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vint si désastreuse, et les circonstances dans lesquelles elle fut fondée. Hélas! l'expérience n'avait pas encore appris que toute influence qui s'exerce en dehors du gouvernement, lors-même que dans le principe elle a eu pour objet de le soutenir, finit par devenir un instrument de destruction dirigé contre lui.
Barnave explique aussi dans la môme lettre ce que fut le club de 1789, dont Sieyès fut le premier nommé président, après en avoir rédigé le règlement, et dont firent partie Lafayette, Bailly, Chapelier, et quarante à cinquante membres de l'Assemblée nationale. Malgré l'époque de ferveur où cette lettre fut écrite, on reconnut l'impartialité de Barnave, à la manière dont il caractérise les opinions et les sentimens de ceux qui composaient ces deux sociétés.
Mais après que le club des Jacobins se fut mis en insurrection contre les décrets de l'Assemblée, la presque totalité des députés, qui en étaient membres, se réunirent pour prendre une détermination commune, et ils résolurent, à la presque unanimité, de se retirer^ et de transférer à l'ancienne église des Feuillans le noyau primitif et demeuré sain de la société des amis de la constitution, dans l'intention, loyalement avouée , de combattre l'influence et de s'opposer aux excès des Jacobins. Ce mouvement fut spontané ; il honore ceux qui y prirent part. Barnave fut l'un- d'eux, mais il affirme que personne ne
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put réclamer l'honneur de Favoir provoqué (1); et, avec la même sincérité dont il a donné tant de preuves, il reconnaît : « que la nation n'était pas dans » une situation où des sociétés, instituées pour main- » tenir et pour défendre la constitution, pussent se » soutenir et lutter avec avantage contre celles qui » poussaient les esprits à de nouveaux change- » mens. » Aussi, après la séparation de l'Assemblée constituante, le club des Feuillans ne tarda-t-il pas à se dissoudre.
Rentré dans la vie privée, Barnave séjourna encore quelques mois à Paris ; pendant ce temps, le roi, qui avait complètement dépouillé les préventions dont il avait été long-temps animé contre lui et contre ses amis, Duport et les Lameth , leur fit plusieurs t'ois demander leurs avis sur la marche des affaires ; ces avis , donnés avec sincérité, dictés par le plus pur dévouement, devaient avoir le sort de tant d'autres qui furent si obstinément négligés !
Barnave ne revint à Grenoble que dans les premiers jours de janvier 1792 ; il reçut de ses concitoyens l'accueil le plus flatteur , mais il trouva dans sa famille un vide qui laissa une grande amertume dans son cœur : son père était mort ; cette perte qui l'avait surpris pendant ses travaux parlementaires lui
(1) Voir l*' vol., pag. 137.
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avait causé une vive affliction. Néanmoins, le bonheur de se retrouver auprès de sa mère et de ses sœurs adoucit ses regrets, et il put espérer de goûter encore ces douceurs de famille qui avaient toujours été pour lui d'un si grand prix.
Il se livra de nouveau aux études qui avaient fait le charme de ses premières années, mais ces études devaient prendre un caractère plus élevé. Un esprit observateur comme le sien n'avait pu assister et prendre une part active aux évènemens de l'immortelle époque qui venait de finir sans y puiser de grandes leçons. Il rechercha le principe de ces évènemens pour les exphquer, et il écrivit cette magnifique introduction à la révolution française, qui, placée en tête de ses œuvres, suffirait seule à la réputation d'un écrivain.
A l'appui de cette vérité de tous les temps, que les révolutions existent dans les esprits, avant de passer dans les faits, Barnave signale la préparation lente mais progressive, et les symptômes précurseurs de ce grand mouvement , dont nos désordres financiers furent moins la cause que l'occasion. Il fit suivre cettf^ introduction de simples récits auxquels ne saurait êlre donné le nom de mémoires, sur les travaux de l'Assemblée nationale et sur sa coopération à ces travaux. C'est là que, sans ménagement , sans réserve , avec la courageuse franchise d'une noble conscience, il fait l'aveu de ses torts po-
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litiques et désarme ainsi toute critique par la rigueur des jugemens qu'il porte sur lui-même.
