‹ Œuvres. Publièes d'après des documents inéditsChapitre 25 sur 56 · LXXXVIII — BENARD · texte numérisé non relu

LXXXVIII — BENARD

Que diriez vous de mon fils, qui a esté si malheureux que d'aimer sa sœur par amour deshonneste, et vouloir commettre villennie en son endroit ?

FREMIN

Faulte de cognoistre ses parens : mais que diriez-vous de ce que ie vien d'auiser? De le marier à ceste Restitue dont vous me parliez, et donner Fleurdelys à cest Euuertre qui m'en a tant importuné.

GERARD

Nomme-il pas mon fils ?

FREMIN

Seroit-ce pas bien faict?

BENARD

En doutez-vous ? Vous ay-ie pas dit que ie m'accorde à tout ce que vous me direz ?

GERARD

Dieu gard' Seigneur Frerain ! On m'a dit que mon fils...

Sire, voicy le père d'Euuertre dont nous parlons.

GERARD

... A fait quelque esclandre deuant vostre maison?

FREMIN

Sire Gérard, ce n'est pas à moy qu'il se faut adresser touchant cela : c'est à cestuy cy père de la fille que vostre fils ayme tant.

GERARD

Comment, n'estes-vous pas donc son père ?

FREMIN

le n'estoy que son père putatif, car voicy son vray père nouuellement arrivé en ceste ville. Nous uous conterons tantost comme il l'a recognuë.

GERARD

Ho mon gentilhomme donc, ie vous prie.

BENARD

Mon amy, ie sçay bien que vous me voulez dire et serois bien ingrat si ie ne vous faisois vne pareille honnesteté et courtoisie que m'a faicte ce bon Seigneur icy, qui m'a courtoisement accordé semblable requeste que la vostre, pensant encor que ma fille fust la sienne.

FREMIN

Mais, sça'vous, Gérard, ce que nous disions à cest' heure ?

GERARD

Quoy?

FREMIN

Vous auez fait difficulté quelquefois de marier vostre fils à la nouuelle fille de cestuy-cy, à cause que ie ne pouuois pas bailler grand argent pour le mariage : or n'en faictes plus, puisque la fille a maintenant un autre père trop plus riche que moy, luy qui est des plus grands citoyens de Mets.

GERARD

Vrayement vous me grattez où il me démange, le ne demande pas mieux que ceste alliance soit faicte, pourueu qu'il en soit content.

BENARD

Le plus content du monde.

FREMIN

Il ne reste donc plus que d'aller appaiser Dame laqucline, et la faire certaine de tout

nostre complot, à fin qu'elle n'ait plus occasion de se mescontenter de vous.

GERARD

Hau, Seigneur Fremin, voyla Philandre le maistre du guet, qui vient tant à point : ie suis seur qu'entendant tout cecy, il deliurera aysément vos gents.

FREMIN

Vous sçauez qu'il est bien à nostre commandement, pour les plaisirs que nous luy auons faicts autrefois.

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