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s'il était vrai, comme on en répandait le bruit, que M.de Lafayette eût été mis dans le secret du départ des Tuileries? La reine répondit \ivement : « Non, » non, quandnous sortions du château, la nuit était » sombre; le général passait par le Carrousel escor- » té de ses gardes munis de flambeaux ; lorsque » nous fûmes en voiture, et que je songeai à lui , » je me pris à rire ; car, quoique reine on est tou- » jours femme de quelque côté ; madame de Tourzel y) surprise, me dit : Comment votre majesté peut- » elle rire dans la position où elle est? je lui répon- » dis, c'est que je pense à la mine que fera demain » M. de Lafayette (qu'elle qualifiait du sobriquet » qu'on lui donnait dans les petits cercles de la cour) » quand nous serons loin d'ici. »
Ce voyagedevint l'objet de relations mensongères, qui en dénaturèrent toutes les circonstances; et lorsque Barnave fut invité plits tard à s'en expliquer devant la société des jacobins, Pétion, qui était à côté de lui, lui recommanda expressément de dire, que pendant toute la route, les trois commissaires ne s'étaient pas quittés : « parce que, » ajouta-t-il, » dans une mission aussi délicate, ce fait estimpor- » tant à constater. «
Mais il est vrai que Barnave s'était senti fortement ému à l'aspect de cette grande adversilé, que relevait une si noble et si courageuse résignation ; « Époque à jamais gravée dans ma mémoire,
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» dit-il, qui a fourni à l'infâme calomnie tantde pré- » textes, mais qui, en présentant sans cesse à mon » imagination ce mémorable exemple de l'infortune, » m'a servi sans doute à supporter facilement les » miennes ! »
Arrivés à Paris, les commissaires déposèrent le roi et sa famille aux Tuileries, et vinrent immédiatement rendre compte de leur mission à l'Assemblée ; Barnave fut chargé de ce soin ; il s'en acquitta avec simplicité, sans rien négliger de ce qui pouvait calmer les esprits, et les concilier à l'auguste famille.
Depuisce jour, Barnave n'a plus approché du château; si quelquefois il a pu, comme nous le dirons plus tard, être consulté, avec ses amis, par des intermédiaires, il est positif qu'il n'a plus eu de relations personnelles et directes avec le roi ni avec la reine. Seulement après la dissolution de l'Assemblée, il fut du nombre des députés, qui retournant dans leurs départemens, crurent qu'il était de leur devoir de prendre congé du chef de l'état.
Cependant, le voyage de Varennes avait fourni aux ennemis du roi une arme puissante contre lui ; aux jacobins, des discours violens, notamment celui de Brissot, avaient porté l'exaspération au plus haut degré ; ils demandaient que l' inviol abihté du monarque ne fut pas respectée et que Louis XVI fût mis en jugement.
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L'Assemblée nationale avait chargé ses comités réunis de lui faire un rapport sur les circonstances de ce départ, et sur les mesures qu'il pouvait avoir rendues nécessaires.
Les comités avaient déclaré sans hésitation, que cet acte n'était pas un délit constitutionnel, et que d'ailleurs l'inviolabilité dont le roi était couvert ne permettait pas de le mettre en cause (1).
Mais de perfides desseins se montraient à découvert. Barnave nous apprend que Pétion, Sieyès, Buzot paraissaient se proposer de substituer au pouvoir exécutif royal un conseil électif, et de commencer à établir un gouvernement républicain de fait, comme un acheminement à ce qu'il fût constitué de droit ; que d'autres se prononçaient pour une régence; et qu'on pouvait croire que Robespierre, qui s'opposa avec énergie à l'application du principe de l'inviolabilité, avait dès lors des idées de dictature et de tribunat.
La discussion s'ouvrit immédiatement après le rapport des comités. Si d'un côté l'inviolabilité du monarque fut vivement attaquée, de l'autre, tout ce qui pouvait produire un effet utile avait été présenté en faveur du principe constitutionnel. Adrien Duport et Salles avaient été entendus; l'impression qu'ils avaient faite sur l'Assemblée paraissait si dé-
(1) Séance du 15 juillet 1791,
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cisive, que ce fut au regret même de ses amis, qu'on vit Barnave monter à la tribune ; mais il ne tarda pas à montrer qu'on était loin d'avoir épuisé ce grave sujet ; les sentimens qui l'avaient; si bien inspiré, lorsque quatre mois auparavant il parlait sur la régence, l'animèrent de nouveau ; jamais sa parole ne fut plus éloquente, jamais cœur monarchique et français ne fit entendre un langage plus patriotique et plus élevé. L'affluencedu public était extrême, et ses dispositions contraires à l'inviolabilité peu douteuses. En face de l'orateur, dans une tribune réservée, se trouvait une jeune femme, que son éclatante beauté et la vivacité passionnée de ses démonstrations en faveur de la cause républicaine désignaient à l'attention générale, comme exerçant une sorte d'empire autour d'elle.
Barnave, écouté d'abord avec froideur par les tribunes, s'imposa insensiblement à leur admiration par la puissance de sa logique et l'autorité de sa raison. Cette voix de la conscience^, ce sympathique accent d'une conviction forte, remuèrent toutes les âmes, et lorsqu'il prononça ces mots : « Vous allez » jusqu'au délire du courroux, parce que l'homme » roi a fait une faute ; vous seriez donc comme » des esclaves prosternés à ses pieds , s'il avait » flatté vos goûts î et voyez le danger d'une » telle disposition, car la nation française, vous le » savez, sait bien mieux aimer qu'elle ne sait haïr ! »