Exemple digne d'être offert aux partis et à ces hommes d'état dont l'orgueil se fait une sorte de point d'honneur de défendre, avec une obstination de mauvaise foi, ceux mêmes de leurs actes auxquels l'opinion publique et les évènemens ont attaché la plus éclatante réprobation.
Barnave traita aussi les plus hautes questions de droit public; ses idées, à cet égard, sont précieuses à recueillir , et soit que dans ses études politiques il se demande si l'établissement d'une république est possible en France, et s'il est favorable à l'égalité ; soit qu'il apprécie l'utilité de l'opposition dans un gouvernement constitutionnel ; soit qu'il juge le rôle d'un parti mixte, ou tiers parti, dans les assemblées délibérantes ; soit qu'il examine ce que sont et ce que doivent être, dans une monarchie, les ministres, les magistrats, le clergé; soit, enfin^ qu'il suive les progrès de l'ordre social dans ses divers périodes , il se montre toujours publiciste profond, écrivain éloquent. C'est surtout en homme de bien, qu'après avoir fait ressortir les avantages de la probité en politique et ceux de la force unie à la raison dans les affaires, il expose tout ce qu'il y a de faux et de vain pour un homme public dans la popularité : ses aperçus sont de tous les temps, et la plupart ont tellement le mérite de l'à-pro-
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pos, qu'on les croirait écrits d'hier. La composition et la marche des partis dans les révolutions, l'influence des capitales sur les empires, la balance du commerce, les lois de l'impôt; un rapide abrégé du droit international de l'Europe depuis la paix de Westphalie, sorte de manuel que consulteront toujours avec fruit ceux qui voudront avoir une juste idée des rapports de la France avec les autres états : tels sont les graves sujets sur lesquels s'exerça tour-à-tour la supériorité de cette haute et lumineuse intelligence.
Si dans le cours de ses recherches politiques, Barnave est appelé à tracer quelques-uns des portraits qui appartiennent, soit à notre révolution, comme ceux de Mirabeau et de Robespierre, soit à l'histoire, comme ceux d'Elisabeth et de Charles II , la hardiesse du pinceau, la vérité de l'expression, la sobriété des couleurs, tout y révèle le grand peintre dont le coup-d'œil est aussi juste que sa main est sûre.
Mais dans cette sphère d'action où Barnave avait vu les hommes de près, il les avait aussi observé avec soin ; les appréciations auxquelles il s'est livré en font foi. Après avoir considéré les agrégations, leurs gouvernemens, leurs lois, il juge les individus, et recherche le mobile de leurs actions ; ainsi, pénétrant dans les profondeurs de l'âme, il examine quelles sont ses facultés, ses qualités, ses vices, ses faiblesses.
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Il souaiet l'esprit au même examen ; il indique ce qui constitue sa grandeur ou son abaissement, ce qui le rend tantôt philosophique et spéculatif, tantôt exclusif et sceptique, tantôt méthodique et universel, grave ou frivole ; il se montre sans pitié pour ses caprices, ses ridicules, ses préjugés ; mais quand il parle de sa marche rapide, et que, suivant ses progrès, il s'élève jusqu'à la hauteur du génie, jusqu'à cette illumination de la pensée, qui enfante les choses dignes de mémoire, et donne la vie aux sublimes ouvrages, il se laisse voir à nu, et manifeste à quel point il est lui-même un grand esprit, une grande lumière ; puis, distinguant avec un discernement parfait l'homme pensant de l'homme sensible, il signale la différence de leurs aperçus, la diversité de leurs jugemens ; l'un, guidé par la raison, l'autre, conduit par le cœur, et tous deux se rencontrant rarement dans une route qui, dès l'abord, semblait cependant devoir leur être commune.
Les femmes n'échappent pas à ses observations ; en exposant les diverses nuances de leur caractère, leur susceptibilité, la finesse de leur tact, il les juge avec peu d'indulgence, ce qui ne s'explique que par l'impression qu'avait dû faire sur lui la corruption élégante, étalée dès ses plus jeunes années à ses regards, par cette partie de la société qui, dans la ville qu'il habitait, avait fourni ses traits les plus saillans, ses tableaux de mœurs les plus scandaleux à l'au-