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nombre desquels on peut être surpris de trouver le nom de Merlin de Thionville. La séance, suspendue à deux heures, fut reprise à cinq et continuée jusqu'à dix. De nouveaux témoins furent entendus; ils le furent encore dans la journée du lendemain; et, par un raffinement de cruauté, comme pour ne laisser aux accusés aucun doute sur le sort qui leur était réservé, les débats furent un moment interrompus pour donner lecture d'un décret de la Convention, qui accordait un supplément de traitement aux exécuteurs des jugemens criminels.
Ge ne fut que dans la soirée de ce second jour que Fouquier-Thinville prit la parole. Il s'arrêta peu aux motifs qui avaient fait mettre Barnave en accusation : ils étaient si frivoles qu'il était impossible d'en faire la base d'une condamnation capitale; car s'il était vrai qu'il eût conseillé au roi de refuser sa sanction aux décrets portés contre les prêtres et contre les émigrés, quel reproche avait-il encouru , puisque ce refus était au nombre des droits garantis au monarque par la constitution? Mais Fouquier-Thinville , comme le président l'avait fait dans le cours des débats, rechercha scrupuleusement les opinions de Barnave à ^Assemblée constituante ; il lui fit surtout un crime de ses rapports sur les colonies ; et, ce qu'il y eut d'étrange, c'est qu'après avoir fait déposer contre lui des colons réfugiés en France , sur l'effet des mouvemens
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que Barnave avait proposé de réprimer à Saint-Domingue, Fouquier argumenta des mêmes témoignages qui avaient servi , peu de jours auparavant , pour faire condamner Brissot par le même tribunal, quoique les opinions de cet ex-conventionnel , accusé également d'avoir causé la perte de Saint-Domingue, eussent toujours été diamétralement contraires à celles de Barnave. Entre autres griefs , Fouquier fut jusqu'à lui reprocher d'avoir parlé au jeune prince royal, pendant le retour de Yarennes, et de lui avoir adressé des complimens.
Rien ne peut se comparer à la violence de ce réquisitoire ; elle fut telle qu'elle indisposa même un public aguerri à ces sortes de spectacles , et qui , pour la plupart, était composé des séides de l'accusateur.
Barnave se défendit lui-même ; il exposa toute sa vie, il en expliqua toutes les circonstances ; et, avec la fierté d'un homme dont la conscience est irréprochable, ill'opposa en défi aux ardentes agressions de son accusateur. Plusieurs fois, il fut interrompu, soit par Fouquier , soit par le président ; mais son énergie, la puissance de sa parole, les réduisaient au silence, et il put terminer cette éloquente improvisation , dont le succès , devant tout autre tribunal , n'eût pas été un moment douteux.
Sa jeunesse, son courage sans ostentation, l'évidence de son innocence, le souvenir de services si
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rêcens encore^ ce langage si digne et si fet-me, firent une profonde impression sur cette foule, plus nombreuse que d'ordinaire, accourue au nom de la victime et que l'attendrissement commençait à gagner ; les jurés eux-mêmes, pour la première fois, sans doute, paraissaient émus ou incertains, et un instant les amis de Barnave, qui suivaient ces débats avec une tendre et inquiète sollicitude, Boissy-d'Anglas, Baillot, osèrent espérer qu'il leur serait rendu.
Mais le président se hâta de comprimer ce mouvement; dans un résumé aussi violent que l'accusation, où le juge s'effaçait devant l'homme de sang, hermann s'abandonna à toutes ses haines : il fit honte au jury de son émotion, et parvint bientôt à lui rendre ces sentimens implacables qui n'admettaient ni justice ni pitié.
Les jurés s'étant retirés immédiatement après dans la salle de leurs délibérations, ils reparurent presque aussitôt et rapportèrent contre les deux accusés la déclaration qui leur était demandée. Ce fut fort avant dans la nuit que l'arrêt de mort fut prononcé.
