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probation du corps législatif et la sanction du roi ; il proposa en outre : qu'à défaut de cette double condition, si, après un délaide dix-huit mois, les trois quarts desdépartemens exprimaient les mêmes vœux par leurs assemblées primaires, le concours du corps législatif et du roi ne serait plus nécessaire^ et les réformes demandées seraient soumises de droit à l'Assemblée de révision.
Un tel projet était trop destructif de toute stabilité, pour qu'il pût être accueilli avec faveur; aussi fût-il généralement improuvé , et Barnave eut peu de peine à démontrer, que mettre dans une constitution le germe de nouveaux corps constituans pour la modifier, c'était d'avance la frapper de mort; que le mandat de l'Assemblée consistait précisément à empêcher que la nécessité de ce mode de réformation ne vint à se révéler plus tard, à prévenir au moyen d'un système, dont l'application n'amènerait aucun trouble dans le pays, cette provocation du vœu populaire, qui n'arrive jamais ainsi que par la souffrance ou par l'altération successive des pouvoirs. Il s'éleva, surtout, contre cette idée de convoquer les assemblées primaires pour prononcer s'il Y avait lieu à révision. «Ce serait, dit-il, rem- » placer le pouvoir représentatif, le plus parfait des i) gouvernemens, par tout ce qu'il y a dans la nature » de plus odieux, de plus subversif, de plus nuisible » au peuple lui-même, à savoir : l'exercice immé-
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» diat de la souveraineté par la démocratie, ce que y l'expérience a prouvé être le plus grand des » fléaux, même dans les plus petits états où le peuple » peut se réunir... »
Barnave suppose ensuite le cas, trop facile à prévoir, où l'opinion des assemblées primaires se laisserait égarer, et où une convention sage et éclairée voudrait la rectifier : « Comment le pourrait-elle, M dit-il, vous aurez dit au peuple qu'il est souve- » rain, vous lui aurez demandé son avis, et vous » voudrez, après, détruire l'opinion signée de plus » de deux millions d'hommes !,Oui , le peuple est » souverain, mais ses représentans peuvent seuls agir > pour lui, parce que son propre intérêt est presque » toujours attaché à des vérités politiques dont il » ne peut pas avoir la connaissance nette et pro- » fonde.... Appelez le par sa véritable manière » d'exprimer sa volonté, c'est-à-dire par les élec- » tions ; c'est en nommant l'homme en qui il a con- » fiance qu'il exprime vraiment son vœu... Or, ce » vœu-là, vous l'aurez quand vous déclarerez que » l'opinion uniforme de trois ou quatre législatures » successives sera nécessaire pour corriger un arti- » cle de constitution. »
Cet avis fut suivi, et par un titre final , l'Assemblée décréta que lorsque trois législatures consécutives auraient émis le même vœu pour le changement de quelque article, la révision en aurait lieu
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par la quatrième législature;, augmentée de 249 membres élus dans cliaque département par doublement du nombre ordinaire.
Mais l'œuvre de la révision, qui, comme nous l'avons dit, avait pour objet de donner quelque énergie aux pouvoirs publics, eut principalement pour adversaires tous les anarchistes.
L'admissibilité des membres de l'Assemblée nationale aux fonctions conférées par le gouvernement, et surtout leur rééligibilité àlanouvelle législature, leur eussent donné le moyen de veiller à la conservation de leur ouvrage. Si, au moins l'Assemblée constituante eût siégé queUjues mois encore après l'acceyjtation de la constitution, elle aurait pu, en l'exécutant elle-même, l'affermir, désarmer les factieux en les décourageant, et préparer ainsi les voies à une législature nouvelle.
