CHAPITRE VIL
Après le retour de Varennes. — Question d'inviolabilité»
Après le retour de Varennes, on s'occupa du parti à prendre sur la situation des choses, sur la constitution, sur la personne du roi ; et, après les premières mesures nécessaires, les comités furent chargés de préparer, de concert, les mesures définitives que l'assemblée aurait à adopter.
Si le résultat des diverses opinions se bornait à deux partis, c'est-à-dire à admettre ou à rejeter, dans le cas qui se présentait, l'application du principe de l'inviolabilité, les motifs de ceux qui voulaient frapper et anéantir, au moins politiquement, la personne de Louis XVI , étaient d'une nature très différente.
Il paraît que MM. Pétion, Sieyes, Buzot, etc., se proposaient de substituer, au pouvoir exécutif royal, un conseil électif, de commencer à établir le gouvernement républicain de fait, comme un acheminement à le constituer de droit ; en un mot, de tirer de la circonstance où nous nous trouvions, le résultat qui a succédé depuis à la révolution du 10 août. Toutes leurs opinions , dans les comités, tendaient à insinuer cette mesuie.
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D'autres avaient un objet très diffërenl; voici un fait qui, appuyé de plusieurs autres que je rappellerai bientôt, peut servir à l'indiquer : M. Beaumets ayant un jour développé dans les comités les motifs qui appuyaient le système de l'inviolalillité, et ayant surtout peint avec énergie limpossibilité de mettre , à la place de Louis XYI , im gérant qui pût rallier à lui la confiance pul)lique, M. Sillery parut choqué de cette opinion; il dit que, à la vérité , M. dOrléans avait déclaré, par un écrit public, que, si la régence lui était proposée, il ne l'accepterait pas, et qu'il n'était plus possible de songer à lui, mais que ?»i. de Chartres n'avait rien refusé, et que, quoiqu'il fût très jeime encore, ses heureuses dispositions pouvaient suppléer à làge.
Les cinquante ou soixante députés qui étaient présens parurent . pour la plupart, si frappés de cette observation, qu il est difficile de croire que plusieurs ne s'en rappellent pas encore.
Quant à M. Robespierre, qui s'opposa alors avec non moins d'énergie que ceux que je viens de nommer, à l'application du principe de l'inviolabilité, on pourrait croire qu'il avait aussi son système particulier, si l'on donnait quelque importance aux idées de dictature, de tribunal, qui étaient alors très répandues parmi les plus animés de ses partisans , et dont quelque connaissance
parvint jusqu'à l'assemblée; mais, quoique les mêmes soupçons aient, depuis, fortement occupé les leprésenlans du peuple, on crut alors pouvoir, sans danger, n'y donner aucune attention.
Ceux qui tenaient à l'application du principe de l'inviolabilité, et dont le sentiment prévalut, voulaient le maintien de la conslitulion , el, n'apercevant, ni dans aucune loi existaïue, ni dans l'intérêt national, les motifs d'éloigner Louis XVÎ du trône, ils crurent que leur devoir étiùt de l'y maintenir.
Paris, qui, depuis le départ du roi, n'avait cessé d'offrir le tableau du calme le j)îus iniposanî, fut menacé de quelques troubles à 1 approche de la délibération qui devait prononcer sur l'inviolabilité ; ce n'est pas que la presque unanimité des citoyens lie fût fort tranquille ; mais les jacobins, livrés aux différcns partis qui espéraient faire triompher leur système sur la condamnation de Louis XVI, étaient violemment agités. On était parvenu à soulever un assez grand nombre d'ouvriers occupés aux différens ateliers près de Paris, gens qui, quoique tous sans propiiété, la plupart sans patrie connue , et , suivant ce qu'on avait cru jusqu'alors, sans lumières politiques, parurent cependant attacher un grand intérêt à obtenir la punition du tyran.
L'assemblée nationale ne prononça pas moins,
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le 15 juillet, par une délibération presque unanime, conformément aux lois établies et à l'intérêt national.
Tandis que Paris applaudissait à ce décret qui fut ])ienlôt confirmé par les adresses de remercîment de toutes les parties du royaume, les jacobins s'en indignèrent ; ils proclamèrent hautement l'insurrection, ils admirent , dans leur sein, une jnultilude d'ouvriers qu'ils appelèrent la nation, et les invitèrent à la révolte ; ils rédigèrent cette trop fameuse pétition dont le dernier article était une protestation formelle contre la loi. et qui occasionna bientôt après la malheureuse affaire du Ch;imp-de-Mars.
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