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CHAPITRE XI

Sujets diverf.

Du people.

Partout la foule est ignorante et superficielle ; mais selon le caractère des lieux , des peuples , des choses. Elle l'est ici avec vanité^ là avec bonhomie, ailleurs avec brutalité.

De la multitude.

Il faut considérer la multitude comme mineure, et certains de ses droits comme inaliénables, ou elle les aliénerait chaque jour.

§ ni.

Des Français.

La France est le pays où il éclot le plus d'idées et où on en lire le moins parti.

ÉTUDES SUR L'nOîlIME. 271

L'instabilité, la légèreté du caractère n'en est pas la seule cause.

C'est aussi qu'avec toute son énergie, il y a chez le Français un certain contre-poids dans les forces, une certaine faiblesse ou douceur dans les caractères, une certaine distraction dans les objets, une certaine brièveté dans les volontés ; il y a enfin une certaine insouciance des grandes choses , après l'instant d'enthousiasme.

Le Français manque de caractère, mais aussi, excepté la portion gangrenée, qui pourtant est la moindre, il en manque également pour le mal. Un rien le détermine et le change, l'abat et le relève; par lui-même il ne ferait guère que des folies, mais bien mené par de lionnes têtes, il leur prêtera main- for te. Seulement dans ce qui est action, il faut en attendre peu d'exactitude et de suite. Et généralement incapable de prévoir et de combiner, il se déterminera plus sur la confiance, l'amour, les préventions et les procédés que sur le fond des choses.

S IV

Quelques aperçus sur la marche de l'opinion en France.

L'opinion publique en masse est honnêtp ; elle

272v ÉTUDES SUR L'homme.

est presque toujours égarée au commencement, sujette à l'exaltation, et alors folle ou suljlime; mais l'enthousiasme est court, sa chaleur cesse et se détourne facilement; dangereuse à heurter de front, très facile à détourner, ce qui reste après les enthousiasmes bons et vrais , est une opinion intérieure, incapable d'effets violens, qui est, à la vérité, le jugement définitif, mais qui n'est presque qu'un jugement.

Il résulte de là que l'opinion pubhque n'a en France que quelques effets de détail, prompts et momentanés; variable, elle n'a ensuite qu'une influence extrêmement lente sur les grandes choses.

Influence des mœurs anglaises sur les nôtres.

Cette réputation si sui'prenante, sans être peutêtre exagérée, à laquelle était parvenu le peuple anglais, a sensiblement influé sur nos mœurs. Abstraction faite des modes, de l'extérieur, des formes apparentes, l'imitation a modiiié notre caractère, nos occupations et nos goûts. Des mêmes hommes, dont nous avons emprunté les larges cols, les couleurs sombres, la propreté sim-

pie, et l'uni modeste joint h la finesse la plus recherchée, nous tenons aussi jusqu'à un certain point le silence contempteur, le penchant pour les connaissances graves, et ce changement dans le goût qui nous fait préférer le pittoresque au gracieux, et la beauté des effets au fini de la manière.

Il est certain que ces habitudes d'un peuple qui , naissant dans la capitale, se communiquent ensuite aux provinces et modifient la masse entière, il est certain, dis-je, qu'écloses dans un tourbillon agité par mille impulsions diverses, dans mille directions contraires, au sein d'une sphère d'activité si compliquée et si confuse, elles ont reçu d'un grand nombre de moteurs, la détermination combinée de leur course, et qu'une foule de principes ont préparé leur force, leur durée, leur manière d'être. Mais chez un peuple vain, le désir de s'attribuer le caractère d'un autre peuple qu'il admire, est au nombre des plus actifs de ces principes. Ce serait ici le cas d'analyser tout ce que nos usages tiennent de cette influence, mais c'est assez d'avoir indiqué la source pour l'aire discerner les effets, et ce serait entreprendre un livre que de tenter de les développer.

274 ÈTODES SLR L'HOMME.

§vi.

De la séparatioa des diverses classes de la société.

Ce n'est pas seulement la vanité qui, en France, sépare les diverses classes de la société ; c'est plus encore la grande différence d'éducation, d'instruction, de caractère, de ton, de politesse ; différences qui, au reste, paraissent diminuer tous les jours.

La force de ces différences, plus considérable en France que chez la plupart des autres nations, peut provenir de la perfection des qualités sociales de ce peuple, qui, très grande dans les hautes classes et diminuant progressivement jusqu'aux dernières, met entre celles qui sont séparées par quelque intervalle, une différence très sensible et insupportable pour celles d'en haut.

Je n'entends point dire ici que les qualités sociales soient précisément en raison des dignités ; il est des causes particulières qui sortent certaines professions de la place que cette loi leur assignerait.

Les autres peuples ayant moins généralement de ces qualités sociales et éprouvant moins le besoin de les trouver dans les personnes avec qui

ÉTUDES SUR l'homme. 275

ils traitent, les différences d'une classe h une autre y sont plus légère^ et senties avec moins de répugnance.

En Angleterre, l'aisance générale, l'intérêt et l'influence de tout le peuple dans le gouvernement, rapprochent considérablement les diverses classes; quant au caractère et à l'instruction, comme quant à la considération, ces causes et d'autres les rapprochent aussi dans la société.