Barnave et ses amis firent de vains efforts pour que ces sages mesures fussent adoptées ; il explique par quelles intrigues et dans quelles vues elles furent repoussées : « Le côté droit se flattait que la non » rééligibilité donnerait dans la législature lamajo- » rite aux partisans de son système, ou préparerait » la ruine de la constitution, en la remettant à des » mains inexpérimentées; tandis que cinq ou sixré- » publicains, mus par une impulsion dont les chefs » étaient en dehors de l'Assemblée, opinaient pour » l'exclusion, aiin de laisser la place libre à ceux de
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» leurs chefs qui devaient dominer la législature. » La majorité des membres de la gauche était mue » par de bien moindres motifs ; les uns ne s'atten- » daientpas à êtreréélus; d'autres, fatigués de leurs » longs travaux, étaient effrayés de l'idée de lescon- » tinuer; tous étaient convaincus que les membres » les plus connus et les plus éminens seraient re- » nommés; la non rééligibilité, en effaçant toutes ces » distinctions, rassurait l'amour- propre des uns, » favorisait la lassitude des autres, et faisait rentrer » dans la foule tous ceux qu'on était fatigué de » suivre et d'entendre nommer... » Les mêmes motifs firent prononcer l'exclusion des emplois à la nomination du roi.
Barnave ne cessait de déplorer cette disposition des esprits ; ce fut inutilement aussi que les comités déclarèrent, par l'organe de Thouret, qu'ils ne voyaient aucune possibilité que le gouvernement pût marcher, et qu'ils affirmèrent qu'avec les résolutions adoptées, la chute de la constitution était inévitable.
Les journaux de tous les partis avaient, sur cette question, dépassé toutes les bornes d'une polémique passionnée, et contribué puissamment à égarer l'opinion publique; l'aveuglement était si grand que les plus modérés, faisant appel au désintéressement des membres de l'Assemblée, leur montraient , comme un point d'honneur , l'obligation
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de se retirer. Serait-il vrai que la cour ne fût pas étrangère à leur action ? Un homme , bien digne d'être cru, nous a assuré avoir entendu ces paroles sortir de la bouche de M. de Montmorin : « Combien » la cour doit regretter les millions employés par » elle, pour éloigner les seuls hommes qui pouvaient » sauver la monarchie et le roi ! »
L'Assemblée brusqua donc le terme de cette première phase de la révolution , où elle avait été appelée à jouer un si grand rôle ; croyant , comme le dit encore Barnave , « pouvoir finir la révolution )) par un coup de baguette, elle fit en quelques jours » l'ouvrage de plusieurs mois, et fuyant , pour ainsi » dire, au moment où son expérience était le plus » nécessaire, elle laissa à ses ennemis leurs moyens » entiers, son ouvrage sans défense, sans protection » et, pour ainsi dire, sans racine. »
Cette discussion sur la révision de l'acte constitutionnel avait commencé le 8 août 1792, et le 3 septembre suivant , l'Assemblée , après avoir entendu une dernière lecture de l'acte entier , déclarait que la constitution était achevée. Le 14, le roi se rendit dans son sein pour l'accepter et en jurer le maintien.
L'Assemblée termina sa mission par un dernier décret qui l'honore ; il portait amnistie pour tous les faits relatifs à la révolution, comme pour tous les délits militaires, et il rapportait le précédent décret relatif aux émigrés , en déclarant qu'il ne serait plus mis
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d'obstacle au droit de tout citoyen français de voyager librement dans le royaume et d'en sortir à volonté.
Ainsi finit cette mémorable législature, qui, quelque jugement qu'on en porte, aura occupé une immense place dans l'histoire de notre patrie.
Parmi les membres qui en ont fait partie , nous avons eu occasion de nommer ceux qui figurent au premier plan. Quelques-uns ont acquis une grande célébrité; mais il n'en est pas qui ait inspiré plus d'intérêt que Barnave , et dont le nom excite une plus réelle sympathie. Ses erreurs furent celles de son temps. Ses fautes (eh ! qui , sur ce point, a été plus rigoureux que lui-même ?) pèsent également sur la mémoire de cette illustre Assemblée, avec laquelle il fut presque constamment solidaire d'opinion et de conduite; époque d'inexpérience et de patriotisme, d'entraînement irréfléchi, et d'abnégation fervente, oîi, à quelques exceptions près, chacun se dévouait avec l'abandon et le courage des convictions fortes, aux idées qu'il croyait utiles à l'intérêt du pays. Ces erreurs ;, pour lesquelles nous nous montrons aujourd'hui des juges sévères, ces fautes qu'ont dénoncé à l'avenir les calamités qui en ont été la suite, elles prenaient leur source dans un principe vrai , incontestable , qui a présidé à l'établissement de la plupart des gouvernemens , celui de la souveraineté du peuple ; principe qui , rendu plus éner-
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gique par la longue compression du despotisme, se fait jour quand l'heure des révolutions a sonné, avec une violence égale à la résistance qu'on lui oppose; mais qui, s'il est poussé logiquement et sans réserve à ses dernières conséquences, s'il 'reçoit une application exagérée, comme le fit trop souvent l'Assemblée constituante, aboutit par la confusion à l'impuissance , et ne parvient , en établissant une autorité incapable de protéger les libertés publiques, puisqu'elle ne saurait suffire à sa propre défense, qu'à organiser l'anarchie.
