‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 71 sur 139 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La révolution étant devenue inévitable, comment on eût pu la modérer»

On peut attribuer toute la révolution française aux progrès de la civilisation, des lumières et de l'industrie ; car c'est celte cause qui , en élevant le tiers-état, augmentant son aisance, son instruction, sa fierté, a rendu inévitable une révolution démocratique. C'est elle qui a donné ce grand pouvoir à l'opinion publique, et qui a rendu nécessaire un gouvernement délibérant.

Le gouvernement voyait arriver à lui ces deux puissances : le tiers-état, l'opinion; pour prévenir la révolution, il eût fallu, ou les faire rétrograder, ou négocier avec elles; car, lorsqu'on a un puissant ennemi, il faut, ou travailler à le détruire, ou s'accommoder avec lui, si Ion ne veut pas qu'il nous détruise lui-même. Si nous sommes en possession du pouvoir, et si cet ennemi est dans une progression croissante, le meilleur moment pour traiter est celui où notre supériorité est encore immense, et où il n"a pas encore essayé ses forces.

Mais comment faire rétrograder le tiers-état? il eût fallu l'appauvrir, lui ravir son industrie, ce qui n'était pas possijjle ; comment faire rétrograder l'opinion? il eût fallu ramener l'ignorance, éteindre le génie, ce qui était également impossible.

Un gouvernement jaloux et destructeur ralenti l le progrès de ces choses; mais, dès qu'elles ont pris une si grande consistance , il ne lui est plus possible de les faire reculer. Qu'ont produit les efforts inouis qu'on a tentés contie la circulalion de certains ouvrages pendant les dernières années de l'ancien régime ? comment poursuivre et punir des crimes dont la nation entière est complice?

Il eût donc fallu négocier avec le tiers-état et avec l'opinion. Négocier avec le tiers-état, c'était ouvrir l'accès le plus facile aux ennoblissemens ; effacer, loin de les fortifier, les classes et les distinctions dans la noblesse elle-même; admettre le tiers-état à tous les emplois publics, en s'en réservant la nomination ; faire, peu à peu, disparaître la distinction des taillables et des non-tail labiés, réta])lir les finances par la suppression des privilèges pécuniaires, affaiblir les tribunaux supérieurs en fortifiant les inférieurs.

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