‹ Œuvres. Publièes d'après des documents inéditsChapitre 29 sur 56 · PHILADELPHE · texte numérisé non relu

PHILADELPHE

il ELAS, nous veut-on desia faire mourir !

EVVERTRE.

Où nous mené t'on maintenant? pleust à Dieu iamais n'auoir esté né!

CLAVDE.

le pariray bien maintenant ina perte à quiconques voudra, chetif et misérable que ie suis !

PHILANDRE

Il ne faut point crier auant qu'on vous escorche : on vousappreste bien d'autres ieus, et d'autres festes.

PHILADELFE.

Je voudrois estre mort desia : hé que dira mon père mais qu'il sache cecy au lieu où il est si loing maintenant !

PHILANDRE

Or songez à vous : voicy ceux qui vous doiuent iuger, et donner leur dernière sentence.

EVVERTRE.

Comment, nostre procès est-il desia fait ?

PHILANDRE

N'appeliez point de ce qu'ils iugeront, si vous estes sages.

CLAVDE,

l'ay la mort entre les dents.

PHILANDRE

Tenez, messieurs les luges, voicy des prisonniers que ie remetz entre vos mains, pour en estre fait ce que vous en ordonnerez. Sus sus mettez- vous à genous, et n'abaissez point tant les yeux comme vous faictes.

EVVERTRE.

O Dieu ! est-ce là mon père que ie voy ! O terre, ouure-toy, et me cache.

CLAVDE.

Helas, voyla mon maistre, ie suis mort.

FREMIN

Que regardez-vous tant cest homme icy,Philadelfe? il semble que vous l'ayez veu autrefois.

PHILADELFE.

Hé Dieu ? seroit-ce bien là mon père, qui est venu de Mets icy ! Hà, làs ! ie voudrois maintenant estre cent pieds sous terre.

FREMIN

Il a honte, et despîaisance de son péché, qui est vn bon signe en luy.

BENARD

le ne me sçaurois plus tenir, il faut que ie l'embrasse. 0 mon fils, mon amy !

FREMIN

Mais voyez l'affection paternelle !

PHILADELFE.

Mon père, ie vous prie de me pardonner la faute que i'ay commise, et ne me punir selon que i'ay offensé. l'aduouë auoir grandement failly.

EVVERTRE.

Mon père, le vous supplie me pardonner aussi.

BENARD

Voire-mais, Philadelfe, outre l'offense que vous auez faitte auiourd'huy, vous ne dittes pas ce que vous auez fait à la fille de Dame laqueline.

PHILADELFE.

O Dieu sçait-on cela ? Maintenant ie consens qu'on me punisse ; ie ne veux plus qu'on me pardonne.

— cm —

FRBMIN.

Si ne serez vous pas punis selon que vous auez tous trois mérité : premièrement pour esclarcir le faict..,.

PHILANDRE

Voicy vostre sentence.

FREMIN

On vous aduertit, Philadelphe, que la fille que vous auez voulu enleuer par force est vostre propre sœur charnelle.

PHILADELFE.

Qui ! Fleurdelys est-elle ma sœur?

FREMIN

Ouy, on vous contera tantost comme on l'a recogneuë.

GERARD

Secondement, vous Euuertre, on vous aduertit que vous espouserez ceste sœur que vous auez voulu rauir : par ce moyen ne soyez plus en discord, et viuez comme frères.

— dxiv —

AVRELIE.

C'est bien des plus grands malheurs que femme puisse rencontrer.

MARGVERITE.

Qu'elle ne s'en donne point tant defascherie, ou il pourra bien

AVRELIE.

Quand le pourrat-il bien si en quinze, et vint, et trente iours, il ne l'a peu ?

MARGVERITE,

Ils s'en retrouuent, et sont aucuns qui ont esté quelques ans débiles, qui depuis se sont tournez si bien qu'ils le peuuent.

AVRELIE.

Les Dames doiuent elles attendre les ans à se repaistre? Donc elle béante attendra-elle que le pain luy tombe dans la bouche ? Mieux eut esté se tenir oysiue en la maison de son père que venir à son mary, si elle n'en auoit autre bien. Elle eut bien eu en sa maison à boire, à manger, à dormir, et semblables choses.

MARGVERITE.

Quelque maligne femme, auec laquelle il auroii premièrement eu acointance, l'aura en ce point accoustré par enuie. Mais s'y a il des remçdçs à telles choses ?

AVRELIE.

On en a essayé, et s'en essayent encor assez, et tous réussissent en vain. Un qui vient pardeça, qu'ils appellent le Fizicien, promet de faire choses miraculeuses : mais on n'en a encore eu que fables, en sorte que ie doute qu'il n'y aye pis qu'ensorcellement et qu'il ne luy mancque... tu me peux bien entendre.

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