‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 86 sur 139 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Parallèle de notre révolution avec celle quî conduisit Charles !«' à l'échafaud.

Il y a eu de part et d'autre trois couches de patriotes.

D'un côté , Strafford , les presbytériens et les indépendans : de l'autre , Mounier, les constitutionnels et les répu])licains.

M. de Lally ayant fait sa tragédie de Strafford,

semblait avoir pressenti cette analogie par l'intérêt qu'il donnait à un homme qui avait occupé la place correspondante à la sienne.

Le résultat de noire lévolution eût été le même si le fanatisme religieux y avait eu le même ascendant , et si nos républicains eussent été d'autres hommes. Ils n'ont jamais eu qu'une existence de libellistes; ils se sont avilis eux-mêmes.

En général , il y a une grande différence entre les caractères de la révolution anglaise et ceux de la nôtre. La révolution française a été subite et a succédé , par intervalle , au plus grand avilissement moral; l'Angleterre a été plus isolée que nous dans sa révolution et encore moins soumise à l'influence de l'étranger. Elle n'a été dirigée jusqu'au dernier moment que contre l'aristocratie ecclésiastique , quoique la plupart des nobles fussent royalistes.

Les Anglais avaient de moins les tribunes, ils eurent de plus l'inlluence de l'armée après la guerre civile.

Nos journaux et nos clubs correspondent à leurs prédicateurs , intermédiaires entie les chefs et le peuple.

Quand Charles II revint , les choses se trouvèrent presque sur l'ancien pied, parce que le parlement et la piérogalive du roi étaient des choses anciennes et établies par 1 usage , de sorte qu'a-

lors et depuis , les communes ne gagnèrent que modérément sur la puissance royale ; mais chez nous on a fait à neuf; on n'avait aucune habitude influente, aucun usage établi h consulter; on a fondé sur le droit naturel, et les pouvoirs de l'assemblée nationale ainsi que ceux du roi n'ont été réglés que par une opinion indépendante. La seule chose à laquelle nos usages et le vœu national parussent astreindre, était la conservation de la monarchie.

Les émigrations sont une des circonstances les plus remarquables de notre révolution. Elles peuvent se comparer aux croisades par le fanatisme et l'appauvrissement des nol)les; elles leur ont fait bien plus de mal que le fameux décret du 19 juin.

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