‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 67 sur 139 · XI · texte numérisé non relu

XI

Une des choses qui nous manquent le plus, c'est un certain nombre d'hommes appropriés pour composer nos assemjjlées nationales , ce qui sera très long à se former.

Aujourd'hui , indépendamment des clul)isles , on ne peut voir dans les députés des déparlemens qu'une classe de gens ignorans et simples , qui vont se livrer à toutes les embûches des intrigans de Paris.

IG RÉPLBXTOJÎS POLITIQUES

Sxn.

Différentes issues de la guerre.

13 mai 1792,

Si nous avions de grands succès, si nous faisions soulever toutes les provinces belges , si nous pénétrions en Allemagne et nous y soutenions long-temps, — il est difficile de prévoir où ces cvènemens conduiraient.

Il est possible qu'après avoir fait la guerre quelque temps, je veux dire pendant cette année , avec des succès partagés, les deux parties, fatiguées de la situation de leurs finances, s'apcrcevanl que celte guerre est contre leur intérêt commmi , finisssent par une paix dont les conditions réciproques seraient, de la part des étrangers, la reconnaissance de notre constitution, le traité des indemnités avec les propriétaires d'Alsace, et , de notre part , une espèce damnistie décemment exprimée envers les princes et les émigrés.

Il est possiljle aussi que les ennemis aient de grands succès dans leur invasion; qu'ils })énètrent au sein «le la France

SÎJR LA RÉVOLUTION. 17

Si le peuple de Paris demaiulait à tout prix la paix, que ferait l'assemblée?

Transigerai t-ou sur la constitution? Une telle transaction serait-elle durable? — Cela se pourrait, si la guerre avait été très longue et que la nation fût fatiguée de ses malbeurs, — alors on ferait regarder la guerre comme l'ouvrage d'un parti. Ce ne serait pas la nation, ce serait ce parti qui aurait été forcé de rétrograder. — Mais de quelque voile qu'on pût couvrir cet acte qui établirait la nation française dépendante des états qui l'auraient réduite à transiger, il en subsisterait le germe d'une nouvelle révolution.

Une transaction qui n'aurait pas été précédée par de grands malheurs ne durerait qu'un moment. Une transaction que de longs revers auraient précédée pourrait-elle n'avoir lieu que sur la constitution? Les puissances qui nous y contraindraient , n'exigeraient-elles pas en même temps, ou en argent ou en territoire, le dédommagement de leurs efforts, et sous quel prétexte alors ceux qui ne regarderaient l'intégrité de la constitution que comme la passion d'un parti, sous quel prétexte pourraient-ils justifier la cession du territoire, ou l'espèce de tribut qu'on pourrait mettre à la place?... Comment pourraient-ils croire qu'un traité fondé sur ces conditions durerait plus long-temps que le senti-

ig RÉFLEXIONS POLITIQUES

ment d'affaissement dont il aurait été l'ouvrage?

Cette chance peut aussi se terminer d'une manière très heureuse; le roi peut se mettre à la tête de l'armée, chasser l'ennemi, se réconcilier ainsi avec la nation et bannir à jamais toutes les méfiances.

Enfin, si les ennemis obtenaient des avantages sans mesure, ils pourraient vouloir faire une contre-révolution absolue, elle ne durerait qu'un moment.

Où sont les forces pour contenir la nation entière ? Si Ton satisfait le clergé et la noblesse , on aliène toute la nation. — Si on ne les satisfait pas, où est la partie intéressée à maintenir ce nouvel état de choses?

Il faudrait donc couvrir le royaume de soldats allemands; mais combien n'en faudrait-il pas, combien de moyens d'amollir et de dissoudre cette force étrangère dans cette chaleur que la révolution a répandue sur toute la surface de la France et qui ne s'éteindra pas de long-temps ; mais combien de moyens de l'exterminer dans cette innombrable armée nationale, accoutumée à la guerre par ses malheurs mômes, et furieuse de ses défaites.

SUR LA RËVOLUTIOR. 19

§ xra.

Politique de la faction dominante.

Ceux qui la composent tiennent le peuple constamment en émotion pour le trouver toujours prêt à seconder leurs vues pour une seconde révolution. Ils le remplissent de méfiance et de terreur sur des dangers imaginaires pour l'aveugler et l'étourdir sur les dangers réels dont ils l'environnent.

Ils ne cessent d'imaginer des complots pour occuper l'attention publique et servir de voile aux complots réels auxquels ils travaillent. Ils supposent de grandes conspirations pour se faire armer d'un pouvoir redoutable et se faire autoriser à des mesures extraordinaires contre les conspirateurs. De là, les moyens de perdre tous les hommes dont ils redoutent le courage, et d'entraîner le corps législatif à des résolutions qui anéantissent la constitution pièce h pièce, en feignant de la respecter.

§xiv.

Quelle doit être la marche des gens de bien ? Profiter de la crise où les scélérats nous ont

placés, et acquérir, en luttant contre l'ennemi, la force et le crédit nécessaires pour maintenir la constitution.

Les factieux se servent des momens de danger pour exciter le peuple à des haines violentes et à des actions désespérées. Les gens de bien doivent s'en servir pour rallier à eux la nation par de grands services.

Aujourd hui qu'on est rassasié de discours, la nation ne peut plus s'intéresser qu'à des victoires : elle s'y intéressera surtout quand des revers inévitables les auront fait juger aussi difficiles que nécessaires.

A Rome, c'était la guerre qui calmait le peuple ; c'était la guerre qui faisait déchoir le crédit des tribuns et qui transportait toute leur popularité aux généraux, sauveurs de la république.

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