Barnâve et Duport l'entendirent sans étonnement : forts l'un et l'autre de la vertu des belles âmes, ils conservèrent leur tranquillité, et rentrèrent dans leur prison, s'entretenant avec calme, non d'euxmêmes, ils avaient trop prévu leur sort, mais des malheurs de leur pays.
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Ils n'avaient plus que quelques heures à vivre, pendant lesquelles le généreux Baillot put encore serrer la main de son ami, et à peine purent-ils prendre un peu de repos que le fatal convoi fut prêt. Barnave et Duport furent conduits sur la place de la Révolution, avec trois autres victimes, parmi lesquelles étaient un vénérable curé et sa sœur.
Bien que le public de Paris eût pu s'accoutumer à un spectacle si souvent répété, cependant le nom de Barnave réveilla ses sentimens d humanité ; partout sur son passage, il put entendre des regrets; partout il put voir la tristesse et le deuil.
Monté sur l'échafaud, son inébranlable fermeté ne l'abandonna pas; encore une fois il voulut s'adresser à ce peuple, qui avait eu jadis pour lui, comme il le disait, presque de l'idolâtrie : pour parler à cette foule assemblée il retrouva la chaleur, l'entraînement de ses meilleurs jours; mais on en craignit les effets, il fallut précipiter le moment fatal. Barnave, pressé de terminer, le fit en adressant au ciel des vœux pour la liberté de sa patrie, et quelques secondes après, cette éloquente voix fut éteinte pour toujours, ce noble cœur cessa de battre, cette haute intelligence n'exista plus.
Barnave mourut sans avoir eu la consolation de dire un dernier adieu à sa mère et à sa sœur. Ces femmes infortunées étaient allées deux jours avant, à la commune de Pans, solliciter un nouveau per-
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mis pour se rendre auprès de lui ; on s'attendait à cette démarche; des ordres les avaient prévenues, et au lieu de leur accorder l'autorisation qu'elles sollicitaient, on les y retint prisonnières. Pendant quarante-huit heures d'une douloureuse anxiété on leur laissa tout ignorer. La liberté leur fut enfin rendue, grâce encore aux démarches actives de Baillot, et ce fut en sortant qu'elles apprirent de la bouche d'une sentinelle, le jugement et la fin d'un être si cher.
Cette vie que nous venons de retracer, est pour le moraliste un grand sujet d'étude.
Jeté au miheu d'une révolution à Tàge où la plus généreuse des passions, l'amour du bien, a, comme toutes les autres, ses illusions et ses dangers ; à cet âge où un cœur ardent, une imagination facile à décevoir, la confiance qui naît de l'enthousiasme, l'enivrement de la popularité, tout conspire pour nous faire dépasser le but que nous voulions atteindre , Barnave eut à lutter à la fois contre les évènemens et contre lui-même. Les évènemens ! Il n'était pas en son pouvoir d'en triompher ; mais il sut se vaincre, et c'est là son plus beau titre de gloire. A peine eut-il reconnu qu'il était sorti des voies dans lesquelles un patriotisme éclairé autant que sincère, lui prescrivait de se renfermer, qu'on le vit y rentrer avec un courage prêt à tout braver, résigné à
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tout souffrir. Modèle à présenter à ceux qui, se dévouant à la carrière publique, ne savent point assez avec quelle énergique résolution il faut affronter ses écueils, et quelle abnégation d'eux-mêmes leur impose la nécessité, souvent inévitable, de résister à ses propres entraînemens, de s'élever audessus des partis, au-dessus de son époque.
Barnave, en mourant, n'espéra pas des hommes une prompte justice , il y avait alors trop de passions •, mais il l'espéra du temps. Il eut la confiance que sa mémoire serait un jour réintégrée dans tous ses droits à l'estime publique, et nous, qui sommes la postérité pour lui, rendons-lui le témoignage que cette confiance qui l'aida à bien mourir, n'aura pas été trompée.