Le talent de Barnave mûrit, grandit avec les évènemens ; lors de ses débuts à la tribune, on put ne remarquer en lui que la facilité ^ la clarté, le mérite de résumer les opinions ; mais ce talent ne tarda pas à se fortifier et à s'élever à la hauteur des questions , et des circonstances auxquelles il fut appelé à prendre part , et lorsque la retraite d'un grand nombre de députés eut privé l'Assemblée de leur concours, lorsque la voix de Mirabeau s'éteignit, la sienne fut une de celles qui conservèrent le plus d'autorité, et qui agirent le plus puissamment sur l'Assemblée ; il justifia pleinement ce que ce grand orateur avait dit de lui à son lit de mort : « Barnave est un » jeune arbre qui deviendra un mât de vaisseau. » Tous ses discours furent improvisés, ses rapports seuls étaient écrits.
La séduction de sa parole tenait aussi à la pureté
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de son caractère ; on le savait loyal , plein d'une noble franchise, irréprochable dans ses mœurs, d'un désintéressement devenu proverbial ; on le savait aussi doué d'un ferme courage ; il l'avait montré au 21 juin, il le montrera plus tard en affrontant l'échafaud, et ces qualités si rares à toutes les époques , donnèrent un grand rehef à son talent oratoire.
Sa figure ajoutait une grande valeur à l'effet qu'il produisait ; quoique les traits en fussent irréguliers , elle était belle d'expression et s'animait facilement. Il avait les cheveux blonds, les yeux bleus et doux, la bouche grande, mais ornée de dents d'une éblouissante blancheur ; sa taille était moyenne et bien prise, et toutes ses manières respiraient la grâce lapins parfaite, unie à cette gravité recueillie^ caractère particulier des hommes qui ont l'habitude de la réflexion.
Napoléon, qui savait apprécier, et qui honorait tous les genres de gloire, devenu consul, fit placer sa statue au sénat; elle en fut retirée en 1814, par ordre du nouveau gouvernement, et depuis elle a disparu.
L'esprit de parti a souvent mis à la charge de Barnave des maximes qui étaient loin d'être les siennes : c'est ainsi que plusieurs biographies lui ont attribué ces mots : « Périssent les colonies plu- » tôt qu'un principe. » Une telle inculpation mon-
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tre avec quelle légèreté les choses les plus invraisemblables sont accueillies. Barnave repoussait au contraire l'application aux colonies des principes que les amis des noirs voulaient y faire dominer , ce qui, dans les derniers jours de l'Assemblée constituante, lui valut l'honneur d'une dénonciation violente de la part de Robespierre.
On a supposé aussi que Barnave fut, avec Duport et Alexandre de Lameth, le fondateur de la société des Amis de la Constitution, qui s'était formée après la translation de l'Assemblée nationale à Paris, et qui reçut, du lieu oii elle se réunissait, le nom de Jacobins, devenu depuis si affreusement célèbre ; rien ne justifie cette assertion, et on doit croire que si elle avait quelque réalité, les regrets qu'en aurait eu Barnave eussent percé quelque part dans ses écrits. 3Iais il est vrai qu'il fit partie de cette société avec environ trois cent soixante de ses collègues.
Dans une lettre qu'on a cru devoir reproduire (1), parce que, outre qu'elle est d'un grand intérêt historique, elle montre combien ceux qui composèrent d'abord le club des Amis de la Constitution, quelle que fût l'énergie de leurs sentimens populaires, étaient loin de prévoir les excès auxquels ce club se livra depuis ; dans cette lettre, dis-je, Barnave explique l'origine, le but primitif d'une institution qui de-
(1) 4« vol., pag. 355,