SUR LES CONVENTIONS NATIONALES
lorsqu'il aura été constaté sur le papier, aurezvous donc une assemblée de héros poui' résister à cette provocation imprudente? N'ayez- vous pas vous-mêmes appelé une insurrection? Le peuple a consenti à vos décrets, quoiqu'en apparence son vœu eût été auparavant contraire ; mais ce vœu n'avait été émis ni formulé, mais luimême l'ignorait encore ; mais il attendait la parole des législateurs pour se décider. Et au contraire quand il aura émis son vœu en assemblée, quand il aura dit en majorité : Je pense ainsi , espérez-vous qu'il obéisse alors? Espérez-vous faire entrer dans l'esprit du peuple des idées tellement fines que vous puissiez lui faire concevoir qu'une pétition de la majorité des citoyens actifs n'est véritablement qu'une pétition? Quoi, vous lui aurez dit qu'il est souverain, et vous lui direz après que la majorité des voix n'est pas la volonté publique ! Quoi , vous lui aurez dit qu'il est souverain, vous lui aurez demandé son avis, et vous voudrez après, vous, au nombre de douze cents, détruire l'opinion signée de plus de deux millions d hommes ! Cela n'est pas possible. Ce n'est pas là qu'est la sagesse , la connaissance du cœur humain et des véritables gouvernemens.
Le peuple est souverain, mais les représcn-
2S4 DISCOUR DE BARNAVE.
tans peuvent seuls agir pour lui, parce que son propre intérêt est presque toujours attaché à des vérités politiques dont il ne peut pas avoir la connaissance nette et profonde. Ne l'excitez donc pas , ne le forcez donc pas à se mêler à ces travaux par un mode dangereux pour lui. Appelezle par sa véritable manière d'exprimer sa volonté, par les élections ; c'est en nommant l'homme en qui il a confiance , dont les lumières sont claires l)our lui, dont la pureté lui est connue, qu'il exprime vraiment son vœu; c'est ainsi qu'il fait son bonheur; tout autre moyen est absurde et insuffisant. Or, ce vœu là , vous l'aurez quand vous déclarerez que l'opinion uniforme de trois ou quatre législatures successives sera nécessaire pour corriger un article de constitution.
Par là , vous aurez empêché que la législature avec l'assentiment du roi, ne dépasse ses pouvoirs, forcée par la nécessité de réformer une chose évidemment mauvaise , si ce n'est par l'appel d'un pouvoir constituant que la nation entière réprouverait : par là enfin, vous aurez rendu rare, et vous aurez repoussé à jamais , du moins de notre âge , le renouvellement de ces pouvoirs constituans , moyens extrêmes , nécessaires pour affranchir un peuple opprimé, mais dont la liberté constitutionnelle , assurée par les délibérations publi-
qiies , doit préserver le retour. Vous n'avez pas le droit de les provoquer , car vous attenteriez à la souveraineté du peuple, car la nation vous a chargé de faire son Ijonheur , et vous la livreriez à une suite de convulsions destructives de toute liberté véritable et de toute prospérité. Je demande, sans m'expliquer d'avance sur les amendeniens qui pourraient être faits, la priorité pour la motion de M. Dandré.