S vu.

Des expatriations.

La facilité des expatriations sert le despotisme. Le commerce, la civilisation générale, plusieurs autres causes ont rendu aujourd'hui celte facilité très grande.

Le propriétaire foncier est ennemi des guerres civiles, les autres citoyens vont chercher ailleurs la justice et la liberté. L'état s'appauvrit et se dépeuple , mais il ne se révolte pas.

L'homme qui quitte sa patrie est pour l'ordinaire celui qui l'aurait troublée; c'est la transpiration qui prévient la fièvre.

27G ÉTUDES SIR L'ilOMME.

§vm.

Da laxe.

Il y a plusieurs sortes de luxes : luxe de volupté, luxe de vanité, luxe de séduction, luxe de frivolité, etc., etc.

Le premier, sans doute le plus sage, est. en France, subordonné aux autres. Il est presque le seul connu dans rAmérique septentrionale : il domine en Angleterre; lltalie, l'Espagne l'ignorent.

Le deuxième est le nôtre, il comporte bien des subdivisions: il est public, privé; il est dangereux et de vanité proprement dite. Les anciens et les Anglais ont cultivé le luxe pul)lic, nous ne connaissons aujourd'hui que le privé ; celui d'orgueil domine en Russie.

Le troisième est l'ouvrage de la coquetterie réciproque des deux sexes: il emljrasse dans ses diverses branches des portions de chacun des autres.

Le luxe, produit du caprice bizarre, de la variable fantaisie, est celui que je nomme de frivolité; il résulte de l'inoccupation des espriis, de l'ennui du riche, de l'absence des grands intérêts; il rentre aussi dans les diverses autres classes,

ÉTUDES SUR l'homme. 277

selon les divers objets auxquels se livre l'homme frivole dans le choix de ses hochets.

Mais tel est l'empire et riniîuonce de notre luxe en général, que devenu objet de besoin par l'habitude, devenu décence publique et représentation indispensable, nous nous ruinons par né<(\ssité; les capitaux se dissipent, quoique la portion du revenu affectée au superflu, usurpe chaque jour sur celle qui fournit le nécessaire.

En devenant générai, le luxe devient décence, et en devenant habituel, il devient besoin.

Nous avons depuis quelque temps, adopté un certain luxe de volupté sans abandonner celui d'un autre genre, d'où surcroit.

La variété, la succession rapide des objets de luxe, ont reçu depuis quelque temps, une augmentation surprenante.

Le rapprochement des rangs a encouragé le petit à adopter le luxe du grand, et le grand a dû avancer encore pour conserN er une distance ; progression qui ne s'arrête plus, car cette curieuse modestie de condition soublie chaque jour.

La dépravation, qui de plus en plus attache à l'or la considération, réduit les passions à la vanité et à l'amour du plaisir.

Les fortunes de finance, le gain des mines de tout genre, des courtisanes et gens de cet ordre, avancent le luxe. Ces gens Tétaient parce qu'il est

278 ÉTUDES SUR l'homme.

toute leur considération, parce que l'or facilement acquis est facilement versé, et les honnêtes gens se prennent d'une lausse fierté qui les ruine, en se plaçant à côté de toute celle horde !

§ IX

De l'élégance.

L'élégance est la combinaison de la grâce et de la richesse unies. Dans l'expression de richesse, je comprends tout ce qui est éclat et pompe.

De la loi.

Lîi loi est synonyme de règle ; elle est le prototype suivant lequel certains êtres doivent être modifiés, en vertu d une certaine puissance.

La loi est, dans diverses acceptions : 1° l'expression de ce qu'en vertu d'une certaine impulsion cfiicace, certains êtres sont obligés dexécuter ; 2" la force même qui les contraint à exécuter certains actes.

ÉTUDES SUR l'homme. 279

S XL

De la vérité.

Axiome.

Lorsque deux choses sont vraies, l'exclusion de la vérité de l'une par celle de l'autre, n'est qu'apparente et elles sont conciliables.

Si elles sont inconciliables, l'une des deux ou toutes deux sont nécessairement fausses.

Mais il est plus facile, pour l'ordinaire, de s'assurer des deux vérités que de leur inconciliabilité.

§ xu.

De la liberté.

La liberté est le pouvoir d'agir, sans être retenu par une contrainte artificielle ou réelle.

§ xm.

Effet des grandes qualités.

Quelque peu que certaines grandes qualités excitent l'émulation'des hommes, elles n'en excitent pas moins leur haine.

280 ETUDES SLR LHOMME.

§ XIII

FDcs dettes.

Le monde est plein de gens qui laissent languir les dettes les plus fâcheuses, et qui, cependant, satisfont à une dépense courante fort considérable. C'est que, d'une part, il n'y a que la probité qui les sollicite h les payer, et que de l'autre, le plaisir, la considération et la vanité leur offrent une séduction irrésistible. -^

§xiv.

Du commerce des sols.

Le commerce des sols tue le génie. Leurs éloges bornent le talent; leur exemple satisfait l'orgueil, laisse l'émulation s'endormir, réveille la paresse et toutes les petites maximes qui les ont fait ce qu'ils sont.

SECONDE PARTIE

De rUoiuine ithysiqiie.

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