité le repoussait » aujourd'hui, l'expérience et l'amour de l'ordre » l'établiraient quand l'égalité n'aurait plus à en » concevoir les mêmes alarmes; que si, dès àprésent,