‹ Œuvres. Publièes d'après des documents inéditsChapitre 28 sur 56 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

PHILANDRE, FREMIN, BENARD, GERARD, lAQVELINE. PHILANDRE.

Pvis que Dieu par mystère, et par sa prouidence, a voulu permettre telle chose, il ne faut pas qu'il tienne à moy seul que tout ne vienne à bonne et ioyeuse fin.

Monsieur, puisqu'il vous plaist nous les deliurer à pur et à plein, voulons-nous bien faire, à fin d'en auoir du passetemps ?

PHILANDRE

Comment?

FREMIN

C'est que vous les faciez venir tous liez et garrotez sans les aduertir de rien, pour leur faire au moins belle peur, et pour voir la mine et contenance qu'ils feront.

PHILANDRE

C'est bien dit : ie les vais faire venir présentement, car ce n'est qu'icy auprès qu'ils sont.

GERARD

Allez. Vrayement nous pouuons bien dire de Philandre qu'il est seul entre les gens de iustice qui soit droit et rond : la plus part des autres sont auares, et par trop amateurs de Jeur profit particulier, qui pour une petite apparence de droit et de raison, font à pochetées vn million de petis procès, et les amoncellent.

FREMIN

Maintenant ne sommes-nous pas tous contens ?

BENARD

O que ie suis aise de voir tels bons appointemens !

lAQVELINE.

De moy, ie suis seulement fâchée du mauuais accueil que ie vous ay fait en vous disant iniures.

BENARD

Hé Dame laqueline, ne pensez plus à cela, il n'y a celuy ny celle qui par iuste coUere n'en fist bien autant.

FREMIN.'

Mais sçauez-vous que ie vien de songer, et qu'il seroit bon que vous fissiez ?

BENARD

Dittes ie vous prie.

FREMIN

Vous sçavez que ceste bonne Dame est femme de bien, honneste, et riche.

BENARD

le n'en fais doute.

FREMIN

Elle est seule, elle n'a personne qui ait regard et commandement sur elle. Elle est bonne mesnagere, bien logée, bien ameublée de ce qui luy faut. Elle n'a que débattre n'auec vn beau-fils, ne belle-fille, ne belle-sœur, ne cousins, ne cousines, ne parents du costé de feu son mary.

BENARD

Que voulez-vous dire par cela ?

FREMIN

Que de vous deux ne fissiez qu'vne bonne maison.

BENARD

Comment?

FREMIN

Puis que le fils espouse la fille, ie dy que le •ère espouse la mère.

BENARD

Moi, que ie l'espouse

— XCVIU — FREMIN.

Ouy, vous.

GERARD

C'est par mon Dieu bien aduisé à Fremin.

BENARD

Mais que dictes-vous ? me conseilleriez-vous bien vous autres, moy qui viens sur les soixante ans, que i'espouse vne qui n'en a gueres moins ?

GERARD

Faictes cela si vous m'en croyez : vous serez bien logé avec elle, aussi bien n'auez-vous point encor de maison en ceste ville.

BENARD

Que vous en semble, Dame Jacqueline ?

lACQVELINE.

Mais à vous ?

BENARD

le m'en rapporte à vostre vouloir.

lACQVELINE.

Et moy au vostre.

BENARD

l'en suis donc content de ma part.

lACQVELINE.

Et moy aussi de la mienne.

FREMIN

Or Dieu soit loué donc de tout. Il nous faudra faire par ainsi trois nopces pour deux,

GERARD

Hau, ne sont-ce pas icy nos gens qui viennent?

BENARD

Ouy. Il nous faut faire bonne mine.

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