SCÈNE II
NEBBIEN, seul.
ouR certain c'est vne grande confiance par maistre Lachelin a en soy-mesmes, qu'à peine sçahant lire et escrire, il fait profession de philosophe, d'archmiste, de médecin, d'astrologue, de magicien, de coniureur d'esprits : et sçait de ses sciences et de toutes les autres, quoy qu'il se face nommer le Fizicien, ce que sçait l'asne et beuf à sonner les orgues : mais, auec vn visage plus immobile que marbre, il déçoit et ment et sans autre industrie il enuelope la teste aux hommes. Ainsi il iouit et me fait iouir des biens d'autruy, enaydant à la follie, de laquelle le monde a si grande abondance. Nous allons comme sangliers de païs en pais, et par tout où il passe les traces de luy demeurent tousiours comme de la limace ou, par plus semblable comparaison, comme du feu ou du tonnerre. En sorte que de terre en terre pour se cacher il change de nom et se fait d'autre pais : or il se nomme Pierre, ores Isan, or de Grèce, or d'Egypte, or d'autre païs il se faint. Il est vrayement luif, et de la race de ceux qui furent chassez de Castille. On seroit long à conter combien de gentils hommes,
d'artisans, de dames et d'autres hommes il a affrontez et pillez : combien il a appauury de |
maisons, combien il en a souillées d'adultères, ores montrant de vouloir faire engrossir les femmes stériles, ores d'estaindre les soupçons, ores les débats qui naissent entre les marits et les femmes. Maintenant il a empiété ce gentilhomme et le becquetera mieus qu'oncques esperuier feit passereau.