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teur d'un de ces romans dont la licence fit la principale célébrité ; corruption trop réelle, mais qui, se concentrant dans une sphère très limitée, ne pouvait entrer dans une appréciation philosophique qu'à titre d'exception.
Toutefois, c'était peu d'avoir exposé le principe de nos passions et de nos erreurs, de nos qualités et de nos vices ; il fallait, pour que cette étude présentât toute l'efûcacité dont elle était susceptible, demander, en outre, à la nature de l'homme, à la constitution de la société, des maximes de conduite propres à servir de règle à nos actions, et à nous défendre des écueils contre lesquels se brise trop souvent la fragilité humaine.
Ainsi fitBarnave, et c'est surtout dans cette partie complémentaire de son œuvre que ressort tout ce qu'il y avait d'honnêteté et de candeur dans une âme assez généreuse, assez élevée, assez sûre d'ellemême, pour ne pas craindre, en indiquant aux autres les moyens de s'affermir dans le bien, de dévoiler ses plus secrets mouvemens, et jusqu'à ses plus intimes faiblesses ; admirable et naïf enseignement qui persuade en même temps qu'il éclaire, et communique irrésistiblement, avec le désird'être meilleur, la force et le pouvoir de le devenir !
Mais les observations de Barnave n'avaient pas seulement l'homme moral pour objet, il voulut les porter aussi sur l'homme physique. Ce fut après
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l'époque où nous sommes parvenus^, et pendant sa détention, que s'accomplit principalement ce travail de sa pensée ; l'uniformité de la prison lui permettant comme il le dit lui même, de saisir plus facilement, et dans leurs plus légères nuances, les influences qu'il avait à étudier et à décrire.
Alors Haller avait bien exposé ses savantes théories , mais Cabanis, Bichat ne les avaient pas encore rendues populaires ; " Barnave était complètement étranger aux sciences physiologiques, il ne put donc en recevoir aucun secours ; mais il rendit compte de ce qu'il éprouvait, il constata ce qui résultait de ses impressions, et si quelques-uns de ses aperçus paraissent aujourd'hui aux hommes spéciaux , en opposition avec certaines règles de l'art, le philosophe y trouvera matière à méditation sur l'usage et le ménagement des forces, sur le relâchement et la tension des organes, sur les sens, sur les effets divers de la température, des alimens, de certaines boissons, de l'activité, du repos ; il y recueillera des notions que la science ellemême n'offre pas toujours. On lira surtout avec intérêt et profit des remarques intitulées Hygiène de t esprit., applicables aux savans, aux gens de lettres, à tous ceux qui vivent de la vie intellectuelle.
Selon son habitude, Barnave n" écrivait jamais long-temps sur le même sujet; il variait ses travaux^
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et souvent, dans la même journée, i] passait plusieurs fois d'une matière à l'autre; ainsi il se délassait de ses études toutes politiques ou toutes morales, en se livrant à d'autres études purement littéraires.
Ce qu'il a laissé dans ce dernier genre atteste la pureté de son goût : soit qu'il traite de la didactique, de •la dialectique, ou de la littérature en général ; soit qu'il expose ses idées sur l'éloquence et l'art oratoire, sur l'histoire et sur la manière de l'étudier avec fruit, soit qu'il se délasse à des compositions légères, comme il le fait dans la gracieuse allégorie intitulée : De la Poésie et de la Philosophie , on reconnaît toujours l'écrivain distingué qui s'est formé à l'école des grands maîtres.
Il a même eu le mérite, dans la plupart de ses jugemens littéraires, de devancer son époque.
Ainsij protégés alors par le despotisme philosophique du siècle qui finissait , certains écrivains avaient obtenu sur l'opiniou une puissance qu'ils n'ont pas conservée au même degré ; Barnave, dans son indépendance , les appréciait déjà au point de vue vrai, sous lequel ils nous apparaissent aujourd'hui. Rousseau, Voltaire, Raynal, Diderot, Mably, étaient à ses yeux , il y a un demi-siècle , ce qu'ils sont pour nous à cette heure ; il savait admirer le génie sans s'en laisser éblouir, preuve irrécusable de cette fermeté d'esprit indépendante de toute influence extérieure !
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Et , cependant, Bainave n'écrivait que pour luimême : quelque sujet qu'il traitât , rien n'annonce qu'il eût l'intention de publier un jour ses réflexions; il jetait ses pensées sans ordre, sans suite, avec l'abandon dans lequel elles venaient à lui, mêlées plus souvent sur la même teuille à d'autres pensées relatives à des sujets tout différens ; encore moins les classait-il , et ce n'a pas été un travail facile que de les séparer, puis de les réunir dans un ordre méthodique, de les placer sous des titres généraux, et de les subdiviser en titres secondaires , chaque fois que la matière l'exigeait. C'est ainsi qu'après un demi-siècle, Barnave va nous apparaître sous un jour nouveau, avec son intelligence tout entière, et dans toute la vérité de son âme et de ses idées.
Cette publication de ses œuvres ne renferme pas une ligne qui ne soit de lui ; au fond comme en la forme, aucune modification n'est venue altérer un texte pour lequel le respect a été porté si loin qu'on a laissé subsister jusqu'à des obscurités et des incorrections de langage, toutes les fois qu'on a pu cramdre qu'un changement, si léger qu'il fût, n'atteignît dans sa substance la pensée de l'auteur, ou ne lui ôtât son caractère d'originahté.
Mais pendant qu'il se livrait à ses douces occupations, l'orage grossissait à Paris et répandait sur toute la France un reflet de tristesse et de douleur.
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La nouvelle assemblée , toute composée d'hommes sans expérience, bien qu'animés d'intentions pures, était devenue l'instrument de ceux dont les desseins étaient depuis long-temps arrêtés, et qui cherchaient à précipiter le mouvement révolutionnaire. La guerre étrangère était déclarée ; les massacres d'Avignon avaient eu lieu. Pour pouvoir plus facilement commettre un attentat sur la personne du roi, on l'avait privé de sa garde constitutionnelle, et cette fatale mesure n'avait pas tardé à être suivie de la journée du 20 juin, triste précurseur d'une journée plus fatale encore.
Rien ne peut peindre la consternation de Barnave en apprenant ces tristes évènemens. Il sentit un moment le découragement s'emparer de lui, et il lui fallut pour le surmonter toute la force de sa raison, toute l'énergie de sa confiance dans le triomphe cfe la vraie liberté et dans l'avenir de la France. Ces lignes, qu'il écrivit alors, peignent la situation de son âme : « Quel espace immense franchi dans ces » trois années, et sans que nous puissions nous flat- » ter d'être arrivés au terme ! — Nous avons remué » la terre bien profond, nous avons trouvé un sol » fécond et nouveau, mais combien en est-il sorti » d'exhalaisons corrompues? Combien d'esprit dans » les individus, combien de courage dans la masse ; » mais combien peu de caractère réel, de force » calme et surtout de vertu! — Arrivé sur mes