XX
Da mal.
Telle action, telle conduite trouve toujours des critiques dans la société. Inutilement te flatterais-tu de te concilier tous les suffrages à chaque moment ; tu te tromperais aussi , si de quelques suffrages ouverts ou secrets , tu concluais qu'un acte vil n'est pas odieux à la société. Mais je t'annonce quà faire le mal avec intention, lu renconcontreras toujours ruine.
Je te le dis, une philosophie moyenne fait l'homme sans frein; une philosophie complète fait l'honnête homme, car le philosophe connaît les charmes du monde et n'aventure rien.
Fondée sur la probité, ta conscience te laisse le choix de tes plaisirs ; ils dépendent trop de tes organes, de tes habitudes, de tes circonstances. Tends au bonheur, en te défiant des mois, car ce qu'ils ont appelé douleurs etplaisirsnc sont pas toujours les plus vifs, les plus durables et les plus sûrs.
S XXI
Des hommes méchans.
Les hommes méchans sont très différons des
ÉTUDES SUR l'homme. IQîf
fripons, quoique l'envie et le désir de nuire puissent leur faire commettre mille lâchetés.
L'homme méchant est rongé par une maladie intérieure. Ses joues sont creuses, ses gros yeux caves ne s'animent que par le plaisir de nuire ou par l'expression de la haine. Alors ils étincellent, ils semhlent sortir de leur orhite. Le méchant est soupçonneux, pointilleux , ou il feint de l'être pour acquérir le droit de se venger. Cet homme n'existe point par son bonheur et ses chagrins, il ne sent la vie que par le bonheur et le chagrin des autres. S'il paraît servir quelques-uns, croyez que c'est pour nuire à ceux qu'il hait davantage; s'il soutient une réputation, c'est pour en abattre une qui lui est plus odieuse; ses propres affaires échouent la plupart du temps par les écarts de la passion qui l'entraîne. Il porte avec lui le malheur et r inquiétude, et veut les répandre partout, sa figure seule l'inspire, il a beaucoup de peine à polir ses dehors et n'y réussit pas pour longtemps, son naturel se fait jour. Il a quelquefois la volonté de la dissimulation, mais il n'en a pas la puissance; une certaine tristesse saisit à son approche, un enfant le fuit et le redoute malgré ses caresses.
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S xxu.
Saite.
Le scélérat peu consommé se reconnaît aisément : il se déconcerte. Si on le fixe, il pense qu'on le soupçonne; il tremble, il pâlit; il se cache mal adroitement; et la crainte trop démontrée d'être deviné, le fait deviner. Voit-il qu'un signe lui est échappé, que les soupçons s'affermissent, il se trouble absolument, il désespère, il ne cherche qu'à intimider ou à attendrir ; il jette le manche après la coignée.
L'homme préoccupé de choses indifférentes ne craint pas le regard, il ne se voile pas; s'il s'éloigne, c'est pour fuir la distraction, et ce motif a sa manière; mais celui qui est préoccupé de médians projets se voile, se couvre, parce qu'il craint qu'on ne devine ce qu'il médite. Ainsi, il baisse la vue, il paraît s'occuper çà et là d'autre chose; il affecte, en répondant, la présence d'esprit.
Peu de gens commettraient des crimes s'il calculaient quelle immensité d'avantages est nécessaire, pour balancer la seule possibilité d'être découvert.
ÉTUDES SUR L'HOMMB. 109
§ XXIII
De la calomnie.
La calomnie est l'arme des lâches, et plus il y a de lâcheté, plus il y a de disposition à inventer la calomnie, à la faire circuler, à la recevoir.
C'est ainsi que je l'ai toujours observé dans les affaires générales et particulières, et dans la société.
Ce moyen infâme qui en France a tout dissous, n'eut jamais eu le même empire chez une nation déjà instruite à la liberté; mais il a trouvé dans quelques-uns la corruption profonde et exercée, propre à la mettre en jeu chez les autres. L'ignorance, qui est mère de la méfiance et de la crédulité, a chez d'autres , enfin, assez d'habitude de voir et de faire le mal, pour ne jamais refuser d'y croire.
Les dons naturels accompagnés de générosité, d'amour-propre, d'imprudence, etc., aux piises avec la médiocrité, soutenue par l'intrigue et la calomnie, c'est ce qu'on voit partout dans les affaires publiques et privées.
Tout libelliste, dît-il même souvent la vérité, est, en général, un fripon.
ilO ÉTUDES SUA l'homme.
§ XXIY.
Des crimes.
Il y a trois espèces de crimes :
l** Crimes réels, par exemple, le yoI;
2° Crimes iucoimus, tels que l'adultère ;
3° Crimes de préjugés, tels que manquemens h certains devoirs de religion.
Les premiers, seulement soupçonnés, perdent le criminel ; et, ne fussent-ils pas soupçonnés, ils le rendent encore malheureux.
Les seconds, inconnus même, ne sont pas sans amertume ; connus, si le coupable a pu se flatter du secret, ils attaqueront sa réputation de prudence, plutôt que celle d'honnêteté.
Les troisièmes ne signifient aujourd'hui à peu près rien, pourvu qu'on les commette avec philosophie.
ÉTUDES SUR l'homme. lU