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LIX

Du ressentiment d'un tort réel.

Un ressentiment aigre et verbeux engage la querelle ; on y répond et son effet est perdu.

Un ressentiment en éclat passe pour vengeance, on se tient pour quitte.

Un ressentiment puissant et terrible subjugue.

Un ressentiment contenu , mêlé de mépris, de générosité, de sensibilité, de force est le plus propre à ramener.

S'il entre aisément en accommodement, il soulage celui qui en est l'objet , et perd toute sa force.

Si c'est un mépris implacable, il pourra désespérer, mais il fixera dans le mal.

Le ressentiment qui conduit h la tranquillité est bien imbécile , et celui qui conduit à la révolte bien peu mesuré. C'est un mélange de sensibilité,

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de noblesse et de force qui, entretenant l'inquiéliide prépare le retour.

De Tatilité de ne pas se laisser pénétrer.

Vos rivaux ou vos ennemis irréconciliables feignent de se rapprocher de vous pour pénétrer vos pensées, vos projets et vos moyens.

En général, en faisant connaître ses moyens on les détruit, en faisant croire qu'on nen a pas on perd sa considération, et personne ne peut vous reprocher une manière mêlée de réserve et de confiance en vos forces.

Le moment où vos moyens sont le plus faibles est celui où il importe le plus que vos ennemis ne les connaissent pas. Ils ne manqueraient pas d'en profiter pour vous frapper le coup de mort, tandis que- souvent on les retient seulement par sa bonne contenance.

Si le mensonge fait mépriser, rien ne fait perdre autant la considération qu'une confiance indiscrète ; elle vous dégrade, même auprès de ceux avec qui vous 1 employez. Nul ne sait gré d'un secret qu'il a surpris par adresse ou qu'on lui a

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dit sans confiance, et peu se l'ont un devoir de le garder.

Ceux qui veulent surprendre votre secret ont différens moyens. Quelquefois ils feignent de le savoir et par leur assurance, ils vous placent dans l'alternative, ou de l'avouer, ou de proférer nettement un mensonge à celui à qui la vérité toute entière paraît connue.

Quelquefois ils paraissent penser comme vous, former les mêmes vœux, et par là ils cherchent à vous engager à la confiance, et à connaître vos vues et vos moyens.

Quelquefois ils se serviront de votre amourpropre pour vous engager à étaler tous vos avantages; ils vous flatteront, ils seront en admiration devant vous, ils prendront le plus vif intérêt à vous, et cependant ils feront des bévues grossières dans l'espérance qu'en les relevant vous leur apprendrez ce qu'ils veulent savoir. Ils paraîtront inquiets sur vos moyens pour vous donner occasion de les établir ou du moins de témoigner que vous en avez beaucoup; ils vous indiqueront et vous conseilleront les choses qu'ils pensent que vous avez faites ou que vous voulez faire, afin qu'en en revendiquant le mérite et l'invention , vous leur appreniez que cela est déjà fait ou projeté. Ils paraîtront toujours, quoiqu'en admirant, n'être instruits que de beaucoup moins que la vë-

rite, afin que vous leur lassiez voir qu'ils s'étonnent de peu et qu'il y a l)eaucoup encore audelà.

Quelquefois ils se serviront de votre amourpropre, mais en l irritant, en le courrouçant par la contradiction, parles défis et l'affectation du dédain, espérant que vous vous découvrirez par les preuves que vous donnerez dans la dispute, par les menaces que vous ferez, par tout ce que vous serez entraîné à dire pour le plaisir de les confondre.

Quelques autres passions, comme 1 amour-propre, sont susceptibles de se livrer à l'épanchement et à l'abandon, lorsqu'elles sont flattées, et h Tindiscrétion de la colère, lorsqu'elles sont contredites.

Ceux qui veulent pénétrer un secret se servent aussi de la surprise et du premier mouvement ; ils annoncent sans préparation la nouvelle qui doit produire la plus vive émotion; dans le cas oii le secret qu'ils supposent serait réel, ils prononcent inopinément un nom qui doit réveiller les passions les plus vives; ils diront des choses par lesquelles , si le secret existe, vous devez croire qu'il est connu.

Au milieu des mouvemens qu'ils cherchent à faire naître, tantôt ils feindront ime grande distraction, afin que ne vous croyant point observé.

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VOUS leur laissiez un plus libre cours ; tantôt ils affecteront de vous observer et vous laisseront apercevoir qu'ils vous soupçonnent ou vous devinent, pour que l'embarras ou le trouble achève d'éclairer le sens de la première émotion.

L'air mystérieux est la moitié de la divulgation d'un secret ; les efforts affectés que l'on fait pour en éloigner l'idée sont aussi un moyen de le trahir. Le moyen de le dérober, c'est qu'il ne produise rien d'extraordinaire, c'est d'être comme sil n'existait pas.

Les gens de bien ont un grand avantage dans le ménagement de leur secret, c'est que n'ayant rien d'incompatible avec leurs principes avoués, et leur conduite publique n'étant ordinairement que la partie la plus intime de leurs plans homogènes, et pour ainsi dire les racines d'un arbre dont le tronc et les rameaux sont en dehors, ce qu'ils avouent suffit la plupart du temps pour expliquer et pour motiver tout ce qu'ils peuvent faire en faveur de leurs idées les plus secrètes.

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