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établissemens publics ; Barnave eut uii précepteur. Il apprit de lui le latin , un peu de mathématiques . et plus tard, l'anglais et l'italien. Il cultiva -avec succès les arts d'agrément, la peinture surtout. Insensiblement ses études devinrent plus fortes. La philosophie, le droit public, l'histoire, le captivèrent tout entier, une de ces sciences le délassant alternativement de l'autre, et les utiles enseignemens de l'éducation de famille lui en facilitant la culture, par la vive impulsion et le développement précoce donnés à son intelligence.
Son père, absorbé par les travaux de son état, ne pouvait consacrer beaucoup de temps à ses enfans; c'était leur mère qui s'occupait d'eux avec la sollicitude la plus active et la plus éclairée. Aussi Barnave lui avait-il fait dans son cœur, tout en gardant à son père l'attachement et le respect le plus profonds, une partplusgrande de tendresse et de confiance. Barnave père, cependant, aimait à s'entretenir en famille des évènemeus les plus remarquables de notre histoire; il se plaisait à raconter les actions des grands hommes; alors sa figure froide s'animait; il parlait, il peignait avec chaleur, et l'impression qu'il faisait sur l'esprit de ses jeunes auditeurs était trop vive pour ne pas être durable. Barnave fils ne perdait aucun de ces entretiens.
A féducation du foyer se joignait, pour nourrir et fortifier cette jeune âme, une influence extérieure
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bien propre à agir efficacement sur elle : la population au milieu de laquelle était né et grandissait Barnave/ amie de l'ordre, mais prompte à s'irriter contre toute apparence d'oppression; généreusedans ses sentimens, mais jalouse à l'excès de ses droits, ne laissait échapper aucune occasion de manifester sa haine contre le privilège.
Une circonstance qui en elle-même offrirait peu d'intérêt, si elle n'était un symptôme des dispositions du pays, put frapper l'esprit de Barnave encore enfant :
Sa mère l'avait conduit au spectacle ; toutes les loges étaient prises, une seule restait inoccupée , elle était réservée pour un complaisant décrié du duc de Tonnerre, gouverneur peu aimé de la province. M"" Barnave s'y plaça ; aussitôt le directeur du théâtre, puis l'officier de garde vinrent la prier poliment de se retirer; comme elle ne crut pas devoir déférer à cette invitation, quatre fusiliers lui furent envoyés pour l'intimider; elle résista. Un ami de M. Barnave, qui était dans la salle, courut le prévenir ; il vint, elle le rassura, mais un ordre du gouverneur arriva bientôt, qui enjoignit de faire vider la loge et d'employer la force s'il était nécessaire ; le parterre prenait parti, M. Barnave lui dit : « Je sors par ordre du gouverneur ; » aussitôt toute la bourgeoisie, qui ressentait l'injure faite à un de ses membres , sortit en môme temps; la salle se vida, et quand M. et M"""
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Barnave arrivèrent chez eux , ils trouvèrent , leur maison remplie d'une société nombreuse qui les avait devancés et qui était venue leur témoigner de sa sympathie. Cette soirée se termina par un bal et une collation que M. et M""' Barnave improvisèrent et auxquels les personnes les plus notables de la ville prirent part.
Le duc de Tonnerre écrivit au gouvernement ; il présenta cet événement comme une sorte d'émeute, mais il fut blâmé par la cour, et dès ce moment la police du spectacle, qui jusque là avait appartenu à l'autorité militaire, liiifutôtée et attribuée à l'autorité civile.
Le spectacle demeura long-temps désert; la bourgeoisie faisant corps et animée du même esprit, ne voulut pas y retourner avant que M"*^ Barnave eût reçu satisfaction, et qu'elle y eût elle-même reparu, ce qu'elle fit l'année suivante ;,à la prière des autorités et pour sauver de sa ruine une entreprise à laquelle se liait l'existence de plusieurs familles.
Cet événement se passait en 1770 ; il annonçait déjà ce travail des esprits qui , plus tard , devait se porter sur des objets plus sérieux.
Barnave éprouvait lui-même, et de bien bonne heure, cette impatience de l'injustice, qui ne s'apaise qu'au moyen des réparations qu'elle exige ; il n'avait que seize ans lorsque obéissant àlafois au mou-
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vement a uue affection protectrice et à un préjugé qui existait alors dans toute sa force, il se battit en duel àl'épée pour son frère, moins âgé que lui de deux ans , et qui avait été insulté par un homme dont la vie obscure n'avait pas respecté sa jeunesse. Il fut blessé près du cœur; sa blessure ne fut pas dangereuse , mais une ligne de plus, elle devenait mortelle.
Quelques années plus tard, ce frère qui venait d'être admis dans le génie militaire, et qui montrait des dispositions si remarquables pour les mathématiques , qu'après son examen , l'abbé Bossu dit n'avoir pas vu encore d'élève plus instruit, ce frère, dis-je , tomba gravement malade à Paris. Barnave n'écoutant que son cœur, emprunta de l'argent, partit à franc étrier , sans en prévenir sa famille , qu'il ne voulut point alarmer, arriva auprès de lui, l'entoura, pendant trois mois qu'il vécut encore, des soins les plus tendres et malheureusement les plus infructueux; il ne le quitta qu'après avoir reçu son dernier soupir.
Barnave revint auprès de ses parens pour leur offrir ses consolations. Quelques pages qu'il consacra à la mémoire de ce frère chéri , montrent combien son affection était vive, et combien aussi il la sanctifiait par l'élévation et la pureté de ses sentimens. « Quand une pensée douce vient m'émouvoir, disait- » il , je t'appelle , ô mon frère ! je t'appelle à m ^
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» jouissance; je t'appelle surtout lorsque mou cœur » médite un projet honnête , et c'est en voyant sou- » rire ta physionomie que j'en goûte plus délicieuse- » ment le prix. Souvent tu présides aux pensées qui » viennent animer ma tête avant le sommeil ; je ne » me cache point de toi ; mais il est bien vrai que » lorsque mon âme est occupée de ses faiblesses, je » ne cherche plus tant à l'appeler; alors, je ne te » vois plus sourire... Oh ! ta belle physionomie est » pour moi un guide plus certain que toute la morale » des hommes ! »
Une perte si douloureuse rendit le caractère de Barnave plus sérieux et réfléchi, quoiqu'il le fût déjà beaucoup, car de bonne heure il avait habitué son esprit à la méditation , en consignant par écrit ses jugemens sur les hommes et sur les choses. Nous avons de lui un recueil rédigé dans le cours de l'année 1781, qu'il avait intitulé : Dictionnaire de pensées, ou Recueil de morale , de philosophie , de poésie, de sublime, de frivole, d'exact, d'inexact , de vrai, de faux, de conjectural, rangé par ordre alphabétique. Barnave avait vingt ans. On est surpris de trouver dans ces pages autant de pensées fortes et vraies, autant d'aperçus fins, et qui annoncent une maturité d'esprit si supérieure à celle qu'on a d'ordinaire à cet âge; et cependant, comme il ne mettait personne dans la confidence de ses études